Balades de FleePee





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Chez les Ibères en Hiver!
7-19 Janvier 2017


A l'Aube du Troisième Jour...


    J'ai passé la nuit avec des bouchons d'oreille et l'impression d'avoir planté la tente près d'un chenil...
Putains de chiens qui commencent à aboyer au coucher du soleil et ne se calment qu'au petit matin!
Justement, ce matin, je le prends cool... suis pas pressé après tout!
La cafetière italienne tourne à fond, selon un rituel qui restera quasi immuable...
    Réveil, toilette à la lingette bébé, lancement d'un premier café, vidange de vessie, p'tit déj à base de pain au chocolat et de jus d'orange, du premier café...
Pendant que je termine de boire le premier, j'en prépare un deuxième
dès que je peux manipuler la cafetière à mains nues. L'avantage des températures basses, c'est que cette attente est assez rapide...
Le temps qu'il se fasse, je plie sacs de couchage et matelas auto-gonflant.
Je bois le deuxième café, en lance un troisième.
Le temps qu'il se fasse, je sors toutes les affaires de la tente, commence à charger la moto et à m'équiper pour rouler.
Je bois le troisième café, en lance un dernier.
Le temps qu'il se fasse, je plie la tente.
    Dans une sacoche cavalière, je place les deux sacs de couchage, le matelas et ma gamelle... ça ne pèse rien, mais c'est ce qui prend le plus de volume. Dans l'autre sacoche trouvent leur place, la tente, réchaud et accessoires pour le café, plus toute la nourriture et une bombe anti-crevaison...

    Il fait un peu frais et c'est un régal de voir le soleil se lever sur les collines qui m'ont hébergé pour la nuit.
Allez, assez lambiné, je suis prêt, je pars! Zou!
Direction le sud!

        

    La piste de bon matin, j'adore, ça réveille tout de suite et bien mieux que le café...
Je tombe sur quelques ouvriers répartis le long d'un chemin qui descend sur le versant nord de la colline en face de laquelle j'ai dormi, je les salue, ils ont l'air assez surpris de me voir passer par là...
    500 mètres plus loin, je comprends mieux leur étonnement... la piste abandonnée se transforme par moment en champ de boue, et avant que m'y enfoncer plus ne se transforme en galère intégrale pour en ressortir et remonter, je fais vite demi-tour; j'ai re-constaté l'adhérence et traction très précaires des TKC70 sur ce type de sol, pas besoin de tester plus...

    Je découvre que le versant sud abrite un vaste lotissement de villas très cossues, il y a donc de fortes chances que la piste que j'ai prise au nord soit rapidement aménagée pour permettre l'extension du lotissement, et je comprends mieux le nombre de chiens que j'ai entendus aboyer pendant la nuit... ce n'est pas un chenil que j'entendais, c'est juste la plainte des chiens qui préféreraient se renifler le cul plutôt que d'être séparés et emprisonnés par les hauts murs cloisonnant les propriétés de leur maître...

    Mais comment font les habitants pour supporter ça?!!
Moi ça m'a donné des envies de canicide, à défaut de canicule, car je ne suis pas tenté par la zoophilie, bien que le fond de l'air soit frais, et qu'une bonne canicule, ça réchauffe quand même toujours un peu, bien que les chiens n'aiment pas ça et qu'il vaille mieux qu'ils soient muselés avant de se lancer dans des pratiques sexuelles
sur des canidés que la morale réprouve...

    Enfin, bref... je me retrouve à Terrafortuna pour faire le plein, et j'achète une carte papier d'Espagne, car je suis parti sans emporter la mienne... parce qu'au bout du compte, je ne me sers absolument pas des traces GPS que j'ai chargées! J'improvise, mais j'ai besoin d'avoir une vision globale des directions à prendre.

    Mon GPS Garmin Montana est d'ailleurs au top pour l'improvisation!
J'agrandis l'échelle de la carte, je lui donne une destination, et il se démerde à m'y amener avec le paramétrage de calcul d'itinéraire que je lui ai donné, donc en empruntant des pistes s'il le faut. Et puis s'y j'en prends une pour le surprendre et surtout parce qu'elle me fait envie, jamais il ne se montre déconcerté et me recalcule illico un itinéraire par les pistes. Je me suis régalé à avancer comme ça tout au long de mon périple!

    Mais pour le moment, je me gèle grave!
Exit l'ambiance méditerranéenne, j'ai perdu plus de 10° en m'enfonçant vers l'intérieur. Le thermomètre de la moto affiche 0°, ce qui doit correspondre réellement à un -4/-5° degrés.
J'ai surtout froid aux pieds... je m'étais toujours dit que sur ma future moto j'aurais des poignées chauffantes, et c'est donc le cas sur celle-ci...
    Le soleil est là, il faut que je quitte cette pourtant très belle route qui déroule son ruban parfait de bitume au creux des collines boisées, les rayons du soleil perçant les ramures effeuillées pour magnifier la brume qui s'élève du sol. C'est beau, mais l'ambiance est glaciale et très humide... la large route elle-même est recouverte d'eau, et vu la température ambiante, je sais que mes pneus ne seront jamais chauds et que surtout je risque de rencontrer du verglas à tout moment...

    Je file vers le sommet d'une colline ensoleillée, y
récupère une piste et fais une pause... clope!
Ben oui, moi, faut pas me soumettre à la tentation!
Un tout autre paysage s'offre à moi, qu'est-ce que c'est beau!

    De rouler moins vite dans ces chemins, debout, j'ai tout de suite plus chaud, malgré les flaques gelées que je croise... et puis je me sens bien, là, ici, maintenant, je profite de chaque seconde de l'instant présent, sans jamais savoir ce que je vais trouver au virage suivant, au guidon de cette machine incroyable de facilité, de souplesse de conduite et de confort...

    Mon objectif du moment est de contourner Barcelona dont je m'approche petit à petit, en essayant d'éviter au maximum les zones urbaines, commerciales, industrielles... tout ce qui est pollué par trop de concentration de présence humaine. Toute l'année, je vis en plein milieu de l'agitation, alors si je me fais un trip en moto, c'est pour la fuir!

    Je finis par longer l'autoroute AP7 en suivant la route indiquée par le GPS, et c'est la misère... je traverse tout ce que je voulais éviter, c'est interminable, bourré de feux qui restent rouges pendant de longues minutes... il me tarde que ça s'arrête!
    J'enfile finalement les bornes sur de la bonne autovia, et puis, comme j'allais passer pas loin des sites sur lesquels on avait roulé avec les Honda boys et les CRF l'année dernière, que j'avais en tête l'envie d'y faire un petit pèlerinage, je me suis laissé porter par le désir de revoir ces coins et j'y suis donc allé...

    Je me retrouve sur la route qui mène à l'hôtel où nous logions... depuis la fenêtre de ma chambre, j'avais une vue superbe sur le massif de Montserrat et me disait que les pistes du coin devaient être bien sympathiques, mais nous n'avions pas eu l'occasion d'y rouler...
Zou!
Je prends la sortie, passe devant l'hôtel et me jette sur la première piste qui s'offre à moi... quelle régalade!

    

    Je ne me trompais pas, c'est magnifique et j'y casse la croûte, y laisse des excréments pour marquer mon territoire, y perds mon rouleau de PQ laissé dans la poche de ma veste mais je ne m'en rendrai compte que le lendemain matin... perte sans gravité, car prévoyant, j'en ai un rebus dans la sacoche réservoir...
    Je continue le pèlerinage en passant par le site du bivouac... la nature y a repris ses droits! Difficile d'imaginer qu'il y avait là plus de 200 motos dont environ 190 CRF1000, une tente berbère immense, une ambiance et un kif inoubliables!



    Je termine ce pèlerinage en reprenant l'itinéraire routier que l'on avait fait, en l'agrémentant d'incartades fabuleuses dans les pistes aux alentours... je me suis fait tellement chier autour de Barcelona que j'ai envie de me faire plaisir!
Dommage, je n'en ai aucune photo... un p'tit coup de google earth avec ma trace GPS enregistrée, et voilà à quoi le coin et les pistes ressemblent:

         

    De ce que j'ai envisagé pour poursuivre ma descente vers le sud, je prends la direction d'Alcaniz. Depuis un viaduc sur la N420, je vois un site magnifique, un paysage érodé d'ocres flamboyants. Je prends la première sortie et me retrouve à Falset, bled glauque et morne au milieu de rien. Le site sur lequel j'arrive est effectivement fabuleux, mais un panneau signale l'interdiction d'y camper...
Ce n'est pas le style de choses aptes à m'empêcher de le faire, surtout en janvier, mais ce qui me gène, c'est qu'il y ait une voiture qui y soit stationnée...

    

    Je rebrousse chemin, fais le plein à Falset (ce qui signifie que j'achète aussi une San Miguel 50cl...), me dirige vers les collines au nord du bled où je pressens que je vais trouver mon bonheur pour bivouaquer. La minuscule route de campagne que je prends se transforme rapidement en piste, je monte dans la colline et après repérage de plusieurs sites potentiels, jette mon dévolu sur l'un d'eux...
Top!

         

    Je suis en train de mettre mes affaires dans la tente lorsque j'entends un véhicule s'approcher.
Un pick-up, avec 2 gars dedans s'arrête à mon niveau.
Salutations et grands sourires, discussion
en anglais. Ils hallucinent que je m'installe pour camper en plein hiver!
Je finis par demander si c'est un problème que je le fasse ici.
Un problème? Et pourquoi donc?!
Le gars est surpris... il me répond que ce n'est que de la terre agricole et des vignes par ici, en quoi ça générait quelqu'un que je campe?
Ils me souhaitent bonne nuit et repartent, souriants... que j'aime ce pays!

    Je commence à déguster ma bière-récompense de la journée, assis sur un tapis de pierrasses, face à un panorama magnifique et avec le coucher de soleil qui petit à petit colore le tout... sauf qu'en déchargeant mes affaires, j'ai mis ma cigarette électronique dans la poche arrière de mon futal, et quand je veux l'attraper, je sens les piqûres brûlantes des éclats de verre de la cigarette qui pénètrent la peau de mes doigts engourdis par le froid...
Jamais je ne la range dans cette poche, j'ai du liquide plein les doigts.
J'arrive heureusement à me débarrasser de tous les éclats de verre sans qu'il y en ait qui restent incrustés dans la peau.
Finalement, c'est la providence divine qui avait mis sur mon chemin un paquet de clopes!

    Parce qu'après ce petit intermède, je peux enfin profiter de ce moment de zénitude panoramique, gazeux et nicotinique...
Qu'est-ce que je suis bien ici!

    


Distance parcourue: 275 km
Durée du parcours: 8h12


Bonne nuit!

Demain est un autre jour!


       
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