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Chez les Ibères en Hiver!
7-19 Janvier 2017 A l'Aube du Troisième Jour...
J'ai
passé la nuit avec des bouchons d'oreille et l'impression d'avoir
planté la tente près d'un chenil...
Il
fait un peu frais et c'est un régal de voir le soleil se lever sur
les collines qui m'ont hébergé pour la nuit. La
piste de bon matin, j'adore, ça réveille tout de suite et bien
mieux que le café... Je découvre que le versant sud abrite un vaste lotissement de villas très cossues, il y a donc de fortes chances que la piste que j'ai prise au nord soit rapidement aménagée pour permettre l'extension du lotissement, et je comprends mieux le nombre de chiens que j'ai entendus aboyer pendant la nuit... ce n'est pas un chenil que j'entendais, c'est juste la plainte des chiens qui préféreraient se renifler le cul plutôt que d'être séparés et emprisonnés par les hauts murs cloisonnant les propriétés de leur maître...
Mais
comment font les habitants pour supporter ça?!! Enfin, bref... je me retrouve à Terrafortuna pour faire le plein, et j'achète une carte papier d'Espagne, car je suis parti sans emporter la mienne... parce qu'au bout du compte, je ne me sers absolument pas des traces GPS que j'ai chargées! J'improvise, mais j'ai besoin d'avoir une vision globale des directions à prendre.
Mon
GPS Garmin Montana est d'ailleurs au top pour l'improvisation!
Mais
pour le moment, je me gèle grave! De rouler moins vite dans ces chemins, debout, j'ai tout de suite plus chaud, malgré les flaques gelées que je croise... et puis je me sens bien, là, ici, maintenant, je profite de chaque seconde de l'instant présent, sans jamais savoir ce que je vais trouver au virage suivant, au guidon de cette machine incroyable de facilité, de souplesse de conduite et de confort... Mon objectif du moment est de contourner Barcelona dont je m'approche petit à petit, en essayant d'éviter au maximum les zones urbaines, commerciales, industrielles... tout ce qui est pollué par trop de concentration de présence humaine. Toute l'année, je vis en plein milieu de l'agitation, alors si je me fais un trip en moto, c'est pour la fuir!
Je
finis par longer l'autoroute AP7 en suivant la route indiquée par le
GPS, et c'est la misère... je traverse tout ce que je voulais
éviter, c'est interminable, bourré de feux qui restent rouges
pendant de longues minutes... il me tarde que ça s'arrête!
Je
me retrouve sur la route qui mène à l'hôtel où nous logions...
depuis la fenêtre de ma chambre, j'avais une vue superbe sur le
massif de Montserrat et me disait que les pistes du coin devaient
être bien sympathiques, mais nous n'avions pas eu l'occasion d'y
rouler...
Je
ne me trompais pas, c'est magnifique et j'y casse la croûte, y
laisse des excréments pour marquer mon territoire, y perds mon
rouleau de PQ laissé dans la poche de ma veste mais je ne m'en
rendrai compte que le lendemain matin... perte sans gravité, car
prévoyant, j'en ai un rebus dans la sacoche réservoir... Je
termine ce pèlerinage en reprenant l'itinéraire routier que l'on
avait fait, en l'agrémentant d'incartades fabuleuses dans les pistes
aux alentours... je me suis fait tellement chier autour de Barcelona
que j'ai envie de me faire plaisir!
De
ce que j'ai envisagé pour poursuivre ma descente vers le sud, je
prends la direction d'Alcaniz. Depuis un viaduc sur la N420, je vois
un site magnifique, un paysage érodé d'ocres flamboyants. Je prends
la première sortie et me retrouve à Falset, bled glauque et morne
au milieu de rien. Le site sur lequel j'arrive est effectivement
fabuleux, mais un panneau signale l'interdiction d'y camper... Je
rebrousse chemin, fais le plein à Falset (ce qui signifie que
j'achète aussi une San Miguel 50cl...), me dirige vers les collines
au nord du bled où je pressens que je vais trouver mon bonheur pour
bivouaquer. La minuscule route de campagne que je prends se
transforme rapidement en piste, je monte dans la colline et après
repérage de plusieurs sites potentiels, jette mon dévolu sur l'un
d'eux...
Je
suis en train de mettre mes affaires dans la tente lorsque j'entends
un véhicule s'approcher.
Je
commence à déguster ma bière-récompense de la journée, assis sur
un tapis de pierrasses, face à un panorama magnifique et avec le
coucher de soleil qui petit à petit colore le tout... sauf qu'en déchargeant mes affaires, j'ai
mis ma cigarette électronique dans la poche arrière de mon futal,
et quand je veux l'attraper, je sens les piqûres brûlantes des
éclats de verre de la cigarette qui pénètrent la peau de mes
doigts engourdis par le froid...
Parce qu'après
ce petit intermède, je peux enfin profiter de ce moment de zénitude
panoramique, gazeux et nicotinique...
Bonne
nuit! |
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