Jour 5: Une Journée INOUBLIABLE!!!
Mais qu'on n'a pas envie de vivre deux fois...
Je reprends donc en ce vendredi matin la route de la veille, mais les mêmes nuages noirs
de pluie m'attendent toujours alors qu'il y avait de petites percées
de ciel bleu sur Coimbra...
Repartir vers les collines
fut une autre erreur d'itinéraire, surtout que je recommence à me
perdre à cause de mes vielles cartes et des super indications
routières que je rencontre. Je finis par demander ma
route à une gendarmerie, et me reperds aussitôt sorti de la ville...
Habituellement, je me perds avec plaisir; j'adore
improviser en prenant les routes qui m'attirent, surtout quand j'estime
avoir le temps de le faire. Mais là, je commence franchemment
à en avoir
marre et me jette donc sur une autoroute... et c'est alors que la pluie
commence à tomber à grosses gouttasses!
Et je le répète, en bon marseillais qui se
respecte, je déteste la pluie!
Puisque je n'ai pas le choix, je speede comme un
malade pour me préparer à subir les trombes d'eau qui
commencent à s'abattre sur moi, mets mon sac à dos dans
un sac étanche, enfile une surveste par-dessus mon cuir Dainese
pas
étanche car micro-perforé, le pantalon Soubirac et mes
gants
d'hiver sont, eux, étanches et les protège-mains sont
bien
efficaces, mais mes shoes prennent l'eau, et je me prends, comme je le
préssentais, une saucée
comme rarement je m'en suis pris, même en voiture, pendant 200
kilomètres, avec en prime un vent de fou qui souffle en rafale
latéralement!
Argh! C'est horrible!
Tant et si bien qu'une de
mes housses de pluie de sacoche se déchirera...
L'autre ayant brulée très
tôt dans ce périple, pour cause de sacoches mal équilibrées et de piste cahotique,
ce qui a fait que la sacoche droite est allée se poser sur le pot...
heureusement, seule la housse dans son petit filet à l'arrière de
la sacoche a cramé, mais pas la tente ni quoi que ce soit qui était
à l'intérieur, ni la sacoche elle-même...
Malgré tout, je finis par arriver en
Algarve, le ciel et mes pensées s'éclaircissent un peu,
il y a toujours énormément de vent, mais je me rapproche
de mon but et il me tarde d'arriver sur le circuit!!

Je continue sur l'autoroute
pour rejoindre Portimão, vois une station service et un panneau
qui indique que la sortie pour Portimão est à 14
kilomètres. Un coup d'oeil
au trip: 290 bornes et toujours pas passé en réserve;
ça me surprend un peu parce que l'Africa chargée consomme
quand même pas mal aux vitesses auxquelles je roule, mais bon...
je ne devrai pas tarder à passer en réserve et il me
restera alors 5 litres, je peux
attendre de sortir de l'autoroute pour faire le plein et poursuis
tranquillement ma route.
Je suis trop content; je vois l'océan au loin, le
ciel est bleu, il y a toujours du vent mais il a tout de même faiblit et je l'ai
de face, mais surtout, je suis bientôt arrivé!
Environ 4 bornes plus loin,
Vooooooooooooooo...
Pas grave, je vais passer en
réserve; j'attrappe le robinet sous la selle et opère une rotation
de 180 degrés pour passer en réserve...
Vooooooooooooooo...
Vooooooo... Vooooooooooo...
Le moteur ne repart pas...
Arrêt sur la bande d'arrêt
d'urgence, je regarde mon robinet, incrédule...
Damned! Je suis déjà en
position réserve!!!
Après l'attente de 30 minutes à la station dont je
parlais précédemment, j'ai oublié que
j'étais passé en réserve et n'ai pas
basculé le robinet en position normale après avoir fait
le plein!!!
Un grand moment de solitude
s'en suit...
J'attrape une clope (pas
bien!) et, tel le miroir d'une armoire à glace, alors que je n'en
suis pas une, je réfléchis un peu...
J'ai mon passeport, ma carte
bancaire, mon justif d'achat de billet imprimé... je prends mon
casque et remonte l'autoroute en laissant en plant ma bécane et tous
mes bagages, et puisque j'ai tout ce qui est vital avec moi, tout va
presque bien...

Loin derrière, il y a
entrée et sortie d'autoroute pour Silves, je me dirige vers
là-bas...
Je marche un kilomètre,
toujours avec ma polaire, mon blouson, mon casque dans sa housse...
J'arrive à la voie d'accès
lorsqu'un Goldwing déboule, je lui fais signe de s'arrêter et il
s'arrête!
Contrairement aux dix hijos de puta espagnols (je fais des progrès en espagnol...)
en sportives qui sont passés en en ayant rien à foutre et que j'ai maudit...
C'est un portugais, il
parle super bien français, et je le bénis!
Il hésite à remonter la
voie d'accès en marche arrière, je l'en dissuade, mais pas de
soucis, il va m'aider! Il me ramène à ma bécane et pendant les
quelques secondes que cela dure, je me dis qu'il vaut mieux que je
reste à côté d'elle au cas où la gendarmerie d'autoroute déciderait de me
l'embarquer, ou que l'on me dépouille de mes bagages...
Ok, il me laisse et part
vers Portimao me prendre un peu de jus...
J'attends...
Une demi-heure...
Une heure...
Le gars ne revient pas...
Et moi, il faut bien que je
fasse quelque chose!
J'escalade le bas-côté et constate la désolation du désert agricole qui m'entoure...
Je traverse donc l'autoroute au
cas où le mec revienne, pour qu'il tombe sur moi dans son sens de
circulation.
Je fais du stop mais
personne ne s'arrête.
Un groupe de moto arrive,
même Goldwing bordeaux en tête, mais ce n'est pas mon "sauveur"...
Je leur fait signe et ils
s'arrêtent!
Je cours pour les
rattrapper, mon casque s'échappe de sa housse et roule dans le vent
devant moi...
Putain, c'est pas vrai,
nooooon!!!
Manquerait plus qu'un
véhicule percute mon casque!
Je le récupère, arrive
près des motards et en anglais explique mon histoire.
Ils ont vu ma bécane
abandonnée de l'autre côté, ne veulent pas sortir de l'autoroute
(payante) et m'amènent à la station service 4 bornes plus loin...
Muyto obrigado! (merci
beaucoup!)
J'explique à nouveau au gars de
la station ma situation, il vide une bouteille d'un litre et demi de
flotte que je remplis de SP95, le paie, escalade un grillage barbelé
pour traverser un pont agricole et être dans le bon sens pour taper
le stop et retourner vers ma bécane, re-escalade un grillage
barbelé, et marche sur la bande d'arrêt d'urgence...
Je suis en plein soleil,
vent de face, j'ai soif, je sue dans mes cuirs avec la polaire en
plus, j'abandonne l'idée du stop, et plus une bécane ne passe...
Je vois de loin le fameux
pont de Silves... Allez, courage, plus que deux kilomètres et c'est
fini!
Je continue d'avancer d'un
pas le plus rapide possible...
Heureusement qu'il n'y a personne sur ces
autoroutes et que le vent m'apporte le son, car de très très très loin,
j'entends klaxonner...
Tout petit sur le pont, j'ai tellement envie d'en voir un que je
crois bien deviner un goldwing! Je luis fais signe; il me répond, c'est lui!!
Je cours, emprunte la sortie
d'autoroute, mais le gars est redescendu par la voie d'accès, et je
continue donc de courir jusqu'à lui...
J'arrive vidé, nageant dans
ma sueur, et il me dit qu'il lui ait arrivé une histoire de fou, ça
fait presque deux heures que l'on s'est quitté...
Il m'amène à ma moto, je
voulais le prendre en photo histoire d'ajouter cette icône à mon
reportage perso, mais je me jette sur ma flotte, puis j'ouvre mon
réservoir et y vide les trois litres d'essence du coup en ma
possession...
Pour faire court, les
responsables de la station Repsol n'ont jamais voulu le laisser
repartir avec de l'essence dans un récipient non approprié, ça s'est
fini avec les flics et il a été obligé de vider la bouteille dans
son propre réservoir... Il a dû ensuite aller dans une petite
station dans laquelle le gars n'a fait aucune histoire, avant de
revenir vers moi, se doutant bien que pendant le laps de temps qui
s'était écoulé, je n'étais certainement pas resté à
l'attendre...
On est allé à Portimão,
j'ai fait le plein, remis le robinet d'essence en position normale,
et puis on a bu des bières en discutant pendant une heure...
C'était très sympa jusqu'à
ce que la discussion glisse sur "le problème des bougnoules à
Marseille", comme quoi personne n'est parfait, ça m'a un peu
déçu, mais je lui suis quand même très
reconnaissant de m'avoir
aidé, et heureusement que je n'ai pas le type basané
sinon je crois bien qu'il m'aurait laissé crever la gueule
ouverte...
Ainsi donc, j'arrive au circuit,
qui est à 20 bornes de Portimão, vers 19h30 et tout est bien
sûr fermé, mais
je voulais au moins savoir où il était... Je frappe tout
de même à la porte, et devant ma détresse
convaincante, une des deux nanas qui s'affairent au fond de la
billeterie vient rouvrir la porte et me confirme que mon justif
imprimé à Soria me permettra d'avoir mon billet le
lendemain matin.
Ouf! ça me rassure, je commençais à douter de tout...

Moins de 1800 bornes disait
internet entre Marseille et Portimao, j'en suis à 2424 en y
arrivant, dont les trois quarts sur (toutes) petites routes...
Bon, maintenant, trouver un
endroit pour dormir...
Le patron de l'hôtel à
Celerico da Beira m'avait parlé d'Alvor en m'en faisant l'éloge,
donc j'y vais...
Je tourne deux heures, il
n'y a que des 4 ou 5 étoiles avec golfe ou alors c'est complet, ou
alors ils n'aiment pas les motards, je suis crevé et vu la météo,
je ne me sens pas le camping, avec risque de pluie en journée et
sous la mini-tente le soir: JE VEUX UN HÔTEL!!
C'est que je me rends compte que je deviens vieux (!)
et que j'ai besoin de confort, et surtout, je suis littéralement épuisé... je
n'ai plus d'endurance et me suis tout de même tapé des journées de
plus de 12 heures de roulage...
Je ne sais pas trop comment,
mais j'ai fini à la Praïa da Rocha, haut-lieu touristique local,
m'arrête devant un hôtel en front de mer devant lequel stationnent
quelques motos bien alignées, entre et pose la question cruciale.
Il reste UNE chambre; la
nana est cool, c'est une vue mer et elle me la fait au tarif vue pourrie
sur l'arrière...
Je prends!
C'est petit, mais je m'en
fous, j'ai une belle terrasse et m'en tire à 44 euros par jour avec petit déj...

Ce ne sont pas des vues depuis ma chambre,
et puis c'est tout bétonné très moche, j'ai cadré mes photos...
Celle du milieu est celle d'un hôtel abandonné en plein front de mer...
le luxe des palaces côtoit ce style de trucs...