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Going West!
Du 18 au 21 Août 2014...


     Comme je l'ai souvent fait par le passé, alors que j'ai 5 jours libres devant moi, je consulte la météo pour avoir une idée de sa clémence le long d'un itinéraire réjouissant qui atteindrait l'ouest lointain.
    Ben oui; non seulement je n'ai pas eu ma dose de kilomètres motocyclistiquement abordés, mais je n'ai pas eu non plus ma dose d'Océan (l'Océan a droit à une majuscule parce qu'il est grand et noble), et si je ne prends pas mon lot de vagues dans la tête, je divague dans ma tête, me laisse aller au vague-à-l'âme, et il faut se méfier des séries de dix vagues à lame de fond, croyez-en mon expérience d'ex-surfeur...

             
Comment se lasser de ces paysages?!

     J'adore les calanques et beaucoup d'autres endroits sur la Méditerranée, mais je me régale de l'aspect grandiose des plages sur lesquelles l'Océan Atlantique vient s'appuyer. Les plages girondines et landaises n'en forment qu'une seule, de l'embouchure de la Garonne à Bayonne, soit environ 225 kilomètres de plages de sable, avec comme seule coupure la verrue que représente le bassin d'Arcachon au milieu de cette grande ligne droite. Après, vers le pays basque, c'est très joli aussi, mais orienté au nord, puis les côtes espagnoles et portugaises qui bordent l'Océan sont de nouveau orientées vers l'ouest, mais alimenté par un courant froid, il est courageux de se plonger dans l'Océan à 15° quand que la température de l'air est de 35° à l'ombre et que tu es au soleil...



    Mais la plage landaise, c'est particulier...
Depuis la dune, en regardant plein ouest, c'est le bleu de l'océan.
Avec un horizon si dégagé que tu peux constater la rotondité de la terre.
Tu te tournes au nord, c'est la dune de sable jaune avec sa plage en contrebas.
Tu te tournes au sud, c'est la dune de sable jaune avec sa plage en contrebas.
Tu te tournes à l'est, c'est le vert de la pinède que tu surplombes, un océan végétal qui ondule à perte de vue.
Je trouve ça grandiose... ça change complètement des belles criques étriquées des calanques!
Et puis l'eau céans est moins salée!

Et puis on peut s'y mettre à poil!
(sans passer pour un pervers, un homo, un exhibitionniste, un pédophile... réactions fréquentes en bord de la grande flaque méditerranéenne... mais pas pour qui a grandi au pays des kunus, miches et kékettes à l'air. Un paradis où les saints s'agitent en toute liberté...)

J'adore tout ça.
Il va faire beau à priori, quoi qu'un peu frais pour la saison.
Allez, ZOU! C'est décidé, je pars!
    Je prends quelques affaires, je tombe sur mes sous-gants thermiques. Pourquoi pas; les températures matinales annoncées sont comprises entre 7 et 11°, ça ne fait pas bézéf...  je n'oublie pas mon Camelbag; je déteste avoir soif sans pouvoir boire, je limite le nombre de pauses quand je roule, et je n'aime pas m'arrêter uniquement parce que j'ai soif...

    Direction Arles et Nîmes par la nationale, puis je bifurque vers Quissac pour me faire ma première pause à Saint-Hippolyte-du-Fort. Damned! La bonne boulangerie où je m'étais ravitaillé la dernière fois est fermée! C'est déjà plus de midi. Tant pis, je trouverai certainement quelque chose plus loin sur ma route. Et puis pour le moment, je peux me passer de manger, j'ai plus envie de me jeter sur toutes ces jolies routes qui serpentent sous le mont Aigoual. Je pars sur Colonac et Valleraugue pour rejoindre Meyrueis et enchaîner avec les gorges de la Jonte.
Le bonheur à moto!



        

    Aux environs de 15h30, je me fais une pause casse-croûte avec en décor les gorges du Tarn lointaines. J'y ai tellement roulé que j'évite de le faire en même temps qu'y circulent camping-cars et bus de tourisme. Ma route cour-circuite donc volontairement les gorges du Tarn et rejoint les Vignes par la petite départementale qui passe par Saint-Pierre-des-Tripiers, puis file vers Séverac-le-Château pour prendre la N88 jusqu'à Rodez.
    De Rodez, je vais sur Villefranche-de-Rouergue, puis Cajarc, pour me faire la vallée du Lot, dont je ne me lasse pas!
Tout cet itinéraire est un grand classique pour moi. J'ai essayé pas mal de variantes, je passe certes à côté de petites routes sympas, mais c'est le compromis inévitable pour me faire plaisir tout en ne faisant la route que sur un seul jour... Et aujourd'hui, mis à part un sac de couchage de squatteur, je n'ai de toute façon rien emporté pour bivouaquer.
    A Cahors, direction Fumel, Montflanquin, Cancon, Miramont-de-Guyenne. Le soleil décline et après un petit coup de fatigue, je retrouve la patate pour finir la route... C'est que je me sens chez moi dans ce coin que j'ai habité 15 ans, les paysages étant assez similaires sur plus de 200 bornes; un enchaînement de collines douces recouvertes de forêts ou de terrains agricoles.
Sous le soleil, c'est un régal d'y tournicoter!

         
Ces trois photos furent prises pendant une virée précédente... (on a donc Sauveterre, Duras, le Lot)

   

    Après cette dernière pause entre Miramont et Montbahus, je poursuis sur Duras, Sauveterre-de-Guyenne, et je m'arrête avant Bordeaux, à 10 bornes de Créon chez un vieux pote, il est 22h30, j'ai mis 12h pour faire environ 730 km...
Avec une bonne salade de fruits à mon arrivée, puisque j'ai le cul en compote, les noix compressées, la tête comme une pastèque, mais je suis bonne poire et c'est bien fait pour ma pomme, je l'ai bien cherché... Je n'ai pas pris d'amende amère, cela ne me déçoit pas pour autant; les amendes, j'ai toujours eu du mal à les digérer...

   

    Le lendemain, avant de rendre visite à ma soeur, je passe me poser près de cette église de mille ans, faire une prière pour ne pas être pris au radar sur la suite de ma route et remercier aussi le Seigneur de m'avoir permis d'arriver jusque-là sans mourir, c'était cool et vraiment sympa de sa part!
Non, je déconne!
Quoi que...
    Un gars qui est capable d'engloutir l'ensemble de l'humanité en créant le déluge, je préfère que ce soit mon copain... mais il est indéniable que l'endroit soit très très paisible, avec une belle vue sur les collines alentours. C'est un lieu très apprécié par toute ma famille, ma mère notamment, et ses cendres y ont été dispersées il y a quelques années déjà...

Bref...
Direction l'Océan!!

    Etre à l'Océan, c'est ma cure de jouvence...
J'ai 10 ans dès que je me retrouve dans les vagues. Je cours, saute, plonge, fais du body-surf (c'est à dire, rien qu'avec le corps...), parfois je crie, je ris quand je me suis fait bien bousculer.
Le spa, jacuzzi géant, avec l'hydromassage gratuit. Et le maillot qui reste dans le sac...

             

    Dediou que c'est bon!
Mais après deux jours pas de tout repos, est arrivée l'heure du retour vers mes pénates...
Je ne peux résister à l'appel d'un dernier plouf, surtout qu'il fait beau quoi que frais au petit matin.

     

    Au moment de partir par contre, ça commençait à cogner, et s'il y avait eu plus de vagues, je serais certainement resté un peu plus longtemps!
    Mais quand on ne risque pas sa vie dans les vagues et courants, c'est moins drôle, autant aller la risquer sur la route!
Alors j'ai enfilé mon blouson, mes godillots, inséré mes protections auditives, rempli mon Camelbag, replacé correctement les gesticules dans leur écrin, mis mes lunettes de soleil sur le nez, et ZOU! Je suis reparti sur les petites routes de l'Entre-Deux-Mers, entre Garonne et Dordogne, avec un pincement au coeur...
Je reviendrai!!

    J'arrive sur le Lot au niveau de Saint-Cirq-la-Popie vers 16h30, je suis cuit, et me fais quelques brasses dans la rivière pour me détendre... Je contacte Dom, qui devrait être vers Lézignan-Corbières, ça me ferait plaisir de le voir, et puis ça couperait un peu la route du retour.

    

    Mais on se loupe, on n'arrive pas à se joindre.
Je mange un bout, jette un oeil sur la carte pour avoir une idée de ce que je vais finalement envisager comme itinéraire et je me décide à pousser jusqu'à Marseille...

    Sauf que je suis parti tard de la côte girondine et que je décolle du Lot à 17h30, autant dire que j'ai énormément de route à faire avant de me poser chez moi!!
    Je rejoins et enquille alors des bornes sur la D911 à des vitesses relativement raisonnables bien que non réglementaires. Il faut bien que j'avance un peu, car j'aimerais me faire plaisir avant que le soleil ne se couche et que je ne vive l'ennui du ruban autoroutier que j'emprunterai évidemment de nuit entre Nîmes et la planète Mars.
    Alors, les gorges de la Jonte, la route pour rejoindre le Vigan, il faut que je fasse ça en pouvant profiter du paysage!
J'enroule pour passer par Aguessac et éviter Millau, me fais une petite pause pour souffler un peu et enfiler une polaire, puisque les saisons, ma bonne dame, y en a plus! L'air est frais et se déplace assez rapidement, il doit faire à peine 10 degrés et je suis équipé été... bien content d'avoir à ma disposition les sous-gants thermiques, je ferme les ventilations du pantalon avant de reprendre la route, avec beaucoup de vent derrière à cet endroit, c'est l'envers du décor.

    J'arrive peu après sur le haut du plateau avant de redescendre vers le Tarn, coupe un peu les gaz pour regarder les gorges qui se dessinent à l'horizon et que c'est bÔ...
Je bascule dans la descente, et tombe sur un joli comité d'accueil...

    Les mêmes, quoi que congelés face au vent, en chemisette. Une paire de gendarmes donc, avec une mégane RS3, parfaite pour des missions d'interception lors de contrôles... Sauf qu'ils sont moins statiques que sur cette photo, surtout l'un d'eux, qui fait de jolis et amples mouvements de bras, qui semblent bien m'indiquer qu'il souhaite ardemment que je m'arrête à leur côté. D'un signe de tête, je fais comprendre que j'ai compris, coupe complètement les gaz et jette un oeil à ma vitesse d'alors: 115km/h... donc précédemment, j'étais au-delà de 130... Donc, s'il y avait un radar planqué juste avant, je l'ai dans le fût bien profond...

    Je freine en douceur et stoppe derrière leur mégane sur le bas-côté. Je les salue en enlevant les gants élégants et les gants thermiques.
J'ai encore des points sur mon permis, je me suis donc permis de les serrer, les poings.
Alors que je vais couper le contact, le premier gendarme me dit:
- "Ne coupez pas le moteur. Vous allez où?"
D'un signe de la main et d'un coup de menton qui indiquent l'est, je réponds:
- "Aguessac, Meyrueis... tout ça..."
Très aimable et souriant, l'oeil pétillant visiblement intéressé par ma belle Africa, il enchaîne:
- "Dans ce sens-là, ça devrait passer. Bonne route. Et pensez à allumer vos phares."
Ah, oui... je ne les ai pas remis après ma dernière pause, merci.

Je me renseigne: il y a eu un accident ferroviaire, la circulation est bloquée vers Millau...



Ouf!!
J'ai eu peur... peur du gendarme et d'un excès de tristesse, puis peur qu'on m'impose un détour!
Bon d'accord, il y a eu un mort, mais ce qui importe c'est que cela ne m'ait pas retardé, et puis en plus, c'était un vieux!
Rien de grave donc... mais je dois être bien amer pour faire preuve d'autant de cynisme.
Mais c'est normal, surtout si le cynique est amer, surtout s'il niquait ta mère...
(ça vous plaît de lire des conneries aussi énormes? J'en ai presque honte... heureusement seulement presque... pardon Papa...)

    Or donc, après cette rencontre finalement pas désagréable du tout avec les représentants de la force publique, je me fais les gorges de la Jonte pour rejoindre l'Espérou.
Le soleil décline et donne de jolis reflets dorés à ma belle, lors d'une pause en pleine brousse pendant laquelle j'huile ma chaîne.

    Je recule la moto pour m'occuper du brin suivant de la chaîne lorsque j'entends une voiture arriver sur cette route déserte au milieu de nulle part.
Tenant la moto pour la déplacer, j'attends qu'elle passe, mais elle s'arrête, fenêtre passager ouverte...
Une charmante jeune conductrice me demande si tout va bien, si j'ai besoin d'Ed.
- "Je ne connais personne prénommé Ed...", ne lui réponds-je pas, car au contraire je la remercie chaleureusement de s'en être inquiétée, autant que si j'avais été en carafe et qu'elle me proposait deux laides au cas où je me serais senti trop solitaire, ou deux LEDs, car il est vrai que la luminosité a sensiblement baissé et qu'il m'étonnerait beaucoup que cela s'améliore...
Et puis si ça s'trouve, il n'était pas du tout dispo, Ed!

    Rasséréné par le regain de foi en l'humanité que cette rencontre a provoqué, je repars avec le smile et moins misanthrope, alors que le soleil se décide à se coucher peu de temps plus tard, et exactement comme je l'avais prédit, ça me cloue vraiment tellement chuis balèse, la luminosité décroit de plus en plus rapidement... 
   Proportionnellement, suivant l'application d'une formule mathématique dont je préfère vous soulager de sa lecture rébarbative quoi que singulière, ma vitesse moyenne décroit, alors que je décarrais d'un trait sans tourner en rond jusqu'au prochain point, qui parfois est un rond-point...
Décroit, décarrais, un trait, des points, des ronds... ça s'aborde facilement grâce à la géométrie de la partie cycle de l'Africa.

    Il n'y a pas de ligne droite les 60 kilomètres suivants, à flanc de colline, au milieu de la forêt, et il fait rapidement nuit noire. Je suis crevé et je sextuple d'attention, car j'en fait effectivement trois fois plus que seulement en redoubler; je n'ai pas envie de me vautrer dans ce coin où plus personne ne passe à cette heure.
    Bon d'accord, j'ai rarement envie de me vautrer, même en plein jour, par beau temps et avec du monde partout, mais je sens bien que la probabilité pour que ça m'arrive a sacrément augmenté avec la fatigue, la nuit, cette belle route viroleuse à souhait, mais aussi l'envie de terminer (vite? Non: ENTIER!) ma journée de roulage.
    L'arrivée au Vigan est une belle satisfaction, car j'ai réussi à rallier la ville sans l'aide d'une dépanneuse ou d'une ambulance, pour y faire le plein à 21h33 et dix secondes, ticket de caisse faisant foi, puis j'ingurgite avant de repartir à-je-ne-sais-pas-quelle-heure-mais qu'on-s'en-fout-bien-pas-mal deux barres de céréales car j'étais vidé bien avant d'avoir à faire le plein, mais quand je suis plein je ne roule pas. Sur le premier panneau indicateur que je croise ensuite, je constate que je suis encore à plus de 80 km de Nîmes...

    Dediou, ça va être long tout ça!
    Comme la femme délaissée prend son mâle en patience, je prends mon mal en patience, et finalement l'autoroute pour Mars, ce que ne fait pas la femme précitée car son homme vit sur une autre planète, bien qu'aussi très souvent dans la Lune, mais ce n'est pas une planète, simplement un satellite.
    Dernière pause en Arles, d'où je peux enfin consulter le message de Dom... trop tard; il est clair que je ne vais pas repartir vers l'ouest!
Un dernier petit effort et j'arrive finalement à 00h30, et il est hors de question de m'asseoir sur une bonne mousse, j'ai assez souffert aujourd'hui de l'inconfort de celle de ma selle!

    Direction le Pub à côté de la maison. La température est bien plus douce ici: les poêles Pubiens ça réchauffe et s'apprécie, même quand on a déjà l'oesophage central...

    Pour conclure, tout au long de ce périple, je me suis dit que le plus grand danger à rouler, c'est d'être surpris dans sa conduite alors qu'on scrute les bords des routes à la recherche d'éventuels radars fixes ou mobiles... une grande partie de mon attention au guidon était affectée à cette tâche.
Et puis quand on commence à scruter les radars, c'est qu'on ne roule plus au pas...

    Je sais, je ne suis pas obligé de rouler en prenant des risques avec mon permis.
Et j'ose mal imaginer les risques encourrus pour lui avec une vitesse maxi sur le réseau routier inférieure à celle d'aujourd'hui...
M'enfin bon... je suis resté joueur, c'est peut-être ça...


    
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