Jour 1&2: Départ et Arrivée
Préambule...
Mais pourquoi
donc envisager un tel voyage en plein hiver?
Je
pense qu'il est effectivement nécessaire que je réponde en préambule à cette
question, car nul besoin de vice pour qu'elle vous taraude, et vous
serez ainsi fixés avant de péter un boulon...
J'ai
acheté ce qui me semble être une excellente voyageuse, et depuis
que je l'ai fait et que le rodage est terminé, je n'ai qu'une envie:
la charger et partir loin avec afin de vérifier ses aptitudes à
barouder... marre de faire des boucles autour de chez moi!
Et
puis j'ai aussi une grosse envie de changer d'air, d'échanger mon
quotidien pour un qui serait moins ordinaire...
Il
n'était pas prévu que je parte seul, mais je désire profiter de la
semi-liberté que me crée l'absence de boulot; je suis dispo et je
ne sais pas combien de temps cela va durer!
Mieux
vaut que je m'évade avant que je ne puisse plus le faire!
Dommage
que cela soit finalement seul que je parte, on aurait pu partir à
trois, mais étant le seul disponible sur la période qui me convienne, tant pis... et
puis voyager en solitaire ne sera pas une première, bien au
contraire...
Alors,
je surveille les prévisions de la météo espagnole, parce que
l'Espagne est une destination que j'adore, avec une grosse envie de
descendre au sud, car je ne l'ai jamais fait en moto et que c'est un
peu l'assurance de rouler dans de bonnes conditions climatiques en
cette période de l'année...
Derniers
préparatifs dans l'urgence; je suis un gros glandu, et
même si je sais que je vais partir incéssamment sous peu,
je n'avais aucune idée précise du jour du départ!
Afin
de rouler confortablement sur les pistes, en étant plus droit et
moins en appui sur les poignets en position debout, je baisse donc les
repose-pieds
de 15mm, puisque ceux que j'ai installés à la place de
ceux d'origine disposent de cette possibilité, installe des
rehausses de guidon.
Et pour finir, j'installe un connecteur pour l'alimentation électrique du GPS.

Je
prépare mes bagages... je vais étrenner mes nouvelles sacoches
cavalières SW-Motech et emmener tout le nécessaire pour bivouaquer.
Non que j'aime bivouaquer en hiver, ce sera d'ailleurs une première.
C'est surtout que je n'ai de toute façon pas le choix, n'ayant pas
le budget pour faire autrement... mon plus gros budget sera donc
celui du carburant, exit le confort des hôtels ou des restos!
Même
si je préfère la liberté qu'offrent les bivouacs, je m'interroge sur ma
capacité à dormir sous la tente en hiver avec l'équipement dont je
dispose... je verrai très vite ce qu'il en est!
Une
sacoche à outils, un sac de fringues, les deux sacoches cavalières,
une sacoche de réservoir pour y fourrer tout ce qui doit être
accessible rapidement, un Camelbak pour étancher ma soif en roulant
et y mettre les petits accessoires, composent mon chargement.
L'idée
qui me tente est de descendre sur Almeria, Sevilla, et éventuellement
de remonter ensuite par le Portugal, en empruntant une part de pistes
non négligeable sur le parcours. Je n'ai préparé aucun itinéraire,
juste récupéré à l'arrache quelques traces GPS, j'improviserai
sur place au gré de mes envies, des paysages que je croiserai ainsi
que de la météo...
Jour 1 et 2: Départ, Arrivée en Espagne
Je
ne décolle qu'à 13 heures de Marseille en ce samedi 7 janvier, je
ne suis ni pressé ni sous pression, et de toute façon je ne suis
attendu nulle part, vu que je ne sais pas où je dormirai le soir...
Lors
d'une pause autoroutière, Dieu décide de me soumettre à la
tentation en mettant sur mon chemin un paquet de clopes neuf, que je
ramasse, alors que cela fait quelque temps que je vapote...
Dieu est
vraiment un gros farceur!

Autoroute,
donc, jusqu'à Narbonne, je longe ensuite l'autoroute catalane par
une départementale, car il est rapidement temps de tenter de planter
la tente pour un premier bivouac, le jour est vraiment trop court en
hiver... et puis il fait frais!
Très optimiste, je suis parti avec mon pantalon de toile,
enfilé par-dessus un caleçon long, et j'ai vite compris
qu'il aurait mieux valu que je mette mon cuir!
Quelques éoliennes sont posées à ma gauche dans les
collines. Qui dit éoliennes, dit zone inhabitée et chemins d'accès
pour leur entretien... donc je quitte ma départementale, emprunte
une piste, cherche un endroit plat abrité du vent, que je trouve au
bout d'un chemin entre deux parcelles de vigne.

Je
m'installe. Le soleil se couche bien avant moi, et je reste couvert
sous un ciel dégagé; l'ambiance est venteuse et fraîche, pour ne
pas dire froide!
Dans
mes provisions, une bonne "Tortilla con Patatas"
réchauffée au réchaud, histoire de me mettre dans l'ambiance
ibérique dès le premier soir!

J'aurais
quand même dû enlever mon casque et les bouchons d'oreille avant de
me décider sur l'emplacement du bivouac du jour, car j'aurais pu me
passer d'être bercé par le bruit régulier de l'éolienne derrière
moi, le vent levé fonçant sur ses pâles pales, sans contraste mais
avec une claire ardeur dans l'obscurité de la nuit tombée...
Mais,
bon... j'ai passé une bonne nuit, bouchons d'oreille en place, sous un beau ciel étoilé
au-dessus de ma toile, avec le clin d’œil de deux étoiles
filantes...

à
8h du matin à peine, j'ai déjà démonté mon campement et tout
arrimé sur la moto.
Je
reprends mon périple dans la belle lumière du soleil
levant, emprunte quelques pistes pour le fun, qui me mènent en
bord de mer. Plus loin, je fais une pause photos au
milieu de vignes peu avant Perpignan. Je partage avec vous un peu de
mont Canigou après
ce saut de puce, je ne suis pas chien...

Je
traverse la frontière en longeant la côte.
J'adore
cette route!
La
première fois où j'étais venu en Espagne à moto, il y a un bail,
j'étais déjà passé par là, et la dernière fois que j'y suis
passé, c'était il y a quasiment un an, au retour de la présentation
à Barcelone de la nouvelle Africa CRF1000 aux concessionnaires Honda
français, en en accompagnant tout un troupeau avec ma fidèle Africa 750...
Que de bons
souvenirs, donc!

C'est
moi!!
Mais
aujourd'hui, puisque je me suis fait plaisir suite au vol de ma moto l'été dernier, j'y roule moi aussi en Africa CRF1000!
Très
symboliquement finalement, car cela présage de nouvelles aventures à
vivre au guidon de cette belle machine...
Le
ruban de bitume qui serpente le long de la côte, avec ses virages à
faire frotter les reposes-pieds, ses superbes panoramas,
n'offre que du plaisir à rouler, même si le vent est toujours aussi
fort!
Lors
d'une pause miction, je préfère d'ailleurs rester en appui contre
la moto pour ne pas qu'elle bascule pendant la durée de l'opération,
que j'effectue dos au vent bien sûr, car ayant déjà le teint un
peu buriné, nul besoin d 'avoir le visage et la barbe urinés de surcroît...

J'emprunte
ma première piste espagnole entre el Port de La Selva et la
route de
Cadaques, c'est magnifique et je me régale... de plus, le soleil
arrive enfin
à percer la couverture nuageuse. Il doit y avoir un
élevage de chasseurs dans le coin, car j'en croise tout un
troupeau en liberté sur la fin de cette piste, on se salue, ils
ne sont pas
sauvages et au contraire, venant d'un élevage, ils sont bien élevés, donc tout va bien,
je sens bien
que je suis en Espagne et je m'y sens bien!!

Je
rejoins Cadaques par 5 kilomètres de bitume, histoire d'y faire une pause
casse-croûte, puis d'y rejoindre une piste que mon GPS m'indique.

La
piste en question est interdite aux véhicules à moteur, et je ne
vais pas faire mon FleePee... autant vers chez moi toutes les pistes
sont fermées sans aucun discernement, autant ici, lorsqu'elles sont
fermées c'est qu'il y a une bonne raison, et de toute façon souvent la possibilité
de prendre la piste juste à côté...
Alors,
sans trop de frustration, je reprends d'autres pistes plus tard, plus
dans l'intérieur des terres, au milieu de terrains agricoles, de
vergers, d'oliveraies, de porcheries...
Quel plaisir d'évoluer en toute liberté
sur ces belles pistes roulantes, au milieu d'effluves suaves qui flattent l'odorat! (sauf près des porcheries!)
Je
me fais même une pause très agréable,
allongé dans l'herbe
grasse... je suis vanné et j'ai les reins en compote, la faute
au Camelbak trop plein et en appui entre le sac sanglé sur la
selle et moi, ce qui m'oblige à me cambrer en position assise... ça m'a scié!
Lorsque je m'assieds désormais, je fais en sorte que le Camelbak se pose SUR le sac de selle.


Je
rejoins Sant Feliu de Guíxols et la magnifique route vers Tossa
de
Mar, qui court et tournicote en hauteur au milieu des pentes
boisées
du bord de mer. C'est couvert, mais il y a encore de quoi faire frotter les repose-pieds!
Le hic, c'est que
je n'aime pas ça, ça me surprend trop à chaque
fois! Le bruit, les vibrations et la botte qui se râpe sur le
bitume provoquent des mouvements réflexes qui influent sur
l'accélérateur, la trajectoire, ma jambe: j'ai à
chaque
fois l'impression d'être en train de me vautrer!
Les motards
du coin savent combien cette route est un pur délice: j'en croise des
dizaines en groupe en ce milieu de dimanche après-midi...

D'ailleurs,
l'heure tourne, il est temps que je me mette en quête d'un lieu de bivouac!
Hop!
J'emprunte une piste qui monte dans la colline et finis par trouver
un endroit parfait: isolé du vent, avec une vue énorme
sur la côte
pour peu que je fasse quelques pas à travers la
végétation d'un
maquis épais. Un sentiment de bonheur m'habite, car je jouis
avec
grand plaisir du panorama, quand je me fraie un chemin et
déboule dans le maquis quêté à la main, sans
qu'il
m'ébranle...
Bien que je n'ai rien contre; ça peut soulager certaines
tensions...

Je
fais un point sur l'intendance avant de commencer à m'installer: à
peine un demi litre d'eau en stock, ça ne va pas le faire du tout!!
Je
repars donc vers Tossa de Mar, après avoir enregistré l'endroit
dans mon GPS, bien que je sois sûr de ne pas en avoir besoin pour le
retrouver...
Direction
la plage, tant qu'à faire; je me souviens que l'endroit est mignon
tout plein, avec ses vestiges médiévaux d'enceinte fortifiée, son
château qui surplombe la baie et son couvent que plombe l'abbé.
Je
m'arrête en face de la terrasse d'un petit snack, où un couple
sirote café et pression en fumant dehors, puiqu'ici aussi, on ne
peut plus fumer dans les lieux publics, ce qui n'est pas plus mal.
Je
pénètre dans l'établissement avec l'intention de commander une
pression, et, derrière son comptoir, le patron, qui, je le précise,
a l'air d'être vraiment un gros con avant même de le prouver, car
il n'a pas que l'air, mais aussi les paroles et les arrangement pour
orchestre de l'air d'être vraiment un gros con, puisqu'il m'envoie
chier illico, sans ménagement, ou plutôt agressivement, comme quoi c'est
fermé et qu'il ne me servira pas...
Soit...
Comme j'aime bien voir jusqu'où la
bêtise humaine peut aller, mais que j'aime aussi donner une
deuxième chance aux abrutis, je
récupère à la moto ma bouteille d'eau vide,
ça ira plus vite de
lui faire comprendre que j'aimerai beaucoup qu'il me la remplisse en
la lui montrant qu'avec mon espagnol de survie... je retourne donc
à
l'intérieur bouteille à la main pour me confronter
à son antipathie mais en espérant générer de
l'empathie, je lui montre la bouteille en disant: "Agua, por favor?"
Sourcils
froncés et parlant fort, finalement toujours aussi aimable, il secoue la tête
en vociférant ce qui me semble être quelques insultes à mon
encontre, tout en sortant une bouteille d'eau minérale de 25cl qu'il
semble cependant disposé à me vendre. Je lui mime que je
souhaiterais simplement que ma bouteille soit remplie par ses soins.
Il tempête de plus belle et recommence à secouer sa tête de gros
porc en gueulant...
Je n'attends pas la fin de ses vociférations,
tout en tournant l'étalon pour rejoindre ma monture, je
le salue sans un regard d'un "Muchas Gracias!" ironique, en marmonnant en
français: "Tu peux te la garder ta bouteille pourrie...",
j'ai peut-être même ajouté une localisation possible de l'endroit
où il pouvait se la mettre... je suis sidéré, tout comme le couple
espagnol à l'entrée, qui eux ont compris l'intégralité de ce que ce GROS gros con m'a dit...
Oui, GROS gros con, car outre d'être un gros
con, il a un embonpoint assez prononcé, ce qui dans son cas
n'est pas un bon point... voilà pourquoi j'ai utilisé des
caractères gras: afin de mieux le décrire!
Je
déplace la moto de 32,83 mètres environ, me gare à côté de la terrasse
d'un resto.
Un
serveur souriant vient à ma rencontre, je lui commande una cana, por
favor.

Il
revient avec mon verre et me branche sur ma moto, les yeux brillants...
-
"Si, me gusta muy bien la novella Africa Twin!",
réponds-je.
Lui,
il roule en BMW 1150 GS, on mélange de l'espagnol, de l'anglais, du
français et on arrive à se comprendre. Sa femme se joint à la
discussion, le confort du passager l'intéresse...
Avec
un grand sourire, la mama derrière le comptoir remplit la poche à
eau du Camelbak et ma bouteille alors que je viens commander une
deuxième pression...
Ouf!
Les espagnols sont extraordinaires et aiment la moto sous toutes ses
formes.
L'abruti de toute à l'heure n'est que l'exception qui
confirme la règle!
En
repartant, on me souhaite bon voyage, je salue tout le monde.
J'ai
repéré pendant ma pause d'autres pistes à la sortie de la ville,
parce que je ne me sens plus de refaire les 10 bornes qui me séparent
du lieu de bivouac que j'avais trouvé...
Je
pars donc au hasard sur un chemin et trouve assez rapidement un
endroit au top, avec un coucher de soleil flamboyant pour me
souhaiter la bienvenue pendant que je m'installe...
Parfait!
Benvinguts
en Espana!


Distance parcourue, durée du parcours:
Jour 1: 303 km, 3h33
Jour 2: 263,2 km, 9h42