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Chez les Ibères en Hiver...
La Revanche du Retour!

26 Janvier au 6 février 2026

Jour 7: Attrape-Moi si tu Peux!


    L'ambiance est grise et venteuse, ce matin encore...
Après ces dernières 36 heures, hautes en sensations fortes, quelle joie de découvrir ma moto sur ses roues!
Tu sais que tu me plais, ma Belle Grise?!
Et que je te préfère sur tes roues que couchée près de moi!

    Je regarde la météo; il est clair que mes projets de continuer vers l'ouest et le Portugal sont à oublier...
J'envisage donc de gravir la Sierra Nevada depuis son versant nord, et puis il faudra que je remonte vite vers le nord-est pour ne pas trop subir de pluie...
je me prépare tranquillement, fais le plein d'eau, et puis je prends la route.
    Il ne fait pas très beau, mais la large route sur laquelle je suis est très agréable. Je rejoins assez rapidement une autopista en direction de Granada. Pendant très longtemps, je n'avais vu de mes yeux qu'un modèle de voiture Ford porter ce nom, tout comme la Nevada était un break Renault... que ce soit désormais concrètement associé à de la géographie change un peu...
    Une fois sur l'autoroute périphérique de Granada, lorsque je vois les panneaux annonçant l'Alhambra, je me dis que ce serait dommage de passer si près de ses palais sans aller les voir, j'en entends parler depuis mon enfance...


Photo Google Earth

     Lorsque j'y arrive, je ne peux m'en approcher en moto: pour voir le site, je serais obligé de stationner ma bécane sur un parking extérieur et d'y aller à pieds... je n'ai aucune envie de laisser ma moto chargée sans surveillance, et pas plus envie de me trimbaler en bottes et tenue moto pour simplement faire quelques photos, je ne peux prendre le temps de visiter... en plus, ce serait des photos sans ma bécane, qui aurait pu pendant cette pause poser posée devant un beau palais. Ben oui... elle est pour moi un peu ce qu'est le nain de jardin voyageur d'Amélie Poulain, lui qui témoigne en photo de ses voyages. Mais ai-je rééllement d'un bon palais pour apprécier une moto de goût?
    Je fais donc demi-tour et me contente de faire une petite pause sur les hauteurs de la ville, dans un endroit certainement très prisé par les locaux, si j'en juge par le nombre de cannettes, bouteilles, capotes usagées et mégots de pétards et clopes jetés là, avant de repartir pour la Sierra Nevada.
    Malgré le temps plus que maussade, pas mal de monde a décidé d'y passer la journée du dimanche. Je mène bon train sur le bitume détrempé, et dépasse une multitude de familles en goguette. Rapidement, je me retrouve dans les nuages. Je baigne dans l'eau, je suis plus trempé que s'il pleuvait, la visibilité laisse à désirer, les poignées chauffantes sont réglées au max. Cela devient même floconneux en prenant de l'altitude...
Je vais aussi haut que je le peux, et ne m'arrête que lorsque la route impraticable est fermée à la circulation, à 2470m. En cette saison, je ne peux pas faire plus!

    

     Au beau milieu des nuages, je n'y vois que dalle, l'eau ruisselle sur moi, il fait froid, et je repars rapidement après avoir fait ces deux photos et terminé ma clope...
    Je redescends tout aussi vite que je suis monté. Je bifurque une première fois vers une retenue d'eau, mais ne peut poursuivre; les routes et pistes sont des culs-de-sac. Retour sur la route principale, et je prends une deuxième bifurcation: cinq kilomètres plus loin, la route est coupée: un pont est submergé par la rivière en grosse crue, me dit un policier... je récupère cette route en faisant un détour de sept ou huit kilomètres, et arrive près du tout petit pont, que je vois à une centaine de mètres, effectivement submergé, et contre lequel quelques arbres déracinés et autres débris végétaux s'agglutinent... ça a dû souffler et pleuvoir velu dans ce coin !
    Malgré la pluie, je me régale sur cette route... c'est vraiment beau, j'y croise peu de monde, c'est seulement dommage de ne pas voir ces paysages à la lumière du soleil!

          
     

    14h20, je suis sorti de toute cette zone escarpée et encaissée.
Les nuages restent accrochés aux reliefs, j'ai droit à de beaux rayons de soleil et... au retour du vent fort!
La putanasse! Que c'est pénible!

     

    Je profite de la pause pour manger un petit morceau rapidos...
Car oui, il ne faut pas que je traîne ici: Windy m'avertit de l'arrivée de deux gros gros épisodes pluvieux sur mon chemin... pfff... si je veux passer entre les trombes d'eau de ces deux grosses masses nuageuses en approche rapide par l'ouest, il va me falloir la jouer fine... le soleil joue à cache-cache avec les nuages, je joue à "Attrape-moi si tu peux!" avec la pluie... je reprends vite ma route vers l'est et, chemin faisant, dit au revoir à la Sierra Nevada...
J'ai laissé derrière moi la première zone de pluie, qui s'abat sur elle, et il ne faut pas que j'avance trop vite pour ne pas me retrouver sous celle qui va passer devant moi... putain qu'il est nul, ce jeu!

     

    Le désert de Gorafe est tout proche lorsque je bifurque à Gor, mais je me doute qu'il vaille mieux l'éviter, vu l'eau qui a déjà dû y tomber et toute celle qui s'apprête à le faire, il va être transformé en marre de boue... tant pis, car cela m'aurait beaucoup plu d'y bivouaquer à nouveau. J'ai bifurqué à Gor pour tenter de planter ma tente dans la Sierra de Baza, qui elle aussi a l'air bien propice au bivouac.
    J'ai réussi à éviter la première zone de pluie, certes, mais forcément la deuxième est gigantesque et me rattrape dans la Sierra, j'ai finalement perdu au petit jeu d'"attrappe-moi si tu peux!". Je viens de quitter un hameau ou le bitume s'arrête, je suis donc sous une petite pluie sur une piste, bloqué par un gué à passer. Il semble y avoir pas mal de courant, ça bouillonne... je m'apprête à descendre de la moto pour évaluer la profondeur et la force du courant, lorsque deux femmes arrivent sous parapluie et me conseillent de ne pas passer, car l'eau arrive aux genoux, et que même si je traverse celui-ci, un deuxième gué plus loin est plus large et plus profond... je les remercie de leur conseil. Demi-tour, donc!

    Dommage, encore une fois...
L'endroit est certainement top par beau temps, mais là ce sont vraiment des conditions vraiment pas terribles... dès que je vais monter un peu, je vais en plus me retrouver au coeur de ces nuages très bas...
J"en ressors et contourne cette sierra, dépasse la ville de Baza, fais le plein. Il est bientôt 17h, et je profite de cette pause pour chercher un endroit où dormir, cela commence à devenir pressant...
le temps de trouver un coin où il ne devrait pas pleuvoir me prend cependant presque trente minutes!
Et un petit arc-en-ciel de plus pour ma colec', un!


    Je n'ai pas envie de galérer: direction le camping de Las Menas!
La route que j'emprunte pour y arriver est juste magnifique!
Certes, le bitume est bien humide, il y a quelques grosses pierres éparpillées tombées de la paroi,des branches et aiguilles de pins quand elle passe au milieu des bois, mais le revêtement est parfait, je n'y croise que deux voitures, ce versant est plutôt bien abrité du vent et la sierra semble bloquer les nuages à l'ouest... le tout fait du bien!

          

    J'arrive au camping peu avant 18h...
Le portail d'accès, les volets
du bâtiment abritant l'accueil et le bar-restaurant du camping, tout est fermé...
Une voiture est stationnée à proximité de l'entrée et je vois
par une lucarne du bâtiment une lumière allumée...
Je vais toquer à une porte entrouverte, j'y passe la tête et interpelle:
    "Ola? Por favor?"
    Un homme en tablier de cuisine et spatule à la main arrive.
Il est bien plus accueillant et souriant que l'homme au gourdin!
Avec mon espagnol de survie, je baragouine que je souhaite
passer une nuit ici en y plantant ma tente... il m'annonce qu'il est désolé, car ce n'est pas possible, puisque le camping est fermé depuis la veille au soir...
Ah merde! Bon... tant pis!
    En anglais cette fois, je lui réponds en souriant, malgré ma déception et l'heure tardive, que ce n'est pas grave, que je trouverai bien un coin plus loin sur la route, car je n'ai besoin que d'un petit endroit pour y mettre ma tente. Je ne vais pas m'attarder davantage; si je dois trouver un coin à l'arrache, il est plus facile de faire
de jour le bon choix...
    Il me dit alors, que si je n'ai besoin de rien, ni de sanitaire, ni d'électricité, je peux m'installer sur un parking qu'il réserve aux stationnements longue durée de vieilles caravanes.
Top! Muchas gracias!
    Je suis allé voir, et puis comme je n'étais pas certain d'avoir bien compris où je pouvais me mettre, je suis retourné demander confirmation de l'endroit. Avec l'expérience de ce qui est arrivé hier,
c'est bon, j'ai compris, et ne veux pas refaire l'erreur de m'installer où je ne devrais pas!
Un jeune, cette fois, à qui j'explique donc à nouveau la situation, me donne cette confirmation.
Youhou! 18h10, je peux commencer à m'installer!

    Il fait frais et humide à 1600m d'altitude, dès que le soleil se couche complètement...
Je n'ai pas de réseau, les toilettes sont un peu loin, vu que
, pour ne pas la pourrir de mes déjections, je doive sortir de l'enceinte puis traverser la route...
   
Il y a toujours du vent... je ne le subis pas trop mais l'entends bien dans les arbres partout autour de moi...il ne faut pas qu'il tourne! Mais je suis au calme, j'ai une bière, de quoi manger, de l'eau, de quoi me couvrir, de quoi charger mon téléphone et regarder une série... c'est donc le grand luxe! Trop content d'être là!
Je m'en rends compte aujourd'hui: c'est certainement parce que je me suis installé sans stress que j'étais si content...

    De plus cette nuit-là, j'ai gagné: la pluie n'a pas pu m'attraper!
Je ne sais pas trop où je suis, ni où j'irai demain, et peu m'importe... jusqu'à présent, tout cela n'a dépendu, et cela continuera à ne dépendre que de la météo!


Il me tarde demain... et de rouler!


Demain est un Autre Jour!


Itinéraire Jour 7: 322 km, 8h43


      
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