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Balade en Luberon
(Juin 2020)
Bon, voilà... Une balade dans le Luberon est organisée par RV: deux jours de roulage, avec un bivouac au milieu... Le style de plan que j'adore, et j'ai une envie folle d'y participer! Mais après le confinement, je n'ai roulé qu'une fois en tout-terrain avec le XR,et je n'ai pas profité de tout ce temps pour parfaire ma médiocre condition physique... le pneu arrière du XR est rincé, je partirais volontiers avec ma belle Africa, il est facile de la charger de bagages, mais elle est chaussée de pneus mixtes, et comme c'est mon seul véhicule "utilitaire", j'ai aussi un peu peur de l'abîmer... de plus, à ce qu'on me dit, le choix des pistes de cette balade n'est pas propice à l'Africa... Charger le XR n'est pas chose aisée, et vu l'état de mes finances, j'hésite à au moins investir dans un pneu arrière... J'y vais ou j'y vais pas? La putanasse! Oh, et puis merde, assez tergiversé! J'y irai en XR, et avec son pneu nase!! La veille du départ seulement, j'improvise le transport des bagages: je charge un gros sac à dos de randonnée avec sac de couchage, matelas, cafetière et réchaud, café, plus quelques fringues pour me changer le soir. De sac à dos, il se transforme en sac à dodo. Je file au box fixer la tente sur la moto, installer le GPS. Je vérifie le niveau d'huile, vais faire le plein de carburant et la pression des pneus, remise la moto dans son box. Hop! Yapluka! Départ prévu à 7h le lendemain matin pour rejoindre les amis! Nous serons six au total. Au très petit matin, je m'équipe, enfile mes protections auditives, file au box avec mon Camelback et mon sac à dodo bien rempli, trop content de partir et participer à ce petit périple! Démarrage. Je fais 30 mètres, la direction est toute floue. Pas la peine de sortir mes lunettes, ça ne la rendra pas plus nette! 200 mètres plus loin, je m'arrête à une station service: tout au plus 100 grammes de pression dans le pneu, car l'aiguille du manomètre ne bronche pas un brin lorsque je l'engage sur la valve... Allons bon! J'ai dû rouler sur une merde en allant faire le plein de carburant la veille! Je préviens par un mot tôt le groupe de motards de la misère de ma situation, et file remettre la moto dans son box... je me demande en roulant si ce petit coup du sort ne serait pas un avertissement de mon ange gardien, m'incitant ainsi à ne pas effectuer cette sortie pour me prémunir d'une bonne gamelle douloureuse pour moi ou la bécane, voire les deux, gamelle que je me prendrai assurément plus tard, car tel est mon destin... je décide que non, que tel n'est pas mon destin, et que c'est juste fait pour éprouver ma motivation... contrairement à mon pneu, je suis gonflé à bloc et j'ai une chambre à air renforcée chez moi... Je file cent mètres plus loin à la maison chercher mes outils, puis retourne au box démonter la roue... avec un éclairage sur minuterie, c'est (Putain de bordel de merde, que ça fait chier cet éclairage à la con!) pénible! Je trimbale la roue jusqu'à mon balcon, j'aère ma chambre et remplace la chambre à air en me faisant une bonne suée, bois un café, ne prends pas le temps de déféquer, retourne au box avec une baladeuse à LED autonome, et enfin, remonte la roue... Sac à eau devant au vent et au ventre, sac à dodo au dos, je décolle enfin de Marseille, mais vers 9h30 seulement... j'ai à la louche deux heures de route pour rejoindre Banon, sensiblement autant à la cuillère à dessert, mais cela paraît pourtant être bien plus long... L'idéal serait que je puisse passer déposer mes affaires au camping où RV, Philippe et Julien ont passé la nuit dernière, pour ensuite tous les rejoindre... mais je sais que cela risque d'être difficile; au pire, je me ferai une journée seul à arpenter le Luberon avant que l'on ne se retrouve le soir à Banon... Je fais une pause pour leur faire un point sur ma position et tenter de connaître la leur... Chemin faisant sur la route de Banon, j'apprends que le prochain village qu'ils vont traverser sera Saint-Saturnin... Saint-Saturnin-les-Apt? J'espère que c'est le bon Saint-Saturnin que je rentre dans mon GPS! Lorsque j'arrive enfin au fameux village, je ne peux pas les louper, installés sur une petite esplanade qui borde la route principale. Mission "retrouvailles" accomplie! Youhou! Avant que l'on ne reparte, je file prendre de quoi manger à la boulangerie, ce que je pensais pouvoir faire à Banon... Il n'y a pas trop de choix, mais peu m'importe! Le truc couillon, c'est que je vais donc rouler en portant mes bagages... Par deux fois, j'ai tenté de mieux fixer le Camelback par-dessus ma tente pour limiter le poids sur mes épaules, mais finalement, vu les chaos des pistes, le poids des 3 litres d'eau qu'il contient et l'arrimage casse-gueule, j'ai roulé toute la journée avec un sac à eau au ventre et un sac à dos à dodo au dos... Et forcément, ma première piste du jour fut la plus délicate: longue, avec un peu de pente, beaucoup de caillasses et quelques petites marches... Le sac à dodo me tire en arrière à chaque accélération, encore plus dans cette montée, mes pneus sont peu cramponnés et sur-gonflés pour ce terrain, je n'ai aucune crampe au nez, mais je reste fermement cramponné au guidon... Arrivé en haut de cette longue pente, j'ai quasiment les avant-bras tétanisés... Il est clair que ce parcours n'était pas idéal pour l'Africa! Je n'ai pas pris de petit déj, et j'ai déjà bien faim... de plus, moi qui aime pouvoir boire tout en roulant dès que je le souhaite, ben là, je ne peux pas le faire puisque mon Camelback est sanglé derrière... et j'ai grand soif! Heureusement que la suite des pistes est plus tranquille! Et puis arrive enfin la pause casse-croûte, car j'ai bien besoin de reprendre un peu d'énergie! A l'ombre, à l'orée d'un bois, l'endroit est top! Je redescends un peu en température, et on finit par repartir... C'est un vrai régal d'enchaîner ces pistes! On se fait une boucle qui nous ramène vers Saint-Saturnin, où on se pose sur la terrasse d'un petit troquet, motos garées de nouveau sur la même esplanade, juste en face... C'est calme et sans touriste, et ça fait du bien: il y en a tant en temps normal! Pas de passant détracteur, donc, mais beaucoup de tracteurs passant, ce qui rappelle qu'avant d'être touristique, le coin était surtout agricole... Et puis, là encore, on finit par repartir! Quelques bornes plus loin, au cours d'un petit arrêt sur une piste, Julien s'aperçoit qu'il a oublié son sac à dos sur la terrasse... Damned! Pilote chevronné, il fait demi-tour prestement et repart, seul, pour le récupérer. Les cinq restants poursuivent entre pistes et petites routes le retour vers Banon, où on doit récupérer le fourgon de Laurent, faire trois courses et le plein de carburant avant de filer vers le site de bivouac. D'ailleurs, à propos de carburant, Laurent commence à en manquer, et on en siphonne un peu de mon gros réservoir de 22 litres pour qu'il puisse arriver à Banon sans fleeper... Et pendant tout ce temps, ben... Julien nous a averti qu'il a crevé après avoir récupéré son sac: un énorme clou est entré sans frapper dans son pneu arrière! Heureusement, il est l'unique du groupe à se trimbaler tout le nécessaire pour réparer une crevaison! Alors, il s'occupe... c'est bien d'être prévoyant! On passe au camping récupérer le fourgon de Laurent, il y charge sa moto. J'y pose avec un grand soulagement mon sac à dodo! Julien nous a rejoint après son infortune, on peut filer ensuite tous ensemble faire le plein d'eau à une source d'eau fraîche, que j'avais repérée lors d'une balade précédente avec mon fils, et qui se trouve être sur le chemin du bivouac du soir... Nickel! Je roule tout léger pour la première fois de la journée, et je me sens pousser des ailes (Honda gives you wings!). J'ai envie et me sens de rouler vite, mais me retiens, reste sagement derrière RV. La dernière fois que j'ai doublé RV pour rouler vite avec le XR, je me suis mis au tas et abîmé l'épaule... ce petit souvenir suffit à calmer mes ardeurs! On arrive sur le lieu du bivouac... Chacun s'installe, se change. Je me réserve un coin un peu éloigné afin de ne pas subir d'éventuels ronflements nocturnes... Pas de réseau téléphonique. C'est un bivouac grand luxe qui se met en place, grâce à l'intendance que permet le fourgon: éclairage à LED sur batterie, grillades, bières et rosé frais en glacière, et... trois fauteuils pliants! Une cheminée et du bois dans la bergerie, avec grille... On se réchauffe régulièrement devant l'âtre tant le vent est fort et froid... Et lorsque la braise est prête, on ne chipote pas sur les chipos et saucisses: on se fait péter la panse! Cela nous met tant la banane qu'il y en a même au dessert! Et Limoncello pour finir! La vie est belle! Couché relativement tôt, je m'éveille peu avant 6h. Premier café fait dans la tente... dans l'attente, aussi... celle de me lever! J'enchaîne les cafetières et en propose à Kinenveu, dés qu'il se lève. Bon... dans l'excitation du matin, j'ai oublié une fois de remettre du café dans la cafetière et ai servi à Julien un gobelet d'eau chaude colorée... On lève enfin le camp, reconduit le fourgon au camping avant de retourner se faire un vrai petit déj à Banon. On est venu pour ça, alors on part ensuite rouler! Cette région est magnifique! Il peut faire très chaud dans le coin en cette saison, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui... le vent n'a pas molli et des nuages menaçants défilent à toute vitesse... Le groupe s'est organisé naturellement... Julien ouvre la marche en suivant la trace GPS, Laurent, Philippe (le chat nain!) et Cyril lui collent au provençal (puisque Julien est un local et pas un euskadien, ils ne peuvent donc pas lui coller au basque!), et RV ferme la marche derrière moi... Je vérifie en permanence que je ne suis pas en train de bouchonner RV, qui se maintient cependant à distance... je ne me sens pas de suivre le rythme des 4 de devant, qui régulièrement doivent donc nous attendre... Et puis, à la faveur d'un arrêt, RV me dit: - "Toi aussi tu roules sur des oeufs?" - "Oui... je n'ai pas touché à la pression des pneus depuis la route d'hier et roule toujours sur-gonflé... je n'ai pas d'accroche à l'avant, ni de motricité..." - "Tu veux que je te baisse la pression?" Je réponds par un simple non merci, ça va aller... aujourd'hui, ça m'arrange un peu de rouler comme ça... ça limite les risques de crevaison, et puis ça me sert finalement de limiteur de vitesse... c'est con, parce que je ne roule pas en confiance, en étant toujours sur le fil, car le comportement de la moto est forcément loin d'être optimal, mais dans le même temps je me dis que si je m'en prends une, ce sera du coup à allure réduite... ce compromis me va très bien aujourd'hui! Comme la veille, régalade intégrale toute la journée! Des kilomètres de pistes roulantes, un peu moins roulantes, en sous-bois, traversant des clairières, sur les crêtes, avec des panoramas extraordinaires... sur une portion, on roule dans un bois à la frondaison si épaisse que je n'y vois plus grand chose avec mes lunettes de soleil! Il n'y a pas grand chose d'autre à dire que... ce n'est que du bonheur! Après la pause casse-croûte, plein de carburant à Sault avant le retour sur Banon... Laurent et Cyril chargent leur bécane dans le fourgon, les 4 qui rentrent à moto récupèrent leurs bagages. Julien, craignant la pluie, part le premier. J'hésite à lui emboîter le pas, mais accompagne finalement RV et Philippe. Le retour se fera sans encombre, mis à part que je m'arrête en bord de route parce que j'ai oublié d'attacher mon casque avant de partir, ainsi que le petit stress des traditionnels encombrements autoroutiers en arrivant sur Marseille... Et finalement, on n'aura pris que quelques petites gouttes de pluie tout au long de cette belle journée, parfaite! Quel pied de vadrouiller ensemble en chevauchant nos montures mécaniques dans ces grands espaces de toute beauté, de croiser au pas des randonneurs pédestres souriants, de partager ces moments de convivialité dans un bivouac loin de tout! J'en veux encore! Il est aussi temps de faire un petit bilan sur ma machine... Je ne recommencerai pas l'expérience de rouler en tout terrain sans avoir modifié la pression des pneus... je l'avais faite pour prendre un bon bout d'autoroute et en tenant compte du poids des bagages. Je l'ai conservée pour éviter les crevaisons en roulant TT avec ces mêmes bagages, au détriment de l'efficacité... ce fut surtout chiant le deuxième jour alors que je roulais léger! J'ai récemment mis trop de précontrainte sur le ressort de mon amortisseur... sans retoucher de manière significative aux réglages de compression et détente, il se retrouve trop ferme et vif, je m'en suis pris plein les reins. Et encore plus avec le sac à dodo sur les épaules! La fourche de 500CR 1992, impériale sur les gros impacts est un véritable bout de bois sur les petits chocs, et trop ancienne pour disposer d'autre chose qu'un unique réglage de compression. J'ai eu beau changer la viscosité de l'huile, les ressorts sont ceux d'une machine de cross puissante, et de 1992! Je m'en suis pris plein les bras! Deux jours après le retour, j'avais toujours une sensation de crampe légère dans les avants-bras, avec fourmillement ininterrompus dans les doigts... symptômes du syndrome des loges: les muscles gonflés et confinés dans leur loge exercent une pression sur des nerfs. J'espère que ça ne se reproduira pas! Mais sinon, ce vaillant petit XR400 de mon coeur tourne comme une horloge, ne consomme pas d'huile, et je vais avoir du mal à remonter le petit réservoir de 7,2 litres tant le confort de l'autonomie avec 22 litres est appréciable! Rhaaaa!
Que du plaisir!! |
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