Calé
derrière Dudu, je roule mais j'ai la tête ailleurs, je
pense aux merdes qui m'attendent à mon retour, je ne suis
vraiment pas à ce que je fais! Ce qui n'est jamais bon en
conduisant. Arrive une large épingle en montée. Je ne
vais pas vite mais je suis tout mou et surpris, je n'ai rien vu
venir... j'aurais pu freiner, tourner plus, mais je quitte la piste et
passe à l'extérieur de l'épingle dans un autre
épais tapis de grosses pierrasses, car il n'y a que ça en
déco dans le coin... j'accélère pour ne pas m'y
arrêter, mais la boîte DCT est tombé en
première, et sans bien doser les gaz ou doser par le frein, je
me relance vivement... guidon braqué, ma roue avant s'enfonce
dans les pierres, le guidon part en butée et je me vautre comme
une grosse merde...
-
"Putain, réveille toi!!! Tu vas finir par te faire mal!", me lance Mohamem.
-
"Oh, ça va, hein! Je sais bien, mais je fais c'que j'peux, moi!", rétorque-je, énervé par moi-même et Mohamem...
On retrouve un bout de bitume.
Plus loin, la route est barrée avant un tunnel qui doit
être en travaux, une déviation est mise en place. On la
prend, puis Dudu quitte la petite route de déviation pour une
route à droite plus étroite encore. J'imagine qu'il veut
récupérer la trace GPS que je visualise aussi. Il
s'arrête alors qu'on la croise perpendiculairement, il n'y a
pourtant aucun carrefour, ce qui laisse Dudu très perplexe face à son GPS...
-
"Oh Dudu, la trace elle passe sous
terre, oui, elle est bien là, mais en dessous de nous, dans le
tunnel qui était fermé..."
- "Ah bon? Je ne l'ai pas vu, ce tunnel..."
Tout va bien, il n'y a pas que moi qui dorme...
Comme il est hors de question de creuser la roche pour rejoindre la trace, on fait demi-tour et je me retrouve devant.
Dudu a appris le matin par Bro7 qu'il y a sur le
parcours une montée pas vraiment facile, mais qui donne sur un
point de vue fabuleux... Soit... et c'est donc moi qui ouvre lorsqu'on
y parvient.
Je mets un peu de gaz, balaie consciencieusement la pente avec le
Traction Control en action quasiment tout du long, mais j'arrive au
sommet sans m'arrêter... Ouf! Je n'avais aucune envie de m'y
retrouver bloqué en pleine montée!
Bon, forcément, avec notre rythme et les
pauses, on arrive là-haut au moment où les MFV et Dode
décident de repartir... mais eux, cela fait un bon moment qu'ils
sont là!
Il est vrai que la vue vaut le détour, alors on prend le temps
d'en profiter... je sors les quelques barres de céréales
que je trimbale dans mon sac, ça va faire du bien!
Que cette région est belle!!!
On repart... cette pause m'a fait le plus grand bien, je me sens beaucoup mieux. Enfin!
Faut juste que je ne me vautre pas dans la descente, délicate sur ce sol, pour ne pas reperdre confiance...
(les photos rendent rarement bien l'inclinaison des pentes...)
Ce que l'on croyait être une piste pentue et
dont on voyait les épingles depuis notre promontoire
s'avère être une route qui mène à un col. Je
passe devant pour accélérer un peu, ça me permet
d'être concentré. Concentré sur ma conduite, pas
à suivre la trace... car moi qui avait envie de mettre un peu de
gaz, c'est forcément quand j'ai dépassé le col que
je me rends compte que je n'y suis plus, sur la trace...
Damned! Demi-tour...
Personne derrière moi, personne au col...
Je fais des ronds en attendant que le reste des PBM arrive, puis m'arrête, ne voyant rien venir.
J'essaie de patienter, puis je pense qu'il soit possible que les trois
autres aient déjà emprunté la piste qui part du
col...
S'ils s'imaginent que je roule devant eux, alors que je me serais
arrêté pour les attendre à la bifurcation de la
trace, il vaut mieux que je fasse fissa pour les rejoindre; je ne me
sens pas de rouler seul sur ces pistes...
Ils doivent avoiner comme des cochons, car je
n'arrive pas à les rattraper, ne vois pas de poussière
soulevée, uniquement quelques légères traces de
pneus sur le sol
(sur le sol... forcément! Car si j'en voyais sur des troncs d'arbres, j'aurais de quoi m'inquiéter!)...
Oh putain, les salauds! Ils filent!
J'accélère et me cramponne au guidon sur ces pistes de
plus un peu délicates, où il faut parfois bien baisser la
tête pour ne pas se prendre de branche dans la tronche...
dommage, je n'ai pas filmé la première montée qui
était assez rigolote, surtout avec un petit comique
comme moi au guidon...
Revenu sur le
bitume d'une petite route, je mets gaz en grand, de quoi perdre mon
permis d'un seul coup, mais j'arrive malgré tous mes efforts
à l'Espérou sans les avoir rattrapés... ils ne
sont même pas là, d'ailleurs!
Ben merde alors!
Mais où qu'issont-ils donc?!!
Je fais le plein à la station du coin et
retourne me garer vers le petit resto où les MFV se sont
posés...
Les PBM arrivent enfin...
- "T'es passé par la piste?!", dis Dudu.
- "Ben oui!", réponds-je laconiquement. (rien à voir avec une réponse conne ou en forme de cône!)
- "Même la première montée, celle qui tabassait avec les grosses pierres?!", enchaîne-t-il.
- "Ben oui...", réponds-je, toujours aussi loquace, mais c'est ce qui est cocasse...
- "On croyait que tu avais continué par la route, vu que tu disais que tu étais fatigué..."
- "Ben oui, mais non..."
Dudu a répondu à un coup
de tél de Pierrot pendant la montée vers le col, lui
indiquant où ils faisaient la pause repas...
Ils me croyaient devant, alors que c'est bien sûr moi qui avait raison de les croire devant!
Bref...
Les MFV nous abandonnent peu après notre arrivée pour nous laisser
débander tranquillement, alors qu'on n'en a pas besoin: on est les PBM
après tout!
On s'attable, commande, en espérant ne pas repartir
barbouillés alors qu'on a profité des sanitaires pour
justement se débarbouiller un peu...
Et puis nous aussi on finit par repartir!
Que dire?
C'est grandiose, magique, extraordinaire...
Bien sûr, ce n'est pas toujours très
roulant, il y a toujours des branches qui traversent, des
châtaigners pour tendre des pièges,
(ouille! les bogues dans les gants!), mais j'insiste encore: c'est franchement une grande régalade permanente!
On se retrouve sur un single plein d'épingles
au milieu de la forêt, avec une bonne pente en descente...
Un truc à faire plutôt en VTT ou en enduro, surtout si on ne veut pas y serrer les fesses.
Je ne suis pas super à l'aise avec mes sacoches et les troncs tout proches.
Ouvrant la marche, je pense même m'être encore une fois
trompé... mais non, c'est bien par là qu'il faut passer!
Dudu s'éjecte de sa moto dans une épingle très
serrée avec un bon dénivelé, mais sans dommage
(à part un crash-bar bien enfoncé...), et moi, je suis bien satisfait du plus petit rayon de braquage dont dispose ma machine...
On rejoint les MFV au bord d'une rivière,
mais on a toujours au moins une heure de retard sur eux, alors ils
repartent quand on arrive pour nous laisser la place...
Un bain!
Dieu
(ou diable!), que cela va faire du bien!
Les MFV sont partis et tant pis pour eux: ils vont louper l'effet salaire!
Puisqu'il est hors de question que je roule après le bain avec mon boxer mouillé!
L'eau est fraîche, assez pour que nous devenions les TPBM
(Très Petites Bites Molles), mais peu importe!
Moi qui n'ai plus de lingettes depuis hier, je vais essayer, afin de
rester propre, de ne pas trop transpirer jusqu'à ce soir!
On retrouve le bitume, une large route en descente pleine de belles courbes.
Dudu enroule tranquille, j'ouvre les gaz et le double pour m'amuser un peu plus...
Après quelques virages, je jette un oeil dans mon rétro.
Tiens, Hervé est là et a donc envie de s'amuser, lui aussi!
Je poursuis un peu sur mon rythme, constate qu'Hervé est vraiment juste derrière moi.
C'est un gars qui peut rouler vraiment vite, et j'ai beau
avoir un 1000 cm3, ben moi, je freine avant de prendre un virage... lui, pas
beaucoup, et peut-être encore moins avec son 125 deux temps tout
léger!
Je sais pour l'avoir déjà constaté qu'il a une
vitesse de passage en courbe beaucoup plus élevée que la
mienne!
Alors je lui fais signe de passer, ce qu'il fait illico et très presto!
Les deux motards que l'on a doublés ont dû halluciner lorsqu'on les a laissés sur place...
Apparemment, il y en a un qui a voulu essayer sans succès de
nous suivre, puisque Dudu est allé le chercher après
qu'il ait loupé un virage...
On trouve dans une épicerie de village, après avoir fait
le plein, tout ce qui est vraiment vital, c'est à dire des
clopes pour moi, une bouteille de Get 27 pour Dudu...
Et après ça, qu'est-ce qu'on a eu au menu?
Du caviar!
Des kilomètres et des kilomètres de pistes roulantes,
voire très roulantes, au milieu des bois, dans les collines,
où l'on s'en donne à coeur joie!
De quoi faire bander, même des TPBMRF!
(Très Petites Bites Molles Rabougries et Fainéantes)
Avec la vitesse, les rayons aveuglants du soleil
déclinant qui transpercent la ramure des arbres,
les nuages de poussière soulevés, il faut garder une
bonne distance avec celui qui précède pour pouvoir voir
les quelques pièges qui émaillent ces belles pistes,
faire attention aux cunettes assez profondes, qui, de manière
assez contradictoire, si tu te chies dessus, ne te laissent pas le cul
net!
Et moi qui voulait illusoirement ne pas trop transpirer, c'est raté!
Ce n'est vraiment que du plaisir!
Et on termine avec quoi le parcours du jour?
Une piste très très très roulante!!
Lâchez les chevaux, l'écurie est proche!
Je m'amuse derrière Dudu, euphorique, mais je
fais gaffe à ne pas trop le coller, sinon je ne vois plus rien!
Dudu fait un vif écart devant moi... je coupe les gaz et vois un renard filer ventre à terre devant ma roue...
Paniqué, lui qui voulait traverser la piste hors des clous
et s'est ravisé au passage de Dudu, l'a fait entre nous deux...
Comme quoi, on a vite fait de risquer de se retrouver par terre...
ça m'aurait un tout petit peu beaucoup très ennuyé...
On se fait un petit stop pour attendre Kajo et Hervé.
-
"Vous n'allez pas me dire que vous avez roulé à 30 km/h, là?", dit Kajo en arrivant...
-
"Oooh... trente et demi!", répond Dudu.
On est marseillais ou on ne l'est pas!
On arrive au refuge où on va bivouaquer.
Aujourd'hui, c'est un couple de hollandais en Transporter
aménagé que l'on va distraire par notre présence...
J'échange quelques mots avec eux, ils sont souriants mais la
barrière de la langue nous empêche de communiquer plus.
Dix fois par jour, j'ai enlevé la
poussière recouvrant mes compteurs, pour au moins pouvoir voir
mon kilométrage et ma jauge, mais ça n'a pas servi pas
à grand chose... la nouvelle Africa semble prendre plus de
poussière à cet endroit que l'ancienne... ceci dit, de la
poussière, j'en ai aujourd'hui pas mal bouffé moi aussi!
Le bivouac se met en place...
Pas facile pour ce soir de trouver un coin de sol plat...
Je ne demande pas grand chose, mais il me faut au minimum un peu moins
de deux mètres sur un pour pouvoir m'allonger tranquille,
après, je me moque que mes bagages ne soient pas stockés
à plat.
Je trouve mon bonheur sous un arbre, légèrement en contrebas des autres tentes...
Et quelle vue j'ai!
C'est l'heure de passer à table, même pour le loir!
Le loir attend, tique, mais finit par accepter nos bouts de pain, parce que les grillades... bof bof...
Et puis après...
Ben après, ça fait au moins trente ans que je n'ai pas
goûté au Get 27, après le rouge, ça
fait tout de même bizarre...
Je laisse mon fond de
(deuxième) godet à Pti-Ju, paskil faut bien le réveiller: il pique du nez sur la table.
Et puis dodo, je suis aussi cuit que les grillades du soir!
Je passe ma meilleure nuit depuis le début de
cette F.A.T.T., j'ai dormi comme un loir, par mimétisme.
Alors oui, je me suis réveillé dans
la nuit, mais pour changer je me suis vite rendormi. Je vais cependant
plus mettre ça sur le compte de la fatigue accumulée sur
ces cinq jours que sur l'effet magique du Get 27 ou du mimétisme!
Au petit matin, j'entends de drôles de petits
bruits sur ma toile, ça sent l'humidité qui tombe...
J'entrouvre ma tente: gagné!
Le ciel est bien chargé, la vue bien bouchée, mais pour
le moment il ne pleut pas, l'ambiance est cependant à
l'humidité...
Cafés, et puis je plie vite ma tente avant
qu'elle ne soit trop mouillée alors que les premières
gouttes de pluie tombent...
Sous l'arbre, je suis un peu à l'abri. J'amène mes
affaires dans le refuge et m'équipe pour prendre la route. Jo
est déjà parti, Dudu, Hervé, Fabtone et moi allons
descendre sur Nîmes récupérer l'autoroute alors que
les autres filent chez Bro7, leur point de départ. Ils ont plus
de route que nous à faire et démarrent leur retour sous
une pluie battante...
Bon courage!
On décolle trente minutes plus tard, sous une
pluie plus légère, mais quand même, ça tombe
bien!
Dudu roule sur des oeufs, j'ôte mon masque plein de
buée... on se fait un stop carburant à Nîmes et se
dit au revoir avant de prendre l'autoroute.
Fabtone file vers l'ouest, Dudu et Hervé vont
rouler ensemble à 110, et j'enquille l'autoroute mortelle
d'ennui, seul sous un ciel de nuages noirs, en réussissant
toutefois à passer entre les gouttes jusqu'à mon box...
Ouf! Ce n'était pas gagné d'avance!
Je jette directement en arrivant toutes mes affaires
dans le lave-linge, puis me jette moi-même sous la douche
avec Délice et Volupté, mes deux copines coquines... les
PBM, c'est fini, vive la GBD!
(je vous laisse deviner ce que cela signifie...)
Le lendemain, c'est au tour de l'Africa de passer au lavage...
Je la regarde pendant qu'elle sèche...
Après 1600 bornes à peine, le pneu arrière fait un peu la gueule, mais je ne peux pas lui en vouloir!
J'avais pris des Continental TKC80, moins bruyants que les Pirelli MT21
qui sont une plaie sur le bitume même si meilleurs en
tout-terrain, je m'attendais aussi à ce qu'ils aient une
meilleure longévité, mais avec ce qu'on leur a mis sur
les terrains où on a roulé, il est un peu normal que le
pneu arrière soit légèrement usé...
Merci à toi, Bro7, d'avoir concocté avec brio ces cinq jours de pur bonheur!
Merci à Dode et François d'avoir transporté les
bagages et assuré l'intendance,
c'était vraiment royal de
pouvoir compter sur vous!
Merci à tous pour votre bonne humeur,
Merci à tous pour vos aides précieuses quand il y avait besoin!
Et merci pour les
grillades, ça me désole, mais je suis vraiment une grosse
quiche dès qu'il s'agit de faire à bouffer!
Merci d'avoir partagé vos images, j'en ai utilisé pas mal dans ce compte rendu...