Jour 1:
Que l'Aventure Commence!
Il a encore plu pendant la nuit...
Ne pas venir avec l'Africa chaussée de pneus mixtes a donc
été une sage décision: le terrain risque
d'être très gras!
J'ai plutôt mal dormi... non pas à cause du
bruit des gouttes de pluie venant battre ma toile, mais bien à
cause de ce con de piaf insomniaque, qui a décidé de
vocaliser toute la nuit, seulement à quelques mètres de
ma tête, niché au coeur de Brigitte...
Brigitte... vous savez?
C'est comme ça qu'elle s'appelle, la haie. La haie n'est plus
très bien taillée et est restée naturelle, cela
doit faire longtemps que personne ne s'est sérieusement
occupé d'elle, alors qu'elle peut tout de même continuer
de donner de belles gaules et de solides verges...
Alors certes, ce piaf exprime très joliment
son humeur en chantant au coeur de l'espace sain où nous
nichons, mais il l'a fait toute cette putain de nuit, nom de Dieu de
bordel de merde!
Ce fut bien le seul volatile à l'avoir fait, d'ailleurs... il n'y a
pourtant pas d'éclairage nocturne propice à lui faire
croire que la nuit, c'est le jour... dans son pied-à-terre
pourtant en hauteur, c'est là certainement un piaf
caféïnomane ou célibataire, qui déblaterre
à qui veut l'entendre qu'il ne peut se détendre et taire
son célibat avant qu'on ne l'enterre...
Et à chaque fois que je me réveillais,
c'était pour constater que j'étais sujet à des
aigreurs d'estomac... ou des remontées acides, je ne sais pas... un truc
désagréable en tout cas, propre à faire penser que
l'aligot était trop riche pour moi, pauvre nigaud...
Bref...
5h45... je suis réveillé depuis
quelque minutes... c'est l'heure de commencer à m'envoyer des
cafés!
Au moins trois... car non, je n'ai pas changé... ma
cafetière italienne fait toujours partie des indispensables
à tout bivouac confortable qui se respecte! Procurant réveil
et début de journée parfaits, tout en
douceur, avec défécation rapide en prime.
Eléments fortement nécessaires à ma bonne humeur matinale...
Que demande le peuple?!
- "Café faits, fais caca!"
Cela sonne effectivement comme un slogan à scander à haute teneur revendicative...
Mais je ne vais pas me lancer dans un déballage d'idées
politiques ici, c'est matière à ne pas avancer dans mon
propos.
Car c'est bien connu: cette matière fait cale... nul besoin de
pousser plus, le blocage est toujours merdeux et on en sort pas plus
avancé... surtout quand on n'a pas ses papiers!
Bref encore...
Lentement mais sans tarder, tous s'éveillent, se
déplient et veillent à plier et lever le camp, avant de
foutre le camp... ce qui semble assez paradoxal, même si cela se
fait gentiment.
Et c'est bien sûr au moment où il ne me reste qu'à plier la tente qu'il se remet à bien pleuvoir!
J'enfile ma tenue de pluie, roule au sol ma toile chargée d'eau,
la fixe sur la moto, fais chauffer le moteur et enfile mes gants encore mouillés de la veille...
En route pour la traditionnelle boulangerie millavoise de début de parcours!
Histoire de prendre un petit déjeuner pour ceux qui
voyagent léger, d'autant plus qu'ils ont peut-être le ventre vide...
J'y rejoins Bouste et Toukbal, partis un peu plus tôt, avec qui je vais commencer à rouler aujourd'hui.
Et puis ensuite, direction le point de vue sur le viaduc!
L'ambiance est fraîche, humide et venteuse; je
préfère garder ma tenue de pluie fort peu seyante, mais
très efficace...
Le panorama est toujours aussi grandiose, même si je le
préférais sans le viaduc, dont je ne nie cependant pas
l'utilité...
Cela vaut le détour!
D'ailleurs même un vautour fait le détour pour y faire un
petit tour, tourne autour de nous pour profiter de la vue alentour...
On est reparti sur les pistes...
Arrivés
à l'entrée du fameux tunnel, à la sortie duquel se trouve une petite
montée rigolote et propice à la mise en jambes en ce tout début de parcours,
Toukbal et moi décidons de se la faire petits joueurs et de
court-circuiter ce passage plein d'humour par la triste nationale à double voies sous
laquelle passe le tunnel en question...
(UOR 2017)
On attend Bouste un peu plus loin, à l'endroit où la trace recoupe la dite nationale...
On attend un peu; Bouste a fait un
"coucher de moto" dans la
montée, et nous dit en nous rejoignant en avoir chié pour la relever et repartir...
Désolé de ne pas avoir été là pour filer la main!
Dans le même temps, Michel glisse dans une
ornière et chute, je ne sais pas trop comment cela s'est
passé, il s'est plus étendu par terre que sur le sujet...
Le soucis, c'est qu'il a percé un radiateur de sa machine!
Les tentatives pour solutionner le problème sont vaines, et il
doit se résoudre à abandonner, après seulement
quelques kilomètres de parcours!
Retour au camping pour remettre sa moto sur remorque, et prendre le chemin du retour vers ses pénates...
On a tous bien les boules pour lui quand on l'apprend...
Nous, pendant ce temps, on avance...
On rattrape d'autres groupes, se fait rattraper, se croise et se recroise au fil des paysages qui défilent...
Les panoramas comme les terrains sont très variés...
Que c'est bon!
Il y a bien sûr quelques anecdotes à narrer!
J'ai réussi à me faire
(un peu)
mal en ce début de matinée... je ne me suis pas encore
habitué au comportement déconcertant du XR
chargé... c'est d'ailleurs pour ça que cela ne m'avait
pas déplu de zapper le passage dans le tunnel et la
montée qui s'en suit.
Alors que je roule derrière Bouste, on arrive
près d'une bonne petite grimpette, mélangeant grosses
pierres et terre... rien de très difficile en soi, mais bon...
je temporise un peu pour le laisser monter et ne pas le suivre de trop
près... mais pas suffisamment...
Il balaie de sa roue arrière la piste en montant, et je coupe les
gaz complètement... du coup, je n'ai plus assez d'élan
quand j'aborde la montée, et peut-être suis-je trop
occupé à le regarder passer et pas assez concentré
sur ce que j'ai à faire et sur où je vais poser mes pneus...
Essayant de reprendre de la vitesse, je ne
maîtrise plus ma trajectoire et viens buter dans une grosse
pierre que je voulais justement éviter... avec tout le poids
à l'arrière, ma bécane se cabre et part en travers
de la piste, en sort. Je tombe lourdement en contrebas, pile-poil entre
deux arbustes, mais sur un rocher, heureusement lisse et sans arête saillante... car le haut de
mon fémur vient constater toute la dureté de la pierre dont on fait murs parfois...
mon short sous le pantalon protège hanche et fémur, mais
bien sûr, l'impact est pile entre les deux zones de protection...
ouille!
Je crache mes clopes à essayer de relever le
XR... heureusement que Bouste et Toukbal sont venus me filer la main pour le faire
et le remettre sur la piste... quelques coups de kick au
décompresseur et gaz ouverts pour ventiler le moteur et gaver le
carbu, un bon coup de jarret... ouille! La jambe...
j'appréhendais un peu, mais le XR
redémarre nickel, après pourtant s'être
retrouvé tête en bas et que le carbu se soit vidé.
J'espère ne pas déguster à chaque fois que
j'aurais besoin de démarrer...
Mais cependant, l'avantage d'un petit mono refroidi par air, c'est que je ne risque pas
de casser un radiateur!
Quelques kilomètres plus loin, à la faveur d'une vidange sauvage en pleine nature
(vidange de vessie, je vous rassure...),
je constate avant de repartir qu'une de mes sangles, roulée et
bloquée sous ma tente, s'est fait la malle grâce aux
secousses, et a commencé à s'enrouler autour du pignon de
sortie de boîte... mais cela ne devait pas faire longtemps,
puisque je la dégage facilement en faisant reculer la bécane... ça aurait pu
être chiant! Et dangereux!
Mais à part ça, tout roule!
Le fort vent commence même à chasser et disperser les nuages, c'est cool!
Surtout qu'on arrive sur les rives du lac du Salagou et ses pistes de terres ocres...
Quand en plus les rayons du soleil viennent éclairer tout ça, le coin est encore plus magnifique!
On se fait une petite pause café après avoir longé
le lac... les gants ont séché en roulant, et je me
débarrasse enfin de ma tenue de pluie, qui me servait encore de
coupe-vent...
Peu après, Bouste et Toukbal veulent zapper
une partie de la trace, qui passe par la route des crêtes et
qu'ils connaissent par coeur... mais moi pas! Alors je
poursuis, seul sur la piste, jusqu'à ce que je rattrape
Tic et Tac et leurs Africa Twin...
On se régale!
Uns fois au sommet, j'attends Tic et Tac à l'endroit qu'on voit sur la dernière photo...
Le temps passe et je ne les vois pas arriver, alors je redescends...
Je retombe sur eux plus bas. Tic, ou Tac, a un soucis avec une de ses
sacoches cavalières, sur laquelle il est en train d'ajouter une sangle, et qui a du mal à encaisser le poids de
son chargement et les mauvais traitements auxquels elle a eu droit sur les
pistes. Je les laisse gérer et poursuis.
Juste après, je croise Etienne... un de nous
deux ne va pas dans la bonne direction, et je sais que ce n'est pas moi!
On roulera ensemble jusqu'au bivouac du soir, sans encombre...
Mis à part, alors qu'on était arrivé sur une
petite route
bitumée, quand je suis entré trop fort dans un virage...
j'ai bloqué la roue arrière par trois fois, à
chaque fois que je reposais le pied sur la pédale de frein...
malgré le poids de mon chargement, la roue arrière devait
trop se délester. Je suis sorti de
la route pour aller escalader un peu le talus... je me voyais
déjà par terre, mais je n'ai été que bien
secoué et ai pu rejoindre le bas-côté sans chuter...
Et ce n'était pas
de ma faute: je crois que c'était le XR qui crachait sur le
bitume et voulait continuer à tâter de la caillasse et de
la terre!...
Bon... force est de constater que je fatigue... faudrait que je
rêvasse un peu moins sur les paysages et me concentre un peu plus
sur ma conduite!
Il faut dire aussi que je me sens complètement ivre...
Ivre de bruit, et pour de bon! Pas du tout celui qui émane de ma
bécane: le niveau sonore du vent qui s'engouffre dans mon casque
me soûle littéralement!
Je roule toujours avec des protections auditives, mais aujourd'hui, je ne les ai jamais mises... j'aurais dû!
Tout au long du reste du parcours, on se délecte de pistes
très roulantes dans des paysages toujours aussi sublimes!
Etienne, qui roule très proprement, montre aussi des signes
de fatigue en opérant quelques freinages approximatifs, ce qui me fait un peu
peur, mais me rassure aussi dans le même temps...
Il n'y a pas que moi!
On termine par un petit passage dans un petit
magasin du dernier petit village du pas petit parcours de cette pas
petite première journée de l'UOR, afin d'acheter
un petit peu de quoi manger pour le soir... l'essentiel de mon budget
étant dévolu au carburant, faire des achats me mets dans
l'embarras, mais faut bien tout de même que je me sustente, au
moins un petit peu beaucoup, même avec un petit
appétit!
Et, petit à petit, après quelques petits kilomètres de pas petites pistes plus tard, on arrive
enfin sur les lieux du petit bivouac!
Et les baguettes sont toujours sur la moto!
Il n'y a plus qu'à se mette à l'aise et monter le camp...
J'huile ma chaîne de transmission avec l'aide de l'ami Jo, venu
nous rejoindre en 4x4 pour bivouaquer ce soir, et vérifie mon
niveau d'huile. Il est parfait, pas une goutte d'appoint à
faire... j'appréhendais un peu, puisque que je n'avais pu le
vérifier ni hier soir, ni ce matin. Tout ça à
cause de cette satanée pluie qui mouille qu'en bon marseillais
je déteste, et qui m'a fait zapper la base d'un voyage serein:
avoir une bécane en bon ordre de marche!
Je me change et étale mes affaires pour qu'elles sèchent un peu de ma sueur.
Je monte la tente. Toute l'eau accumulée ce matin sur la toile
extérieure quand je l'ai pliée sous la pluie est
passée dans la toile intérieure... je commence donc par
éponger un bon demi-litre d'eau et laisse la tente ouverte des
deux côtés pour que cela ventile un peu et sèche
avant de pouvoir y déposer mes affaires et couchage...
Je fais un tour de la moto.
Ma sacoche gauche n'a pas beaucoup aimé sa journée:
à chaque compression de l'amorto, lors du passage notamment des
nombreuses cunettes traversées, j'entendais à
l'arrière un bruit de frottement... la plaque latérale
souple se plie sous le poids de la sacoche, qui se retrouve alors se
faire laminer par le pneu, tout comme une sangle qui la maintient... va
falloir que demain je fasse en sorte qu'elle bascule moins, sinon
ça risque d'attaquer le sac étanche que je place dans la
sacoche, mais aussi, de couper la sangle qui participe à son
arrimage, ce qui peut être plus chiant encore...
Petit à petit, tous les participants de l'aventure arrivent et s'installent...
La future mariée, qui a abusée de remontants alcoolisés, commence elle aussi à s'installer...
Euh... non... ce n'est pas ça...
La promise, cuitée, commence elle aussi à s'installer...
Ah merde! décidément, je n'arrive pas à trouver la bonne formulation!
Certainement parce que ce n'est pas vrai: non, la promiscuité ne
commence pas à s'installer... car on parle de promiscuité
quand on veut exprimer l'aspect désagréable du voisinage.
Et pour l'heure, étant en plein air et soumis à une
petite brise, non seulement je ne sens pas les odeurs des bottes
faisandées de mes compagnons, mais en plus je n'entends pas
encore leurs éventuels ronflements nocturnes...
Pas encore...
C'est le moment de se détendre...
Grâce à Jo, à qui j'ai raconté ma chute du
matin, j'ai pu tartiner ma peau de crème anti contusion... je
n'ai pas de bleu, mais je grimace toujours autant selon les mouvements
de ma jambe droite...
Assis, debout, couchés dans l'herbe, face au splendide panorama
qui s'offre à nous, sirotant une boisson gazeuse
fermentée, dans le calme et le silence relatifs du coin... ben
oui, tout est relatif: une vingtaine de bonhommes qui ont eu le bruit
du vent dans la tronche toute la journée, même si tu les
mets dans un coin tranquille, ça peut parler fort!
Comme quoi, et ce même pour les forts sous le
vent, la fatigue induite par l'effort soûlant fait parler fort,
souvent!
Cette dernière phrase n'a en vérité aucun sens,
mais est-ce que je dois vraiment me préoccuper du sens?
Et de toute façon, même le sens crit, surtout dans la civilisation brahmanique, alors bon...
Mais une fois le soleil couché, alors que ne luisent plus
au loin que les lumières de la civilisation et de leurs
éoliennes, il est l'heure de se réfugier dans le
refuge!
Car tout comme pour un criminel confondu, je vous avoue à vous que ça soulage, de se mettre à table!
Un autre très bon moment de la journée!
Le temps et les bouteilles de vins s'écoulent et c'est cool!
Je dis ça, mais j'avoue aussi que j'aurais
aimé, à tout point de vue, pouvoir participer plus
à la soirée...
Je ne pouvais pas.
Cela n'a pas du tout été un bon moment de ma journé...
Si je dois un peu me livrer ici, car j'y exprime fidèlement
comment j'ai vécu les choses, je ne peux qu'aussi livrer le
malaise que
j'ai alors éprouvé: je n'avais rien à partager
avec le groupe... rien, à part ce
malaise... ça m'a désolé, mais c'est
ainsi...j'ai essayé, me suis dit que j'allais réussir
à passer outre et finir par au moins partager de la bonne
humeur, mais en vain; je n'en avais pas trop en stock... j'ai donc
préféré m'éclipser relativement tôt pour aller me
coucher...
La peste soit de la misère!
Dodo... ça ira mieux demain...
