Balades de FleePee





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Chez les Ibères en Hiver...
La Revanche du Retour!

26 Janvier au 6 février 2026

Jour 9: Faut Pas Mollir!

    Cafés préparés dans mon bungalow, sur une table... quel luxe!
Bus sous le porche de ma petite terrasse et son salon de jardin... quel luxe!
Je me douche, me rase... quel luxe!
8h30, le soleil se lève, pas un souffle de vent, tout est calme et paisible, il faut en profiter!

     

    Je n'ai que le frigo à vider, mes bagages à refermer et à remettre sur la moto... quel luxe!
Franchement, tout cela fait du bien!
    Je pars vers le nord, par l'autoroute.
Je la quitte pour traverser Alhama de Murcia et rejoindre la Sierra Espuña, qui semble être très sympa...
Et j'en ai vite la confirmation: j'y entre par une petite route tournicotant à travers ce massif couvert de pinède, avec d'entrée de très beaux panoramas... que c'est bon! Cela ressemble beaucoup aux routes et paysages que je peux trouver vers chez moi, mais le dépaysement reste entier...

          

    Les belles et larges pistes que je vois partout dans les collines donnent elles aussi  très envie d'y rouler!
Mais tous les accès que je croise sont fermés. Je m'engage sur la seule que je vois ouverte, et je suis obligé de faire demi-tour au bout de quelques centaines de mètres à peine; elle est fermée elle aussi... pfff... quel dommage!

          

    Certes, sur tous les accès croisés j'ai souvent la place de passer outre les barrières, mais je n'ai aucune envie de ne pas respecter les lieux... et surtout je me régale sur cette petite route, ce qui compense la frustration de ne pas me balader sur ces pistes. La température avoisine les 0°, mais je ne le sens que si je roule casque ouvert, ce qui constitue un très bon régulateur de vitesse. Je monte au plus haut que je peux (1367m exactement!), et puis je redescends... pendant tout le temps où j'y ai été, je ne compte pas le nombre de fois où j'ai exprimé mon engouement pour ces paysages!
La base de cet expression est: "Putain! Que c'est beau!!", avec quelques variations.
    Parce que oui, ce massif, ses reliefs, sont très beaux.
Certains peuvent aussi penser, et je n'ai rien contre, que le plat c'est pas mal non plus, mais la recherche médicale est unanime à ce sujet, et je suis vraiment navré si je vous l'apprends, je présente dans ce cas d'avance toutes mes excuses pour la grande déception que cela va créer chez vous:
le plat c'est beau, mais ça ne soigne pas!

          

     

    Une fois sorti de la sierra Espuña, j'emprunte enfin une piste!
Après avoir traversé un petit bosquet, il se trouve qu'elle ne dessert que des parcelles agricoles... donc rien de folichon, alors que j'essaie de rejoindre une route au nord... la piste se termine en cul de sac, il est impossible de traverser la colline qui me sépare de cette route... pause et demi-tour, donc!

    Je récupère la route, m'engage sur une nouvelle piste quelques kilomètres plus loin.
Je prends une bifurcation, mais très rapidement cela devient boueux, je n'aime pas trop beaucoup ça. Mon GPS me dit qu'en plus elle ne mène nulle part. Je rebrousse chemin. Plus loin, je m'arrête encore à un carrefour entre 4 pistes pour regarder sur mon GPS quelle direction prendre.
    Lorsque je sors de ces collines boisées, je me retrouve rapidement à Bullas, où je me pose vers 12h30 à la terrasse d'un bar pour me faire une pause et ingurgiter quelques tapas. Je veux regarder ce que la météo me prévoit pour la suite de la journée. Je mets mes lunettes, et j'y vois tout flou d'un oeil... je pense avoir posé mes gros doigts gras sur un des verres... alors j'attrape un petit essuie-mains et nettoie le premier. Mais lorsque je veux nettoyer le deuxième, ben... y a plus de deuxième verre! Je cherche dans la poche de ma veste où je les range, mais le verre n'y est pas... j'ai dû le perdre à la dernière bifurcation sur les pistes, en remettant mes lunettes dans ma poche après avoir consulté mon GPS... pfff...
    Les lunettes me sont vitales pour lire... du coup, d'un seul oeil et l'autre fermé, je cherche sur Gogol Maps une pharmacie ouverte... Bullas, par chance, est une assez grande ville de campagne; il y en trois, qui ferment toutes à 14h et ne ré-ouvriront qu'à 17h.
J'écourte donc ma pause et me speede un peu... vers 13h30, après m'être un peu perdu dans la ville, j'ai récupéré de quoi pouvoir lire dès la première pharmacie visitée... ouf! C'est la troisième paire de lunettes du périple, et j'espère la dernière!
    Je fais le plein, et puis je trace... je n'aurais eu que la matinée de répit: il est malheureusement aujourd'hui encore question de jouer à faire la course contre les nuages noirs et leurs grosses pluies. Mais qu'il est con, ce jeu!
La météo me pouille les quêtes! Ce qui ne veut rien dire, sauf si c'est encore du contrepet...
    Bon... j'ai toujours la possibilité d'a
u moins limiter les dégâts en continuant de remonter vers le nord-est, mais faut pas mollir! Car tout en roulant, et à chaque fois que je m'arrête, je ne peux que constater que des nuages gorgés d'eau me poursuivent et s'approchent...

     

    J'improvise toujours, je vais là où mon désir de fuir la pluie et les routes me mènent.
Tiens? Moratalla n'est pas très loin... Je me souviens d'un très bon spot de bivouac dans la sierra derrière, mais il est trop tôt pour arrêter de rouler, ce spot est plus à l'ouest et il est fort probable qu'il soit déjà sous la pluie!
    Je me retrouve à rejoindre une piste aux environs de 15h, à l'entrée de laquelle des panneaux avertissent du danger constitué par les hordes de sangliers, et qui recommandent même de ne pas y rouler à la nuit tombée...
Peu après, je repère à ma gauche et en contrebas une voie ferrée, dans un paysage digne d'un western... bizarre, je m'étais fait la même réflexion il y a deux ans au sujet d'une voie ferrée, qui était à ma droite... Plus loin, il n'y a plus de doute, je reconnais les formations rocheuses, même si le ciel voilé ne leur confère pas les mêmes couleurs. Je l'emprunte dans le sens opposé, et ça change tout!
    Ce serait même sympa de bivouaquer par ici, s'il n'y avait pas de problème de sanglier... il est aussi encore trop tôt pour envisager de s'arrêter planter la tente... et puis encore une fois, je roule au soleil et sous la pluie... "Le diable marrie sa fille!" dit-on dans ce cas. J'aime beaucoup cette toute mignonne expression de la sagesse populaire, mais je ne trouve pas ça hyper festif!
En même temps, je me suis invité, et je n'avais qu'à ne pas venir à ces noces...
    Bref...
Pas trop envie non plus de me retrouver planté dans la boue ici s'il doit pleuvoir fort... 
Pour le moment, je profite du plaisir que j'ai à y rouler!

          

          

          

    Cependant, les gros nuages sont toujours à ma poursuite, il faut que je continue à faire la course avec la pluie, un vent raisonnable pousse les nuages vers moi, et il est temps de commencer à chercher un endroit pour dormir.
Je me dirige vers un massif au loin à l'est, teste deux pistes en cul de sac, mais je ne trouve rien d'hospitalier... ce ne sont que parcelles agricoles, pierrasse, broussailles et épineux... il est déjà presque 17h, et les nuages sont de plus en plus proches et menaçants...


    Je poursuis et choisis un autre massif, et là, j'hallucine un peu... il a l'air très sympa sur le GPS et de loin, mais lorsque je l'atteins, je suis confronté à des kilomètres d'un chantier pharaonique et continu, qui empêche tout accès aux pistes du massif. Je comprends qu'ils sont en train de réaliser des kilomètres carrés de champs photovoltaïques. Tout est grillagé, fermé, c'est encore en cette fin de journée de labeur une fourmilière d'ouvriers et d'engins de chantier. Je contourne tout le massif, et c'est exactement la même chose... un truc de malade!
De l'autre côté de ce chantier, ce ne sont que des plaines agricoles...

    Damned!
Il se fait tard et ça commence à urger de trouver le bon spot!
Le vent s'intensifie, les nuages qu'il amène sont très très laids...
Je m'engage sur une piste de pierrasse qui part à travers une colline. Elle devient rapidement chaotique et je commence à regretter de l'avoir empruntée; j'aimerais bien la rendre!
Je croise trois VTTistes, à qui j'explique ce que je recherche... il m'est répondu que dans le coin, ce n'est pas top, que bivouaquer n'est pas forcément une bonne idée, surtout avec ce vent et la pluie qui commence à tomber... je remercie, persiste sur cette piste avec prudence, mais ne trouve aucun endroit où je puisse être abrité du vent... je suis même plutôt satisfait de retrouver le bitume; je n'avais pas trop envie de me vautrer dans la pierrasse à la tombée du jour...
    Je me mets en quête d'un camping sur gogol maps, fais un choix pas très lointain, et me retrouve à devoir traverser la ville de Sax. Je ne sais pas ce qu'il s'y fête, mais j'entends depuis l'entrée de la ville des bandas au loin, les habitants convergent en masse vers le centre-ville en costume traditionnel... la Guardia Civil, présente elle aussi en gros effectifs et costume aux couleurs moins chatoyantes, bloque le passage et m'arrête. Je montre mon tél avec l'itinéraire vers le camping et baragouine pour tenter de me faire comprendre... ils font le tour de ma moto, m'observent, et me laissent partir tout droit. Tous les autres véhicules ont été forcés de prendre à droite...
    Je suis les indications de Gogol... à quelques kilomètres de Sax, depuis une petite route de campagne, je bifurque donc sur une piste. Je me retrouve sur une aire de pique-nique dans les bois, en bord de route...
C'est quoi ce délire? Et il commence bien sûr à tomber des trombes d'eau pile-poil quand je m'arrête!
    Bon... du coup, j'ai droit à un double arc-en-ciel, dont un complet et très intense, assez fabuleux. Je ne suis pas sûr d'en avoir déjà vu un d'aussi net et aussi intense. Moi qui ne suis pas une trompette, je souffle un peu et photographie Sax au phone, vous connaissez la musique...

          

    Je retourne sur la route et tente deux pistes; la terre sablonneuse du coin est trop meuble à mon goût pour que je m'aventure hors piste: il pleut, il y a trop de traces de passages de véhicules, il n'y a aucun endroit le long de ces pistes étroites où je pourrais m'installer... je me retrouve donc à la nuit tombée et une intersection de campagne, un peu désemparé et sous la pluie, à consulter mon téléphone en me disant que désormais j'appellerai avant de me diriger vers un camping!
    J'en appelle donc plusieurs, mais n'ai aucune réponse...
Je continue à rechercher d'autres campings, plus éloignés.
C'est alors que mon téléphonne sonne! Le gars au bout du fil parle un français impeccable, sans aucun accent, il appelle suite au message que j'ai laissé.
Je lui demande de me rappeler le nom de son camping, car je dois en avoir une demi-douzaine en tête. OK, je le visualise et sélectionne dans Gogol Maps, l'itinéraire s'affiche, et je dis au gars que je serai là dans 32 minutes...
    Je suis le GPS, me retrouve au bout d'une vingtaine de minutes sur une large piste qui part dans les collines, au milieu des bois. J'arrive à l'adresse quelques kilomètres plus loin, et je suis dans l'incompréhension la plus totale: il fait nuit noire, je suis devant un grand portique fermé par une chaîne cadenassé, il n'y a aucune lumière, deux petits bâtiments que j'imagine abriter des sanitaires, et seulement quelques tables de pique-nique, au milieu de la forêt et sur un sol
débroussaillé, mais loin d'être plat...


Image Google Earth

    Je rappelle le gars, lui fais part de mon incompréhension, que je suis arrivé à l'adresse mais ne vois aucune lumière. Il ne comprend pas non plus, me dit qu'il ouvre le portail. Alors je lui dis que moi je suis en pleine forêt et qu'il n'y a qu'un portique fermé par une chaîne... et pas de portail!
Il m'envoie sa position sur whatsapp, et je comprends que "acampada", ce n'est pas le nom d'un camping, ça signifie "camping"... quel ignare je fais! Forcément, je n'ai retenu que "acampada", assis sur la moto, de nuit, avec mes lunettes embuées à moitié enfilées dans mon casque, et la pluie sur mon téléphone... j'ai sélectionné le premier acampada que j'ai vu sur Gogol... c'est moi le Gogol!
    Maintenant que je peux voir ma trace GPS, je constate
que j'étais passé à moins de 800m du camping en allant vers Sax, que j'étais à peine à 9 kilomètres quand j'ai eu le gars au téléphone pour la première fois, et que je suis parti à 35 kilomètres à l'opposé, au milieu de nulle part!

    Je lui dis que cette fois-ci est la bonne, que j'arrive dans 34 minutes!
Je retraverse Sax et ses festivités... je passe notamment par une rue fermée à la circulation, en espérant ne pas tomber sur la Guardia Civil au bout, et puis j'arrive enfin au camping, à 20h45!
Et le portail s'ouvre!

    Le proprio du camping est effectivement un français expatrié.
Il me vend à pas cher une bonne part de quiche en guise de bienvenue, j'ai un peu froid et mes pieds sont congelés... il m'accompagne ensuite jusqu'à mon emplacement. Je monte la tente à la frontale, la température est proche de zéro et l'ambiance très humide...
    J'ai roulé toute la journée, ne me faisant que de courtes pauses sur la route pour fuir les pluies, ne prenant que vingt minutes pour manger à midi avant d'aller acheter des lunettes... fallait pas mollir, mais je suis claqué!
Je pars pisser avant de me coucher, et obligé de faire ensuite tout le tour du camping pour retrouver ma tente... impossible de me souvenir d'où j'étais installé et de comment j'avais fait pour y arriver! Je fatigue...
    De la pluie est prévue toute la nuit dès 1h du matin... pfff!
Elle arrive finalement beaucoup plus tôt, et je me souviens alors ne pas avoir mis le sac poubelle sur ma sacoche réservoir... alors je ressors le faire.
Hé, ho... c'est bon, ça suffit maintenant... DODO!


Demain est un Autre Jour!


Itinéraire Jour 9: 361 km, 11h45


      
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