A l'Aube du Douzième Jour...
J'ai donc réussi à bien dormir grâce au réchaud resté allumé toute la nuit!
Peu avant 8h, je lance le premier café dans la tente, bien au
chaud dans mes duvets. La couverture de survie sarcophage est
trempée à l'intérieur, le duvet en contact avec
elle l'est donc aussi... je vire vite la couverture histoire de tenter
de ne pas plier un duvet humide...
Dediou qu'il fait froid!!!
Pas de toilette à la lingette ce matin, je n'en ai pas le courage...
Je m'habille chaudement pour aller pisser, et puis je suis curieux de
voir la température affichée par la moto: -2°,
ça n'a pas bougé depuis hier soir...
Avec en outre toujours énormément de vent, bien sûr!
Sinon, ce ne serait pas drôle...
Au ressenti, la température réelle doit tourner autour des -10°!! (à l'abri du vent!)
Et encore... je dirais moins, mais je ne veux pas faire mon marseillais frileux...
L'anecdote qui permet de se faire une idée de la chaleur
ambiante: je commence à vider la tente pendant que le
deuxième café se fait, je m'active en speedant pour me
tenir chaud, le duvet humide maintenu sur la moto au cas où ce
serait suffisant pour le sécher. Il reste un centimètre
de café dans mon mug quand je commence à préparer
le café suivant.
J'ouvre la cafetière italienne, jette le marc
de café, mets de l'eau, du café, referme la
cafetière, allume le réchaud, y pose la cafetière.
J'attrape le mug pour finir mon café, et la cuillère ne
bouge pas. Je regarde au fond du mug en alu... je constate que la
cuillère est prise dans du café gelé, et
incrédule face à cet état de fait, pense que ce
n'est qu'en surface. J'attrape le cuillère, et le
centimètre de café restant vient avec!
La température est telle qu'elle gèle, en deux minutes au maximum, un centimètre de café très sucré!!
Incroyable!
Bon... tout ça pour dire qu'il fait vraiment très froid,
mais de toute façon, j'ai déjà bien appris
à ne découvrir que ce qui était nécessaire
lors de ma défécation matinale, et à faire que
cette opération vitale pour mon confort soit la plus courte
possible...
Le vent complique et ralentit le démontage/pliage de la tente,
mais je gère aussi, et à 9h30, je démarre la moto,
qui n'aime pas démarrer dans le froid, le démarreur tourne de manière bien
faiblarde, mais ça, je l'avais déjà constaté chez moi...
Au programme du jour, dépasser Barcelona pour rejoindre
très symboliquement le lieu de mon premier bivouac, à
Tossa de Mar, et ce sera donc aussi le lieu de mon dernier bivouac sur
ce périple... je verrai bien ce que je ferai effectivement, mais
j'aimerais que cela soit ainsi...
Mais avant ça, je vais me faire cette piste
en entier, puisque hier, alors que j'étais en recherche d'un
lieu de bivouac, j'ai fait demi-tour lorsque j'ai commencé
à monter et que j'ai bien compris que je ne trouverai rien en
continuant...
J'avais aussi vu un panneau à l'entrée
de la piste qui semblait annoncer que la piste était
fermée au bout de x kilomètres: je vais aller
vérifier si l'accès est libre en janvier, parce que de ce
que j'ai vu sur mon GPS, cette piste est un pur régal potentiel
dans son intégralité!
Zou!
C'est parti!
Qu'est-ce que c'est beau, j'adore!
Même si, pour la première fois en Tout Terrain, je roule
avec les poignées chauffantes allumées... j'ai de bons
gants d'hiver, et sur les chemins, j'ai plutôt tendance à
transpirer dedans qu'à avoir froid aux mains... dans la sierra
Alhmilla, j'ai roulé avec mes gants d'enduro, mais je ne vais
pas le faire
aujourd'hui!
J'ai les pieds gelés et le nez qui coule, c'est pas cool...
Un 4x4 du parc national avec 4 gars en treillis
à l'intérieur arrive en face de moi...
J'appréhende
un peu la rencontre, m'attends à un truc galère...
Mais non! J'ai à paine le temps d'avoir cette crainte...
La piste est large, et dès qu'il me voit, le
conducteur serre pourtant son véhicule sur le côté
en ralentissant pour me laisser le passage... les quatre occupants me
saluent avec de grands sourires, je fais de même, debout sur la
moto, et lève une main lorsque je les croise en lançant
un "Ola!"...
Il n'y a pas à dire, qu'est-ce que j'aime ce pays, où
circuler sur les pistes n'est pas synonyme de délinquance!!!
Et puis en plus, quelle piste fabuleuse!
Je n'ai pas de mots pour décrire le plaisir que j'ai à y rouler!

Une piste roulante dans un site merveilleux à la
végétation complètement préservée,
des gorges aux parois blanches, éclatantes au soleil, des
volatiles qui cui-cuitent au-dessus du filet d'eau qui glougloute
pendant que je vroum-vroume...
Une quiétude que seuls ce putain de vent de
merde et ces températures à la con viennent perturber.
Oups... ça m'a échappé!
Je tombe sur une fontaine, idéale pour faire
le plein d'eau, mais sans surprise et comme je m'y attends, le robinet
est gelé...
La piste longe le torrent presque sec pendant
plusieurs kilomètres, avant de commencer à s'en
éloigner pour grimper sur les flancs des reliefs, avec en
permanence des panoramas sublimes!


La fin de la montée est plus délicate, avec quelques
petites marches et un épais tapis de pierrasses, mais rien de difficile à passer pour peu que l'on ne soit pas
déconcentré par la beauté des lieux...
J'arrive au col, et un lourd portail métallique ferme la piste, comme annoncé.
Je mets pied à terre, autant me faire une
pause, attrape le tuyau du Camelbak, et... impossible de boire!
La poche à eau a gelé! Pas le tuyau, non... la poche à eau!!
Incroyable...
Un peu plus d'un demi litre d'eau qu'elle contient encore a dû
geler pendant les 90 minutes où mon sac était dehors,
avant que je ne le mette au dos...
Je l'ai déjà dit, je sais, mais j'insiste: il fait vraiment très froid!

Ce qui compense largement la froidure, c'est que je n'ai pas souvenir
d'avoir un jour roulé dans un endroit aussi fantastique!
Il y a certainement mieux, mais je n'y suis pas encore allé!
Là, je suis bluffé et savoure chaque instant... ce sont
ces sentiments qui me poussent à rouler en moto, à rouler
en trail qui plus est...
De ce constat, et pour la première fois depuis
que je suis en goguette, je suis motivé pour utiliser ma Go-pro
et au moins filmer la redescente...
Je l'installe sur la moto, l'allume, vérifie le cadrage.
Je suis en train de me ré-équiper lorsque j'entends les
bips d'extinction... je la rallume et vérifie: plus de batterie!
Sa charge n'aura pas résisté au froid...
Bon... ce n'est pas grave, j'ai une batterie
d'appoint qui me sert pour recharger le tél le soir dans la
tente, je vais prolonger la pause pour mettre la caméra en
charge et pouvoir filmer ce que je pourrai avec la charge que j'aurai.
Mais impossible de remettre la main sur l'unique câble USB qui me permette de charger la caméra!
Et merde... j'ai dû le perdre...
Bon... tant pis... je reviendrai pour filmer!
Je fais quelques photos pour compenser...

Je quitte cet endroit extraordinaire avec un petit pincement au coeur...
J'aurais volontiers continué à explorer les autres pistes
qui sillonnent le parc, mais malheureusement, il faut que je trace
aussi un peu si je ne veux pas terminer mon voyage sous la pluie ou la
neige.
L'épée de Damoclès est suspendue au-dessus de ma
tête, les pets de Mohamem sont bloqués par le cuir du
futal...

La piste longe par la gauche la retenue d'eau, puis s'enfonce dans le relief...
J'arrive
peu apès à La Sénia, arrêt au supermercados
que je croise, ainsi qu'à une fontaine, dont le robinet à ma grande surprise n'est
pas gelé et où j'effectue le plein de flotte...
je rejoins Tortosa dans l'intention de me faire un café
revigorant, et puis quand j'y suis, l'agitation de la ville me
pèse, après tant de joies à arpenter la nature en
solitaire...
Je vois un tabac, seule chose qui me motive à
faire un stop and go, y achète deux paquets de clopes et en
repars aussi sec, une clope au bec... même pas envie de
m'arrêter plus que ça... c'est pourtant plutôt
joli...

12h40, je me jette dans une orangeraie au bord du rio Ebro pour manger.
Je suis speed, je n'ai pas envie de m'arrêter longtemps, j'ai
à la louche encore 350 bornes à faire pour rejoindre mon
bivouac du soir... alors je bouffe prestement une
salade de pâtes en boite comme un sagouin, ainsi qu'une banane comme un babouin, au bord de la
rivière, comme un saurien.
L'endroit est agréable et ensoleillé,
mais je n'ai pas que ça à foutre!

Je consulte carte et GPS, remonte vite en selle, croise et salue
un vieux paysan en express Renault décati sur le chemin qui me
reconduit sur le bitume, ne m'arrête pas à la station
service toute proche, et file en menant bon train pour rejoindre
la côte et Tarragona.

Tivissa
Passage en réserve... je m'arrête faire le plein à
Tivissa, première station que je croise.
Je vais pour payer tout en tendant la main pour attraper le tuyau du Camelbak... que je ne trouve pas!
Je tourne la tête en haussant les épaules pour voir et
sentir les bretelles du sac sur mes épaules: je ne l'ai pas!!
Je me souviens illico de l'avoir posé sur
le sac en travers de la selle à mon retour de la
rivière, avant de me jeter sur la carte et mon GPS...
J'entre précipitamment dans la boutique de la
station en râlant à voix haute, très très en
colère contre Mohamem, car je ne peux m'en prendre qu'à Mohamem!
- "Oh putain! Mais c'est pas possible! C'est pas possible d'être aussi con! Putain de merde, c'est pas vrai!!",
adresse-je à l'employé en guise de salutations, avec une
tête de très énervé, les sourcils
froncés...
Et je repars en trombe vers l'orangeraie, à
des vitesses non compatibles avec le respect du code de la route, sans savoir combien de bornes j'ai parcouru depuis ma pause... pas trop, mais un peu tout de même...
J'ai le temps de spéculer sur le sort de mon
sac et les conséquences de mon inconséquence...
Mis à part qu'il me permette de boire en roulant, il contient
mon unique couteau, très pratique car helvétique de surcroît, quelques
médocs, les deux paquets de clopes que je viens d'acheter,
divers petits trucs ultra nécessaires à mon
périple, mais surtout, le plus important: mon trousseau de
clés!
J'espère que le paysan ne l'a pas
trouvé pour le garder pour lui, ou trouvé et amené
chez les flics, ou n'importe quoi d'autre qui retarderait le moment
où je le récupérerai. J'espère qu'il est
tombé dans l'orangeraie et pas sur la route, auquel cas il
serait broyé par tous les véhicules qui y circulent, dont pas mal de 38 tonnes.
Je me vois déjà demander au proprio de l'appartement et au gars avec qui je partage mon box de me passer un double des clés avant de pouvoir rentrer, à je ne sais quelle heure encore...
Rien d'insurmontable, mais des trucs chiant à gérer pour mon retour et dont je me passerais bien!

Quand je commence à longer à nouveau le rio Ebro que j'avais traversé,
soucieux, je ne roule plus qu'à 30km/h en scrutant les bords de route, sans cependant
rien y voir. Je dépasse la station service, je sais que
l'accès à l'orangeraie n'en est pas bien loin... je
l'aperçois enfin et m'y engage.
Et là, dans le coude de bitume qui débouche sur le
chemin, je ne peux pas le louper... mon sac est à terre!!
Bonté divine!!
Joie et gaieté!

Avant de le ramasser, j'immortalise la scène... je ne suis plus pressé après tout!
J'ai fait 31 bornes pour le retrouver, et ai finalement seulement perdu un peu de temps... je ne l'ouvre même pas pour en vérifier le contenu...
Heureusement que je n'avais pas le plein!
Dieu sait quand je me serais alors rendu compte de mon oubli...

Je reprends la route, elle est d'ailleurs magnifique jusqu'à la
côte et Tarragona, où je préfère prendre
l'autoroute pour rejoindre et traverser Barcelona...

Autovia, ensuite... donc rien de particulier...
Mais heureusement, le GPS veille à ce que je ne m'ennuie pas trop: il décide de me faire prématurément
me balader dans la campagne, de me faire rouler dans
l'inquiétude de la panne d'essence suite au passage en
réserve et à l'absence de station sur l'itinéraire
qu'il me propose... quel farceur!
Je finis par en trouver une alors qu'il ne me reste à peine 30 bornes d'autonomie...
18h35, alors que le soleil se couche, je coupe le
moteur sur les lieux de mon premier bivouac espagnol, il y a de cela 10
jours déjà...
Mais la température n'est vraiment pas la même: il fait beaucoup plus frais et... plus venteux!
Aujourd'hui, je n'entends pas les chiens aboyer quand le soleil se couche, et ne les entendrai d'ailleurs pas de la nuit...
A croire que c'est une nuit à ne pas faire dormir un chien dehors...
Mais un FleePee, oui!
Dernier bivouac... demain soir, si tout va bien, je dors à la maison!

Distance parcourue: 422,1 km
Temps de parcours: 9h59
Bonne nuit!
Demain est le dernier jour!