A l'Aube du Dernier Jour...
Le jour se lève sur mon dernier bivouac...
La nuit fut fraîche, mais ça va, j'ai connu pire et étais préparé, j'ai donc bien dormi.
Ce jour est celui des derniers: dernier toilettage aux lingettes, derniers
cafés au réchaud, dernier pliage de camp, dernier
chargement de moto, dernier caca en pleine nature...
Il paraît qu'il fait froid en France, je multiplie en
prévision les couches de mon équipement, mais la bonne
nouvelle, c'est qu'apparemment il n'y aura ni tramontane ni mistral sur
mon parcours...
Ouf!
J'appréhendais un peu ça après 12 jours de vent non stop...
Mon seul soucis pour le retour, c'est que je me suis choppé ces deux derniers jours
des engelures aux pouces, index et majeurs des deux mains,
à rouler longtemps à des températures très
basses. Jusqu'à ce matin, je ne le sentais qu'à peine, mais
aujourd'hui j'ai du mal à les utiliser tant c'est douloureux...
ça ne se voit pas vraiment, mais entre les crevasses et la
pulpe des doigts à vif sous la peau morte, je morfle un peu...

Dernier départ de bivouac...
9h20, je fais chauffer la machine avec un petit pincement au coeur...
Je suis à la fois content de rentrer, j'ai bien eu ma dose de
balades, mais dans le même temps je sais que j'aurais pu faire
plus si la météo était restée
clémente, si j'étais parti à une autre
période de l'année, mais aussi si j'avais eu plus de fric pour pouvoir le
faire...
Il m'aurait vraiment plu de passer vers Sevilla, d'arpenter l'Algarve puis
de remonter par le Portugal, en terminant par une traversée
ouest-est des Pyrénées espagnoles... il m'aurait fallu 10
jours et quelques centaines d'euros de plus!
Ce sera pour une autre fois, du moins je l'espère!
Je
pense retourner voir le serveur en GS de Tossa de Mar avant le départ, mais lorsque
j'arrive dans la ville, je n'ai aucune envie de me poser, j'ai envie de rouler!
Je trace donc pour me
refaire la splendide route du bord de mer... j'ai l'intention de me
faire un minimum plaisir avant de prendre une fois arrivé
en France l'autoroute jusqu'à Marseille...
Asta la vista, Tossa de Mar!

J'ai trouvé ce panneau de partout en Espagne...
On peut rouler sur quasiment toutes les pistes, bivouaquer où
bon te semble, mais à les écouter, ils se
réservent ce droit et impossible de déféquer
où l'on veut!
C'est assez contradictoire...
Je file vers Roses, j'ai mis un point GPS sur une piste du parc de Cap
de Creus, car je souhaite rejoindre Cadaques par les pistes. A 11h30,
j'arrive sur la plage de Montjoi pour me faire la pause
casse-croûte. Je m'installe à l'abri du vent, le soleil me
chauffe agréablement, j'ai la plage pour moi tout seul... le
bonheur...

Je remonte sur la moto en vérifiant que j'ai bien mon sac sur le dos, je suis désormais vacciné...
Manque de bol, la piste qui permet de rejoindre Cadaques est
fermée par une lourde barrière... je poursuis sur celle sur laquelle je roule jusqu'au
bout, pour finalement arriver à la mer. Terminus!
Toutes les autres pistes qui partent de la principale sont elles aussi fermées...
Mierda!
Dommage, les paysages et panoramas méritent le détour!

Je n'ai plus qu'à retourner sur Roses et prendre la direction de Cadaques.
Dernière piste espagnole, entre la route qui mène
à Cadaques et El Port de la Selva, comme à l'aller,
toujours avec ses chasseurs sympas, le coin toujours aussi
agréable...

Et puis après, direction Portbou...
Derniers tours de roues en Espagne, dernier plein avant la
frontière, dernière bière achetée à
la station service...
Même l'écrire me chagrine...
Adios Espana!!

Premiers tours de roues en France, première piste croisée: circulation interdite à tout véhicule, sauf résidents...
Voilà, c'est sûr, je suis bien en France!
Dernière pause sur une piste avant de prendre l'autoroute au Boulou...

Dernier arrêt pour faire le plein sur l'autoroute et boire un cappuccino après Montpellier.
La moto affiche 15°... il délire complètement ce thermomètre!
J'aide un couple espagnol en 1200GS, bloqué
devant un automate
hors service, en faisant l'intermédiaire et le traducteur entre
eux et la caissière. Comme ça, après avoir
parlé en anglais à des espagnols en Espagne, je peux
continuer à parler en anglais avec des espagnols en France...
seule différence, c'est à leur tour de ne pas comprendre
le dialecte local.
Et puis je repars...

Dernière ligne droite avant Marseille, la température est
rapidement tombée à 7°...
J'ai froid, c'est certainement aussi dû à la fatigue...
J'ai mal aux doigts malgré les pansements, je ne sais plus comment les mettre sur le guidon...
Vivement que j'arrive à la maison!

18h53, la moto est dans son box...
3874,6 kilomètres en 12 jours, la moto affiche 75 bornes de plus...
Je décharge les bagages, rentre chez moi, il
y fait chaud grâce au chauffage collectif, je me mets à
l'aise, car ce qui a été le plus pénible, c'est
bien d'avoir eu à rester engoncé dans des fringues
pendant 12 jours, puis j'ouvre pour décompresser ma traditionnelle bière espagnole de fin de journée...
Une bonne grosse douche, je soigne mes doigts, vide
mes bagages, fais tourner une lessive, transfère mes photos...
Voilà, c'est fini...
Plus tard, après avoir mangé et au
confort dans un fauteuil, un pouf sous les jambes, je me mate un film...
Est-ce vraiment ça le confort?!
Je me demande à quel point je ne regrette pas le relatif inconfort de ma tente exiguë et du froid...
Parce qu'au bout du compte, j'ai vécu ce périple dans un luxe énorme!
Oui, le luxe!
Le luxe de ne faire que ce que je voulais, où je le voulais,
quand je le voulais, sans d'autres contraintes que celles que
j'acceptais...
Cela n'a pas toujours été facile, mais que de souvenirs!

Distance parcourue: 552,1 km
Temps de parcours: 9h26
Bonne nuit!
C'est quand que je repars où?!!