A l'Aube du Sixième Jour...

J'aurais pu décoller avant 9h ce matin, mais bon... l'ambiance
est glaciale, le vent ne s'est pas calmé et secoue ma tente avec
force... alors, je suis bien, là, au chaud dans mes duvets, et je n'ai
aucune envie de sortir affronter le froid et le vent!
Le premier café, je le fais donc dans la
tente, et me bois un café au lit!
C'est bon, ça!!
Pour le deuxième, après toilette et emmitouflage,
j'essaie
de trouver un endroit un peu abrité à
l'extérieur... pas facile, et je n'ai aucune envie de mettre le feu
à la forêt!
Je plie le camp et attends un peu en me faisant un dernier café que le soleil se pointe.
Oui, je sais, je suis caféïnomane...
Et puis, je dois bien dire que le paysage qui petit à petit
s'éclaire sous les rayons du soleil, c'est joli, alors je
profite un peu de ces moments paisibles...

La veille au soir, je me suis occupé...
Réparation de la cigarette électronique, d'une branche de
lunette cassée. J'ai beau avoir limé l'arrête de la
cassure, elle m'irrite toujours l'oreille. Un coton tige formé
au briquet, un peu de scotch et hop! C'est parfait!
Et puis aussi, je colmate, toujours au scotch US la poche à eau du Camelbak qui est percée et fuit un peu...
Le scotch américain, ça sert à tout!
(et tient toujours après mon retour!)

Je suis enfin paré au départ, et une fois passée
avec précaution la zone de terre meuble, je me retrouve
rapidement sur un vrai boulevard au milieu des collines couvertes de
pinède, avec des paysages magnifiques sous les yeux, et ce ciel
bleu limpide...
Rhaaaa! Lovely!
Toutes les 30 secondes j'ai envie de m'arrêter faire des photos, je suis euphorique!


J'arrive ensuite dans les plaines arides.Les sierras autour donnent
envie d'aller y rouler, mais j'hésite: j'ai envie de tracer, je
suis parti tard et veux rejoindre Tabernas le soir... alors je fais de
la petite route où je ne croise pas un chat, puis de la plus
grosse, où les chats se font applatir. Je passe au sud de Totana, rejoins Lorca.
je circule sur la grande avenue qui traverse la ville, scrutant de
chaque côté les nombreuses boutiques au cas où j'en
verrais une de cigarette électronique, mais c'est sans
succès.
Et à une intersection, je vois 4 ados dans
des volutes de vapeur, assis sur leur scooter... je freine et les
branche en anglais. Marrant, il y a en a un qui a tout de suite
remarqué que ma bécane n'a pas de sélecteur de
vitesse!
J'attire la sympathie avec mon look et moto de baroudeur, et un d'eux,
après m'avoir dit que son scoot est mieux que mon veau, m'invite
à le suivre jusqu'à l'unique magasin de vapotage de la
ville.
Effectivement, il se faufile plus facilement avec sa
sauterelle dans la circulation encombrée, mais il est gentil
avec moi et m'attends sans griller de feu rouge. On arrive au magasin,
juste à côté du Palacio de Guevara.
Le proprio est un biker qui roule en Harley, je lui explique mon
histoire, il me vend un truc qui s'adaptera, le gamin finit par
retourner à l'école...

Palacio de Guevara
Lorca, c'est mignon tout plein, alors comme mon estomac crie famine
alors que je fais la sourde oreille sous le prétexte qu'avec mes bouchons d'oreille je ne l'entends pas,
je me décide toutefois à faire une pause tapas en terrasse,
à la suite de laquelle, tant qu'à être
stationné juste en face, je passe dans une boulangerie prendre
de quoi manger pour le soir.
Et c'est reparti!
J'ai entré un point sur mon GPS qui me permettra de rejoindre
Tabernas, avec tout un tas de pistes qui s'offriront alors à
moi. Je roule donc sur la A334, sur une grande ligne droite, et le GPS
m'indique de bifurquer vers La Alfoquia. Je mets mon cligno, me mets
sur la file "tourne à gauche", avec une voiture de police
arrêtée à l'intersection. Je passe, lentement,
mais sans m'arrêter alors qu'il y a un stop marqué au
sol... Le flic me klaxonne, il fait une tête de pas content du tout...
Je poursuis pépère, hausse les
épaules en disant tout haut: "Ben quoi? qu'est-ce qu'il y a?"
Sur les 2 kilomètres de cette longue ligne droite (suis allé mesuré sur google earth!), il n'y a personne en face, j'ai largement le temps de passer, non?
Je roule tranquillou au cas où, regarde dans mon rétro...
j'y vois la bagnole du flic se rapprocher à grande vitesse...
Et merde... je suis tombé sur un con!
Je continue de respecter les limitations de vitesse, 90, 70, puis 50 km/h.
A l'américaine, d'un coup de sirène et au haut-parleur,
je comprends qu'il m'intime l'ordre de m'arrêter, même si
je ne pige rien à son annonce...
Ce que je fais illico et sur une place de stationnement, on est à l'entrée du bled...
Sa voiture est toute proprette, son uniforme repassé et bien
ajusté, ses chaussures bien cirées, ses cheveux courts et
sa barbe taillés avec soin... ce petit
bonhomme aux Ray-ban à montures dorées vissées sur
le nez se la joue vraiment
superflic à l'américaine.
Il s'adresse à moi, en
espagnol forcément, et je
lui réponds que "non habla espagnol". Il doit être
habitué à faire chier les touristes, puisqu'il appelle
illico, et sans fouiller dans les contacts de son téléphone, un traducteur avec qui je discute en anglais.
Je repasse le téléphone à ce flic à tête de bon gros connard, qui doit
être frustré par sa taille et celle de sa bite, et qui
n'en éprouve pas moins un besoin irrépressible d'enculer
les étrangers.
- "vous ne résidez pas en Espagne, il faut payer tout de suite! Un stop, c'est 100 euros, en liquide, et maintenant!"
Abus d'autorité manifeste...
Petit malin! C'est comme ça
que tu gonfles ton salaire de misère?
Ben, moi, j'ai décidé de tout tenter pour ne pas payer!
100 euros, c'est 4 pleins et de la bouffe pour 3 jours, autant de jours de balade en moins, au bas mot...
Ah non, alors!!!
Hors de question que cet abruti me pourrisse mes vacances!
Par 3 fois, il me passe son phone avec son
traducteur en ligne, à qui je finis par dire que le flic en
question est un "Wanker", même lui est désolé de ce
qui m'arrive et s'en excuse, mais il n'est pas de la police, ce britannique est
simplement traducteur pour l'administration de la région. Je n'ai pas voulu
aller jusqu'à "Mother fucker", le petit playmobil intransigeant aurait
peut-être pu comprendre...
Très agressif avec moi pendant toute la
durée de l'histoire, tentant de m'intimider alors que je
reconnais tout mes torts et lui demande simplement d'être
indulgent, il m'envoie chier d'un revers de la main et d'un
regard énervés dès que je m'approche de
lui alors qu'il me semble être en communication avec sa
hiérarchie...
Discrètement, je le prends en photo, regarde
aussi combien j'ai en liquide sur moi au cas où, car
lorsque je l'ai entendu parler d'immobilisation du véhicule,
j'ai commencé à fleeper, je l'avoue...
Il finit par sortir de sa bagnole, visiblement
très énervé, alors que j'ai mon porte-billets
à la main, pour me dire que "comme il n'est pas dans la
capacité de dresser le PV sur le bord de la route, je peux
continuer ma route"...
- "Muchas muchas gracias!", lui réponds-je, mais il n'en a cure et repars en trombe tenter de trouver un autre pigeon...

J'en grille une, m'équipe lentement et suis le GPS.
Je recroise l'abruti de service en service après être sorti du village... il descend la
colline en trombe et limite d'adhérence dans une courbe...
certainement une prise d'otages sanglante à gérer
à La Alfoquia, la ville des fuckers...
Benvinguts en Andalucia!!
Hijo de puta!
Je surveille mes rétros pendant 2 minutes, je me méfie
des cons, tout est possible avec eux et encore plus lorsqu'ils portent
l'uniforme... mais je suis enfin seul et enfin tranquille!
Je suis au final plutôt content de moi... comme quoi, faut pas se laisser faire,
même si je me demande en roulant si j'ai bien tout compris et si je ne trouverai pas un courrier de sa part
à mon retour en France, vu qu'il avait eu en main tous mes
papiers et qu'il les a gardés jusqu'à la fin...
Hop!
Une petite incartade sur les pistes pour penser à autre
chose, et je découvre que les figuiers de barbarie, ça
peut se cultiver!!
Du coup, je me cultive aussi...

Et puis chemin faisant, je tombe sur ce panneau, qui m'interpelle... alors je suis allé voir!

Des
pistes dans le coin, il y en a un paquet, mais je fais demi-tour et rejoins
la route alors que j'ai le sentiment que je risque de galérer en
continuant plus loin sur cette piste qui se dégrade, seul au milieu de nulle part... mais c'était bien
sympa!

J'ai
du mal à imaginer, vu les sols et la végétation,
la température qu'il doit y avoir en été dans ces
coins...
Je me goure de route, alors je prends encore une piste sur quelques
bornes pour me faire une pause dans le vent au milieu de rien...
j'adore!

Arrivé
à Lubrin, une jolie bourgade accrochée dans la pente du
relief, sur un demi-tour tendu dans une ruelle pentue, étroite et en
cul-de-sac, l'alimentation de mon GPS ne fonctionne plus; la manoeuvre
a dû tirer sur les fils... je me fais une pause à la
terrasse d'un bar, où je fais aussi le plein d'eau, et
répare ça avant de repartir, parce que sur ce trip et
avec seulement une carte papier pas détaillée, je galérerais
sans GPS!

J'arrive enfin à Tabernas... les paysages sont magnifiques!

Je file sur une piste pour trouver un lieu de bivouac pour la nuit, quelle régalade!
Quel dépaysement au milieu de ces grands espaces!

Mais
la première piste sur laquelle je m'enfonce finit par devenir
très sablonneuse, je me fais quelques chaleurs sans cependant
tomber, je fais demi-tour pour continuer à me faire des chaleurs...
j'ai envie de camper au pied de ces reliefs, je devrais pouvoir facilement trouver
des endroits abrités du vent, vu sa direction.
Je descends dans la plaine que l'on voit sur la
dernière photo, après quelques kilomètres de pistes
qui me donnent encore bien chaud!
Mais quand je vois ce lieu, avec son palmier, allez hop!
Ce sera là, le bivouac du soir!
J'adore! Qu'est-ce que c'est beau!
Et surprenant de se sentir aussi petit au milieu de ces paysages grandioses!
Pas étonnant que des films comme "Conan le barbare", "Il
était une fois dans l'ouest" ou "Le bon, la brute et le truand"
aient été tournés ici!


Trempé de sueur, je me change après toilette, puis mange chaud...
20h... C'est l'heure de se coucher... le vent fait bruisser les
feuilles du palmier, il y a plein de cris d'animaux inconnus autour de
moi, je fais sécher la sueur des bottes, chaussettes, pull polaire,
veste et casque dans la tente... il me tarde demain de partir explorer le coin!!


Distance parcourue: 251 km
Temps de parcours: 7h30
Bonne
nuit!
Demain
est un autre jour!