Balades de FleePee





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Chez les Ibères en Hiver!
7-19 Janvier 2017


A l'Aube du Douzième Jour...

  

    J'ai donc réussi à bien dormir grâce au réchaud resté allumé toute la nuit!
Peu avant 8h, je lance le premier café dans la tente, bien au chaud dans mes duvets. La couverture de survie sarcophage est trempée à l'intérieur, le duvet en contact avec elle l'est donc aussi... je vire vite la couverture histoire de tenter de ne pas plier un duvet humide...

    Dediou qu'il fait froid!!!
Pas de toilette à la lingette ce matin, je n'en ai pas le courage...
Je m'habille chaudement pour aller pisser, et puis je suis curieux de voir la température affichée par la moto: -2°, ça n'a pas bougé depuis hier soir...
Avec en outre toujours énormément de vent, bien sûr!
Sinon, ce ne serait pas drôle...
Au ressenti, la température réelle doit tourner autour des -10°!! (à l'abri du vent!)
Et encore... je dirais moins, mais je ne veux pas faire mon marseillais frileux...

    L'anecdote qui permet de se faire une idée de la chaleur ambiante: je commence à vider la tente pendant que le deuxième café se fait, je m'active en speedant pour me tenir chaud, le duvet humide maintenu sur la moto au cas où ce serait suffisant pour le sécher. Il reste un centimètre de café dans mon mug quand je commence à préparer le café suivant.
    J'ouvre la cafetière italienne, jette le marc de café, mets de l'eau, du café, referme la cafetière, allume le réchaud, y pose la cafetière. J'attrape le mug pour finir mon café, et la cuillère ne bouge pas. Je regarde au fond du mug en alu... je constate que la cuillère est prise dans du café gelé, et incrédule face à cet état de fait, pense que ce n'est qu'en surface. J'attrape le cuillère, et le centimètre de café restant vient avec!
La température est telle qu'elle gèle,
en deux minutes au maximum, un centimètre de café très sucré!!
Incroyable!

    Bon... tout ça pour dire qu'il fait vraiment très froid, mais de toute façon, j'ai déjà bien appris à ne découvrir que ce qui était nécessaire lors de ma défécation matinale, et à faire que cette opération vitale pour mon confort soit la plus courte possible...
    Le vent complique et ralentit le démontage/pliage de la tente, mais je gère aussi, et à 9h30, je démarre la moto, qui n'aime pas démarrer dans le froid, le démarreur tourne de manière bien faiblarde, mais ça, je l'avais déjà constaté chez moi...

    Au programme du jour, dépasser Barcelona pour rejoindre très symboliquement le lieu de mon premier bivouac, à Tossa de Mar, et ce sera donc aussi le lieu de mon dernier bivouac sur ce périple... je verrai bien ce que je ferai effectivement, mais j'aimerais que cela soit ainsi...

    Mais avant ça, je vais me faire cette piste en entier, puisque hier, alors que j'étais en recherche d'un lieu de bivouac, j'ai fait demi-tour lorsque j'ai commencé à monter et que j'ai bien compris que je ne trouverai rien en continuant...
    J'avais aussi vu un panneau à l'entrée de la piste qui semblait annoncer que la piste était fermée au bout de x kilomètres: je vais aller vérifier si l'accès est libre en janvier, parce que de ce que j'ai vu sur mon GPS, cette piste est un pur régal potentiel dans son intégralité!
Zou!
C'est parti!


    Qu'est-ce que c'est beau, j'adore!
Même si, pour la première fois en Tout Terrain, je roule avec les poignées chauffantes allumées... j'ai de bons gants d'hiver, et sur les chemins, j'ai plutôt tendance à transpirer dedans qu'à avoir froid aux mains... dans la sierra Alhmilla, j'ai roulé avec mes gants d'enduro, mais je ne vais pas le faire aujourd'hui!
J'ai les pieds gelés et le nez qui coule, c'est pas cool...
    Un 4x4 du parc national avec 4 gars en treillis à l'intérieur arrive en face de moi...
J'appréhende un peu la rencontre, m'attends à un truc galère...
Mais non! J'ai à paine le temps d'avoir cette crainte...
    La piste est large, et dès qu'il me voit, le conducteur serre pourtant son véhicule sur le côté en ralentissant pour me laisser le passage... les quatre occupants me saluent avec de grands sourires, je fais de même, debout sur la moto, et lève une main lorsque je les croise en lançant un "Ola!"...
Il n'y a pas à dire, qu'est-ce que j'aime ce pays, où circuler sur les pistes n'est pas synonyme de délinquance!!!

    Et puis en plus, quelle piste fabuleuse!
Je n'ai pas de mots pour décrire le plaisir que j'ai à y rouler!

         

    Une piste roulante dans un site merveilleux à la végétation complètement préservée, des gorges aux parois blanches, éclatantes au soleil, des volatiles qui cui-cuitent au-dessus du filet d'eau qui glougloute pendant que je vroum-vroume...
    Une quiétude que seuls ce putain de vent de merde et ces températures à la con viennent perturber.
Oups... ça m'a échappé!

    Je tombe sur une fontaine, idéale pour faire le plein d'eau, mais sans surprise et comme je m'y attends, le robinet est gelé...
    La piste longe le torrent presque sec pendant plusieurs kilomètres, avant de commencer à s'en éloigner pour grimper sur les flancs des reliefs, avec en permanence des panoramas sublimes!

         

    La fin de la montée est plus délicate, avec quelques petites marches et un épais tapis de pierrasses, mais rien de difficile à passer pour peu que l'on ne soit pas déconcentré par la beauté des lieux...
J'arrive au col, et un lourd portail métallique ferme la piste, comme annoncé.
    Je mets pied à terre, autant me faire une pause, attrape le tuyau du Camelbak, et... impossible de boire!
La poche à eau a gelé! Pas le tuyau, non... la poche à eau!!
Incroyable...
Un peu plus d'un demi litre d'eau qu'elle contient encore a dû geler pendant les 90 minutes où mon sac était dehors, avant que je ne le mette au dos...
Je l'ai déjà dit, je sais, mais j'insiste: il fait vraiment très froid!

    

    Ce qui compense largement la froidure, c'est que je n'ai pas souvenir d'avoir un jour roulé dans un endroit aussi fantastique!
Il y a certainement mieux, mais je n'y suis pas encore allé!
Là, je suis bluffé et savoure chaque instant... ce sont ces sentiments qui me poussent à rouler en moto, à rouler en trail qui plus est...
    De ce constat, et pour la première fois depuis que je suis en goguette, je suis motivé pour utiliser ma Go-pro et au moins filmer la redescente...
Je l'installe sur la moto, l'allume, vérifie le cadrage.
Je suis en train de me ré-équiper lorsque j'entends les bips d'extinction... je la rallume et vérifie: plus de batterie!
Sa charge n'aura pas résisté au froid...
    Bon... ce n'est pas grave, j'ai une batterie d'appoint qui me sert pour recharger le tél le soir dans la tente, je vais prolonger la pause pour mettre la caméra en charge et pouvoir filmer ce que je pourrai avec la charge que j'aurai.
Mais impossible de remettre la main sur l'unique câble USB qui me permette de charger la caméra!
    Et merde... j'ai dû le perdre...
Bon... tant pis... je reviendrai pour filmer!
Je fais quelques photos pour compenser...

         

    Je quitte cet endroit extraordinaire avec un petit pincement au coeur...
J'aurais volontiers continué à explorer les autres pistes qui sillonnent le parc, mais malheureusement, il faut que je trace aussi un peu si je ne veux pas terminer mon voyage sous la pluie ou la neige.
L'épée de Damoclès est suspendue au-dessus de ma tête, les pets de Mohamem sont bloqués par le cuir du futal...


La piste longe par la gauche la retenue d'eau, puis s'enfonce dans le relief...

    J'arrive peu apès à La Sénia, arrêt au supermercados que je croise, ainsi qu'à une fontaine, dont le robinet à ma grande surprise n'est pas gelé et où j'effectue le plein de flotte... je rejoins Tortosa dans l'intention de me faire un café revigorant, et puis quand j'y suis, l'agitation de la ville me pèse, après tant de joies à arpenter la nature en solitaire...
    Je vois un tabac, seule chose qui me motive à faire un stop and go, y achète deux paquets de clopes et en repars aussi sec, une clope au bec... même pas envie de m'arrêter plus que ça... c'est pourtant plutôt joli...

    

    12h40, je me jette dans une orangeraie au bord du rio Ebro pour manger.
Je suis speed, je n'ai pas envie de m'arrêter longtemps, j'ai à la louche encore 350 bornes à faire pour rejoindre mon bivouac du soir... alors je bouffe prestement une salade de pâtes en boite
comme un sagouin, ainsi qu'une banane comme un babouin, au bord de la rivière, comme un saurien.
L'endroit est agréable et ensoleillé, mais je n'ai pas que ça à foutre!

    

    Je consulte carte et GPS, remonte vite en selle, croise et salue un vieux paysan en express Renault décati sur le chemin qui me reconduit sur le bitume, ne m'arrête pas à la station service toute proche, et file en menant bon train pour rejoindre la côte et Tarragona.


Tivissa

    Passage en réserve... je m'arrête faire le plein à Tivissa, première station que je croise.
Je vais pour payer tout en tendant la main pour attraper le tuyau du Camelbak... que je ne trouve pas!
Je tourne la tête en haussant les épaules pour voir et sentir les bretelles du sac sur mes épaules: je ne l'ai pas!!
Je me souviens illico de l'avoir posé sur le sac en travers de la selle à mon retour de la rivière, avant de me jeter sur  la carte et mon GPS...

    J'entre précipitamment dans la boutique de la station en râlant à voix haute, très très en colère contre Mohamem, car je ne peux m'en prendre qu'à Mohamem!
- "Oh putain! Mais c'est pas possible! C'est pas possible d'être aussi con! Putain de merde, c'est pas vrai!!", adresse-je à l'employé en guise de salutations, avec une tête de très énervé, les sourcils froncés...

    Et je repars en trombe vers l'orangeraie, à des vitesses non compatibles avec le respect du code de la route
, sans savoir combien de bornes j'ai parcouru depuis ma pause... pas trop, mais un peu tout de même...
    J'ai le temps de spéculer sur le sort de mon sac et les conséquences de mon inconséquence...
Mis à part qu'il me permette de boire en roulant, il contient mon unique couteau, très pratique car helvétique de surcroît, quelques médocs, les deux paquets de clopes que je viens d'acheter, divers petits trucs ultra nécessaires à mon périple, mais surtout, le plus important: mon trousseau de clés!

    J'espère que le paysan ne l'a pas trouvé pour le garder pour lui, ou trouvé et amené chez les flics, ou n'importe quoi d'autre qui retarderait le moment où je le récupérerai. J'espère qu'il est tombé dans l'orangeraie et pas sur la route, auquel cas il serait broyé par tous les véhicules
qui y circulent, dont pas mal de 38 tonnes.
    Je me vois déjà demander au proprio
de l'appartement et au gars avec qui je partage mon box de me passer un double des clés avant de pouvoir rentrer, à je ne sais quelle heure encore...
Rien d'insurmontable, mais des trucs chiant à gérer pour mon retour et dont je me passerais bien!

    Quand je commence à longer à nouveau le rio Ebro que j'avais traversé, soucieux, je ne roule plus qu'à 30km/h en scrutant les bords de route, sans cependant rien y voir. Je dépasse la station service, je sais que l'accès à l'orangeraie n'en est pas bien loin... je l'aperçois enfin et m'y engage.
Et là, dans le coude de bitume qui débouche sur le chemin, je ne peux pas le louper... mon sac est à terre!!
Bonté divine!!
Joie et gaieté!

    Avant de le ramasser, j'immortalise la scène... je ne suis plus pressé après tout!
J'ai fait 31 bornes pour le retrouver, et ai finalement seulement perdu un peu de temps... je ne l'ouvre
même pas pour en vérifier le contenu...
Heureusement que je n'avais pas le plein!
Dieu sait quand je me serais alors rendu compte de mon oubli...

    Je reprends la route, elle est d'ailleurs magnifique jusqu'à la côte et Tarragona, où je préfère prendre l'autoroute pour rejoindre et traverser Barcelona...

    Autovia, ensuite... donc rien de particulier...
Mais heureusement, le GPS veille à ce que je ne m'ennuie pas trop: il décide de me faire
prématurément me balader dans la campagne, de me faire rouler dans l'inquiétude de la panne d'essence suite au passage en réserve et à l'absence de station sur l'itinéraire qu'il me propose... quel farceur!
Je finis par en trouver une alors qu'il ne me reste à peine 30 bornes d'autonomie...

    18h35, alors que le soleil se couche, je coupe le moteur sur les lieux de mon premier bivouac espagnol, il y a de cela 10 jours déjà...
Mais la température n'est vraiment pas la même: il fait beaucoup plus frais et... plus venteux!
Aujourd'hui, je n'entends pas les chiens aboyer quand le soleil se couche, et ne les entendrai d'ailleurs pas de la nuit...
A croire que c'est une nuit à ne pas faire dormir un chien dehors...
Mais un FleePee, oui!

Dernier bivouac... demain soir, si tout va bien, je dors à la maison!


Distance parcourue: 422,1 km
Temps de parcours: 9h59

Bonne nuit!

Demain est le dernier jour!


       
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