Balades de FleePee





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Balade Ibérique,
Du 3 au 13 Juin 2013...


Jour 5: Une Journée INOUBLIABLE!!!
Mais qu'on n'a pas envie de vivre deux fois...

    Je reprends donc en ce vendredi matin la route de la veille, mais les mêmes nuages noirs de pluie m'attendent toujours alors qu'il y avait de petites percées de ciel bleu sur Coimbra...
    Repartir vers les collines fut une autre erreur d'itinéraire, surtout que je recommence à me perdre à cause de mes vielles cartes et des super indications routières que je rencontre. Je finis par demander ma route à une gendarmerie, et me reperds aussitôt sorti de la ville...
    Habituellement, je me perds avec plaisir; j'adore improviser en prenant les routes qui m'attirent, surtout quand j'estime avoir le temps de le faire. Mais là, je commence franchemment à en avoir marre et me jette donc sur une autoroute... et c'est alors que la pluie commence à tomber à grosses gouttasses!
Et je le répète, en bon marseillais qui se respecte, je déteste la pluie!
    Puisque je n'ai pas le choix, je speede comme un malade pour me préparer à subir les trombes d'eau qui commencent à s'abattre sur moi, mets mon sac à dos dans un sac étanche, enfile une surveste par-dessus mon cuir Dainese pas étanche car micro-perforé, le pantalon Soubirac et mes gants d'hiver sont, eux, étanches et les protège-mains sont bien efficaces, mais mes shoes prennent l'eau, et je me prends, comme je le préssentais, une saucée comme rarement je m'en suis pris, même en voiture, pendant 200 kilomètres, avec en prime un vent de fou qui souffle en rafale latéralement!
Argh! C'est horrible!
Tant et si bien qu'une de mes housses de pluie de sacoche se déchirera...
    L'autre ayant brulée très tôt dans ce périple, pour cause de sacoches mal équilibrées et de piste cahotique, ce qui a fait que la sacoche droite est allée se poser sur le pot... heureusement, seule la housse dans son petit filet à l'arrière de la sacoche a cramé, mais pas la tente ni quoi que ce soit qui était à l'intérieur, ni la sacoche elle-même...
Malgré tout, je finis par arriver en Algarve, le ciel et mes pensées s'éclaircissent un peu, il y a toujours énormément de vent, mais je me rapproche de mon but et il me tarde d'arriver sur le circuit!!

    Je continue sur l'autoroute pour rejoindre Portimão, vois une station service et un panneau qui indique que la sortie pour Portimão est à 14 kilomètres. Un coup d'oeil au trip: 290 bornes et toujours pas passé en réserve; ça me surprend un peu parce que l'Africa chargée consomme quand même pas mal aux vitesses auxquelles je roule, mais bon... je ne devrai pas tarder à passer en réserve et il me restera alors 5 litres, je peux attendre de sortir de l'autoroute pour faire le plein et poursuis tranquillement ma route.
    Je suis trop content; je vois l'océan au loin, le ciel est bleu, il y a toujours du vent mais il a tout de même faiblit et je l'ai de face, mais surtout, je suis bientôt arrivé!
Environ 4 bornes plus loin, Vooooooooooooooo...

Pas grave, je vais passer en réserve; j'attrappe le robinet sous la selle et opère une rotation de 180 degrés pour passer en réserve...

Vooooooooooooooo... Vooooooo... Vooooooooooo...

Le moteur ne repart pas...
Arrêt sur la bande d'arrêt d'urgence, je regarde mon robinet, incrédule...
Damned! Je suis déjà en position réserve!!!
    Après l'attente de 30 minutes à la station dont je parlais précédemment, j'ai oublié que j'étais passé en réserve et n'ai pas basculé le robinet en position normale après avoir fait le plein!!!
Un grand moment de solitude s'en suit...
    J'attrape une clope (pas bien!) et, tel le miroir d'une armoire à glace, alors que je n'en suis pas une, je réfléchis un peu...
    J'ai mon passeport, ma carte bancaire, mon justif d'achat de billet imprimé... je prends mon casque et remonte l'autoroute en laissant en plant ma bécane et tous mes bagages, et puisque j'ai tout ce qui est vital avec moi, tout va presque bien...

Loin derrière, il y a entrée et sortie d'autoroute pour Silves, je me dirige vers là-bas...
Je marche un kilomètre, toujours avec ma polaire, mon blouson, mon casque dans sa housse...
J'arrive à la voie d'accès lorsqu'un Goldwing déboule, je lui fais signe de s'arrêter et il s'arrête!
Contrairement aux dix hijos de puta espagnols (je fais des progrès en espagnol...) en sportives qui sont passés en en ayant rien à foutre et que j'ai maudit...
C'est un portugais, il parle super bien français, et je le bénis!
    Il hésite à remonter la voie d'accès en marche arrière, je l'en dissuade, mais pas de soucis, il va m'aider! Il me ramène à ma bécane et pendant les quelques secondes que cela dure, je me dis qu'il vaut mieux que je reste à côté d'elle au cas où la gendarmerie d'autoroute déciderait de me l'embarquer, ou que l'on me dépouille de mes bagages...
Ok, il me laisse et part vers Portimao me prendre un peu de jus...

J'attends...
Une demi-heure...
Une heure...
Le gars ne revient pas...

Et moi, il faut bien que je fasse quelque chose!
J'escalade le bas-côté et constate la désolation du désert agricole qui m'entoure...
Je traverse donc l'autoroute au cas où le mec revienne, pour qu'il tombe sur moi dans son sens de circulation.
Je fais du stop mais personne ne s'arrête.
Un groupe de moto arrive, même Goldwing bordeaux en tête, mais ce n'est pas mon "sauveur"...
Je leur fait signe et ils s'arrêtent!
Je cours pour les rattrapper, mon casque s'échappe de sa housse et roule dans le vent devant moi...
Putain, c'est pas vrai, nooooon!!!
Manquerait plus qu'un véhicule percute mon casque!
Je le récupère, arrive près des motards et en anglais explique mon histoire.
Ils ont vu ma bécane abandonnée de l'autre côté, ne veulent pas sortir de l'autoroute (payante) et m'amènent à la station service 4 bornes plus loin...
Muyto obrigado! (merci beaucoup!)
    J'explique à nouveau au gars de la station ma situation, il vide une bouteille d'un litre et demi de flotte que je remplis de SP95, le paie, escalade un grillage barbelé pour traverser un pont agricole et être dans le bon sens pour taper le stop et retourner vers ma bécane, re-escalade un grillage barbelé, et marche sur la bande d'arrêt d'urgence...
Je suis en plein soleil, vent de face, j'ai soif, je sue dans mes cuirs avec la polaire en plus, j'abandonne l'idée du stop, et plus une bécane ne passe...
Je vois de loin le fameux pont de Silves... Allez, courage, plus que deux kilomètres et c'est fini!
Je continue d'avancer d'un pas le plus rapide possible...
Heureusement qu'il n'y a personne sur ces autoroutes et que le vent m'apporte le son, car de très très très loin, j'entends klaxonner...
Tout petit sur le pont, j'ai tellement envie d'en voir un que je crois bien deviner un goldwing! Je luis fais signe; il me répond, c'est lui!!
Je cours, emprunte la sortie d'autoroute, mais le gars est redescendu par la voie d'accès, et je continue donc de courir jusqu'à lui...
J'arrive vidé, nageant dans ma sueur, et il me dit qu'il lui ait arrivé une histoire de fou, ça fait presque deux heures que l'on s'est quitté...
Il m'amène à ma moto, je voulais le prendre en photo histoire d'ajouter cette icône à mon reportage perso, mais je me jette sur ma flotte, puis j'ouvre mon réservoir et y vide les trois litres d'essence du coup en ma possession...

    Pour faire court, les responsables de la station Repsol n'ont jamais voulu le laisser repartir avec de l'essence dans un récipient non approprié, ça s'est fini avec les flics et il a été obligé de vider la bouteille dans son propre réservoir... Il a dû ensuite aller dans une petite station dans laquelle le gars n'a fait aucune histoire, avant de revenir vers moi, se doutant bien que pendant le laps de temps qui s'était écoulé, je n'étais certainement pas resté à l'attendre...
    On est allé à Portimão, j'ai fait le plein, remis le robinet d'essence en position normale, et puis on a bu des bières en discutant pendant une heure...
    C'était très sympa jusqu'à ce que la discussion glisse sur "le problème des bougnoules à Marseille", comme quoi personne n'est parfait, ça m'a un peu déçu, mais je lui suis quand même très reconnaissant de m'avoir aidé, et heureusement que je n'ai pas le type basané sinon je crois bien qu'il m'aurait laissé crever la gueule ouverte...

    Ainsi donc, j'arrive au circuit, qui est à 20 bornes de Portimão, vers 19h30 et tout est bien sûr fermé, mais je voulais au moins savoir où il était... Je frappe tout de même à la porte, et devant ma détresse convaincante, une des deux nanas qui s'affairent au fond de la billeterie vient rouvrir la porte et me confirme que mon justif imprimé à Soria me permettra d'avoir mon billet le lendemain matin.
Ouf! ça me rassure, je commençais à douter de tout...

    Moins de 1800 bornes disait internet entre Marseille et Portimao, j'en suis à 2424 en y arrivant, dont les trois quarts sur (toutes) petites routes...

Bon, maintenant, trouver un endroit pour dormir...
    Le patron de l'hôtel à Celerico da Beira m'avait parlé d'Alvor en m'en faisant l'éloge, donc j'y vais...
Je tourne deux heures, il n'y a que des 4 ou 5 étoiles avec golfe ou alors c'est complet, ou alors ils n'aiment pas les motards, je suis crevé et vu la météo, je ne me sens pas le camping, avec risque de pluie en journée et sous la mini-tente le soir: JE VEUX UN HÔTEL!!
    C'est que je me rends compte que je deviens vieux (!) et que j'ai besoin de confort, et surtout, je suis littéralement épuisé... je n'ai plus d'endurance et me suis tout de même tapé des journées de plus de 12 heures de roulage...
    Je ne sais pas trop comment, mais j'ai fini à la Praïa da Rocha, haut-lieu touristique local, m'arrête devant un hôtel en front de mer devant lequel stationnent quelques motos bien alignées, entre et pose la question cruciale.
Il reste UNE chambre; la nana est cool, c'est une vue mer et elle me la fait au tarif vue pourrie sur l'arrière...
Je prends!
C'est petit, mais je m'en fous, j'ai une belle terrasse et m'en tire à 44 euros par jour avec petit déj...

                   
Ce ne sont pas des vues depuis ma chambre,
et puis c'est tout bétonné très moche, j'ai cadré mes photos...

Celle du milieu est celle d'un hôtel abandonné en plein front de mer...
le luxe des palaces côtoit ce style de trucs...