Jour 3: Une Journée Oubliable...
Je fais imprimer le
lendemain matin par le patron de l'hôtel le récap d'achat de mon
billet pour le superbike que j'ai mis sur une clé USB avant de
partir, puisque je n'ai pas d'imprimante.
J'attends l'ouverture d'une
pharmacie avec un double expresso, puis gare la moto devant la-dite
pharmacie, essaie de
faire comprendre que je voudrais du liquide physiologique à des
employés qui ne parlent qu'espagnol alors que moi pas du tout,
mis à
part le minimum vital pour ne pas mourir de faim et de soif, et quand
j'en ressort finalement avec du colyre, des flics m'attendent; il est
9h03, je comprends que c'est une zone
piétonne, fermée aux véhicules à partir de
9h00... J'essaie de leur faire comprendre qu'avec une moto
chargée de tous mes bagages, je ne vais pas me
garer à 300 mètres, et finalement,
devant mon incapacité à m'expliquer autrement que par
gestes, ces flics un peu abrutis je dois bien le dire,
me font une fleur et me laissent repartir sans m'aligner ni envoyer
ma bécane à la fourrière, pourtant, ils en avaient
envie!
Je me fais tellement chier
sur ces routes en direction de valladolid, que je ne prends même pas
de photos, jusqu'à ce que je me fasse une pause café à Peñafiel
et son beau chateau (en Espagne).

Ça a de la gueule...
Je
veux passer au Portugal par
Miranda do Douro, j'insiste pour rejoindre cette ville alors que
d'autres routes doivent être plus sympas, et je ne sais pas
comment je fais pour me paumer à
Muelas del Pan après Zamora; j'arrive dans un bled après
avoir
croisé quelques troupeaux de moutons, je suis autant surpris
d'arriver dans ce trou perdu que ne l'est le viel espagnol
buriné
avec sa vieille casquette posée basse sur ses yeux de voir un
touriste motard traverser son village...
Je lui lance
un "ola!" ponctué d'un signe de tête pour le saluer auquel il ne répond pas, et
continue ma route, ou plutôt ma piste, puisque la route s'arrête
là...
Je roule un peu, parce que
ça a un certain charme, mais bon...
Je
suis toujours obsédé par la distance qui me sépare
de mon objectif premier, le sud du Portugal, alors faut pas que je
mollisse!
Je me pose donc et regarde
ma carte: je viens de passer Villaseco, ce nom lui va bien, mais étant situé entre
deux rivières, suivre ces pistes ne me sert à rien si je ne
trouve pas un pont pour traverser ces fameuses rivières!
Demi-tour donc, et je finis
par entrer au Portugal en franchissant le Douro, ce n'est pas dur, en y allant mollo, sur ma mule...

Mais bon, toujours pas de
chance avec l'improvisation et de vieilles cartes!
J'atterris sur une voie
rapide que je n'ai pas envie de prendre, j'en sors donc et je galère
pour trouver ma route!
Les directions sont vraiment
mal indiquées au Portugal, j'en ferai l'expérience amère tout au
long de mon séjour: 300 mètres avant une
intersection ou un giratoire, il y a 10 noms de bleds indiqués, dans
toutes les directions, même celle d'où l'on vient!
J'ai en effet constaté qu'était
souvent indiquée en face la direction de la ville d'où je
venais; ben oui, on peut faire demi-tour à la fameuse
intersection
pour y retourner...
Mais au niveau des
intersections, plus aucune indication!
Obligé de retourner en
arrière lire les panneaux avec la carte sous les yeux pour savoir où
aller, et quand tu fais ça tous les 2 ou 5 kilomètres, c'est
rapidement gonflant!
Je perds un temps fou sur
toutes ces routes que plus personne ne prend, complètement
défoncées, dans des paysages certes sympa, mais je suis si énervé
de ne jamais comprendre quelle direction prendre que je n'en profite
pas vraiment; je roule comme un con en cravachant, en pestant à
chaque fois que je m'arrête pour savoir où je peux bien être et
comment rejoindre la Serra da Estrella où j'ai envie de me poser
pour pouvoir l'arpenter reposé le lendemain...
Au bout d'un moment, la
fatigne aidant et le jour touchant à sa fin, je finis par prendre
une voie rapide qui descend vers le sud.
Puis: Vooooooooooooooo...
Passage en réserve...
Bon, faut que je trouve du
jus, et il n'y a pas de station service sur ces voies rapides; il faut en
sortir pour en trouver. Par la même occasion, j'essaierai de
trouver un lieu de bivouac.
Je ne fais pas de camping
sauvage, mais du camping civilisé: au pire, je ne laisse qu'un étron
et un peu d'urine après mon passage.
Je sors donc de la voie
rapide, fait quelques kilomètres avant d'arriver dans une petite
ville avec une station service de supermaché, où je poireaute 30
minutes parce qu'ils sont en train de remplir les cuves...
Une fois le plein fait, je
commence à prendre au feeling des chemins pour trouver où poser ma tente, et
la misère continue...
Trop près de maisons, trop
exposé au vent et il souffle fort (pourtant je suis habitué au
mistral), traces trop fraîches d'exploitation forestière, de
passage de chasseurs ou d'agriculteurs, terrains trop en pente, sol
tapissé de bogues de chataignes, accès trop raides pour mon africa
chargée ou trop risqués si ça devient gras parce qu'il y a de gros
nuages gris pas beaux...
Je suis seul et pas envie de
me retrouver bloqué ou de me vautrer sans être sûr que quelqu'un
puisse venir m'aider en cas de pépin...
Au bout de deux heures, le
soleil se couche et je jette l'éponge (j'en avais deux...) alors que j'arrive à Celérico
da Beira, ville où ma carte indique la présence d'un camping... que
je ne trouve pas!
Et merde!
Allez, hop!
Hôtel Mira Serra alors...
Et ce fût le bon choix:
patron très très sympa, originaire de Portimão et content que j'y
aille, on tchatchera pas mal ensemble et avec sa femme, en anglais,
mon portugais étant encore pire que mon espagnol!
Super bouffe, super piaule
confortable, bien kitch, avec moult napperons blancs brodés et beaux
meubles de campagne en bois massif...
