Jour 6: Roulages!

Jeudi
matin, donc, après une autre courte nuit de sommeil, un premier
groupe d'ATOCiens part en minibus pour le bivouac, puisque nos motos
sont aussi restées là-bas, ce sont eux qui doivent rouler les
premiers. Je fais partie de ceux qui attendent sur les marches de
l'hôtel un second voyage du minibus. Petit bug: chaque chauffeur
croit que c'est l'autre qui doit venir nous chercher! Un p'tit coup
de fil de Dode et c'est réglé... et finalement, un bus des Honda boys ayant
aussi eu du retard, on arrive en essayant de ne pas trop charrier les
gars qui arpentent à pied la piste qui mène au bivouac et que les
bus ne peuvent emprunter...

Mais le timing, toujours aussi serré,
me laisse à peine le temps d'enlever la glace qui recouvre ma selle
et de m'équiper pour la boucle TT prévue, au bout de laquelle je
dois mener le groupe jusqu'au "campus", le site où
l'attend une formation sur la CRF. Donc, pas le temps de faire plus
qu'un briefing rapide sur la conduite sur piste. Je pose la question
et trois ou quatre gars n'ont jamais fait de off road. Je leur
demande donc de se caler derrière moi, qu'ils puissent suivre mes
trajectoires et que je puisse caler le rythme de roulage sur le leur,
alors qu'ils pourraient prendre des risques à cravacher pour suivre
s'ils se plaçaient derrière, perdus dans la poussière de la horde
sauvage à l'avant.
Mon utilisation du GPS est d'habitude
minimaliste: j'improvise quand je me balade sur les pistes, je me
moque de me perdre tant que j'ai assez de jus dans le réservoir, et
si j'arrive dans un cul de sac, je fais "Trackback". Si je
suis paumé, je cherche une piste qui me ramène sur le bon chemin.
Mais je le suis rarement à la trace, ou le laisse me guider.
Obnubilé par le fait de ne pas ralentir le groupe, je ne reconnais
pas une intersection à laquelle je ne m'arrête pas, et loupe donc
la bifurcation vers Can Ollé, une maison d'hôte où est prévue une
sympathique petite pause. Mais je m'en aperçois vite et c'est sans
perdre trop de temps qu'on y arrive.

La pause est courte, j'en suis
désolé, mais c'est ce qu'il faut pour tenir le timing, surtout que
sur les pistes, un incident peut vite tout chambouler!
Il y a
quelques difficultés dans la suite du parcours, alors je briefe un
peu le groupe avant de repartir: rouler debout, laisser vivre la moto
entre les pattes si ça tabasse un peu, appuyer sur les cale-pieds
pour la diriger, et sortir le pied par sécurité si assis dans un
virage serré.
On me demande tout de même si je peux augmenter
le rythme, il y en a que ça démange...
Oui, je peux, mais
raisonnablement: je souhaite avant tout que personne ne se blesse,
que personne n'abîme sa moto avant d'arriver dans sa concession, et
que le groupe arrive à l'heure pour la formation, et ainsi avoir le
temps de manger tranquillement avant de repartir le plus tôt
possible par la route pour l'abbaye de Montserrat l'après-midi, et
revenir ainsi au bivouac avant la nuit...
Et puis moi non plus, je
n'ai pas envie de me vautrer! Encore moins sur l'épaule gauche; j'ai
déjà donné!

Je
parle de la seule partie vraiment délicate de la fin de la trace,
surtout pour des novices sur les pistes: une montée un peu longue,
avec des replats et une petite marche rocheuse sur le côté droit,
qu'on peut éviter mais qui n'est pas un réel problème si on
l'aborde avec un peu de vitesse... je leur dirai d'attendre que le
gars de devant soit passé avant de s'y lancer, lors d'un arrêt
lorsque l'on atteindra cette montée.
Mais derrière moi, ce ne
sont plus les novices qui roulent, mais un euduriste rigolard qui
attaque et dont j'entends le moteur rugir. Poussé au train,
j'enchaîne sur cette montée sans finalement m'arrêter avant de
l'aborder, montée dans laquelle je manque moi-même de me mettre au
tas avec une pierre qui m'envoie de l'autre côté de la piste...
comme quoi, il y en a qui ont mal fait leur boulot, la piste n'y est
pas méga propre! Mais bon, contrairement à ce que dit ma femme, je
tire un peu long et passe donc la première pour me relancer, arrive
au bout de la montée et continue sur 50 mètres pour laisser le
champ libre aux 17 bécanes qui vont s'arrêter derrière la mienne.
Je file rapidos et essoufflé vers la pente. Quand j'y arrive, j'ai
le spectacle d'une bécane arrêtée au milieu de la montée et de
deux autres au sol derrière elle... On relève les motos, on pousse
pour les faire avancer... ça a été bien labouré par les passages
de toutes les motos depuis qu'on y fait des recos, et une couche
épaisse de terre poussiéreuse s'est créée, rendant la motricité
aléatoire avec ces pneus plus routiers qu'autre chose. Une autre CRF
s'arrêtera en cours de montée à quelques mètres de moi, et son
pilote ne trouvant pas le sol de son pied gauche, la moto bascule. Je
suis trop éloigné pour l'en empêcher, et le gars disparaît en
roulant en contrebas à travers les buissons de la forêt! Il s'est
fait une belle cabriole dans la pente bien raide, mais heureusement
sans bobo... Ouf!
Vu que le Traction Control repasse sur le mode 3
standard au redémarrage après la coupure du moteur, peut-être que
cela a été le cas pour ces 4 machines qui n'ont pas réussi à
gravir la pente en un seul coup. Traction Control sur 1, ils seraient
peut-être passés facilement, mais peu importe: l'avantage de rouler
en groupe, c'est de pouvoir utiliser le mode manuel "External
Pushing Control" 1, 2, 3, voire 4 en cas de bourbier
collant...
Il ne nous reste que quelques kilomètres à faire et
je calme le jeu pour amener tout le monde au campus sans autre
incident, et ne pas dégoûter mes compagnons de faire de la
piste!
L'Africa
Twin CRF 1000 a démontré que même avec des novices à son guidon,
même avec des pneus plus routiers qu'autre chose, on peut l'amener
sans problème sur les pistes; l'équilibre de la machine avec son
centre de gravité très bas, sa garde au sol et hauteur de selle
très correctes, sa roue de 21 pouces devant et de 18 derrière, les
suspensions qui travaillent très bien sans toucher aux réglages
d'origine, leur bon débattement, la disponibilité et la souplesse
du moteur, les assistances à la conduite, le freinage et l'ABS, n'y
sont pas pour rien, tout cela facilite énormément les choses!
Une
machine évidente, à la prise en main rapide, belle et bien
finie...
Une Honda, quoi!
Belle comme une Honda, cela reste
très subjectif, chacun ses goûts!
Moi en tout cas, je la trouve
belle...
Même
le pot d'échappement que je trouvais moche et mastoc sur les photos,
et bien finalement, je ne le trouve pas si moche que ça... il
s'intègre même plutôt bien dans la ligne de la moto.
Et puis
surtout... quelle sonorité pour un silencieux d'origine!
Déjà
au ralenti, si tu ne fais qu'entendre arriver une CRF, tu crois
entendre une ancienne Africa, ce qui n'est pas pour me déplaire...
Et
sur les accélérations, c'est rauque, profond, rageur, avec des
petits "flap flap" irréguliers à la coupure des gaz...
un joli son et un niveau sonore correct: j'adore!
Car peu
m'importe le look du silencieux au final: quand je roule, je ne le
vois pas, je l'entends seulement... mais je sais aussi que beaucoup
lorgnent déjà sur des silencieux adaptables!
Enfin, bref, on arrive au campus...


Toutes
ces péripéties, plus le coup de main que je file à Blessdom pour
retrouver de ses brebis qui se sont égarées dans les collines, font
que lorsque j'arrive au bivouac pour le méchoui, il ne reste
quasiment plus que du gras d'agneau, malgré les efforts de Karina
pour me trouver de la barbaque, car elle a décidé que j'étais un
de ses chouchous...

Faut pas mollir non plus, car est au programme
de l'après-midi la boucle routière avec pause à l'abbaye de
Montserrat. J'ai un peu jaugé les gars, j'ai vu que sur route ça
suivait, celle-ci est un régal d'enchaînements de virages de
montagne. S'il faisait beau, on pourrait musarder nez au soleil en
regardant le paysage (j'ai un modulable pour la route), mais c'est
couvert et frais, alors autant se réchauffer en roulant
concentré!
Je précise que ce n'est pas parce que je roule
concentré que je me sens très con, bien au contraire...
Je ne
suis pas un motard des plus véloces, mais dès que je pousse dans
les tours, je me retrouve isolé; les gars les plus rapides du groupe
doivent être au milieu des autres... du coin de l’œil, je vois
soudain l'hélico qui nous suit, filmant les différents groupes qui
se rendent ou repartent de l'abbaye. S'il est là, il y aura aussi
des équipes de tournage réparties sur l'itinéraire. Je me dis que
ça la fout mal si je roule tout seul devant: je suis censé mener le
groupe, et puis aussi, si je roule seul devant, ils pourront
facilement me couper au montage ou recadrer leurs photos pour
m'éliminer de l'image! Alors je me laisse rattraper, c'est
dur de se retenir d'accélérer, mais l'éventualité que
mon ego puisse être flatté m'aide facilement à calmer le
jeu...


Arrivés à l'abbaye, je n'en chambre pas moins mes
compagnons de route: ils sont où les 30 chevaux de plus?!! Cette
petite pause fut un des rares moments pendant lesquels j'ai pu un peu
discuter avec eux... bon, pas trop longue la pause, faut dégager
l'esplanade qui domine la vallée pour les groupes qui vont arriver,
et sur laquelle on a eu l'autorisation exceptionnelle de stationner
grâce à Pep, le local de T3. Et puis, le retour se faisant par le
versant nord, il va faire encore plus frais si on s'éternise...
Les
belles et grandes courbes de la descente vers la vallée sont avalées
rapidement, et on atterrit après quelques kilomètres d'une voie
rapide au fameux rond-point découvert avec Lio le jour ne notre
arrivée...
Je me retourne et lance:
- "Si vous voulez,
on peut rentrer par la piste qui est là, c'est tranquille et on
tombe directement sur le bivouac..."
Un
seul
haussement d'épaule me fait comprendre que peu importe, ce
qui suffit
pour que je m'y engage, et
la meute me
suit.

Le chemin d'accès au bivouac aux heures de pointe...
Arrivé
au bivouac, on m'annonce
que certains vont
rentrer par l'itinéraire de 100 bornes de la veille... je consulte
la troupe et le leur propose; tout
le monde est vanné et certains ont froid, ils préfèrent rentrer
directement à l'hôtel, se doucher, se reposer avant
la grosse journée de route du lendemain qui doit les mener vers
leurs concessions respectives... Pour
celui de Strasbourg, cela va être bien
plus dur que pour celui de Perpignan!
Ne
pas rentrer par l'itinéraire balade me
satisfait, car
je suis dans le même état de fatigue
que le reste du groupe...
Et pendant que ces messieurs-dames
(oui... il
y avait 3
dames!)
se douchent et se changent, les ATOCiens, devinez
quoi?
Ils font les pleins des
bécanes!
Y-zont pas été choyés
les Honda boys?!!
Ensuite, apéro avec la tenue tout-terrain du
matin, photo souvenir des ATOCiens avec JMB, repas et réunion de
tous pour un petit débriefing
de l'événement et le briefing du lendemain. Certains ont déjà
chargé leur moto sur une remorque ou
dans un fourgon, mais il est demandé, sans que cela ne soit imposé,
de participer à un ultime itinéraire
routier organisé, qui
longera la côte à partir de Portbou,
le long duquel
il y aura de nouveau des équipes de tournage
et
l'hélicoptère, et qu'il
serait donc sympa
d'avoir un gros cortège d'Africa sur ces images avant de rejoindre
le château de Lastours, un domaine viticole
au sud de Narbonne, domaine
où a eu lieu
un prologue du Paris-Dakar il y a un bail déjà, et
dont les 90 kilomètres de pistes accueillent toujours moult
activités tout-terrains motorisées...
Et
là, une question fuse:
- "Est-ce qu'il y aura des gars
d'ATOC avec nous?"
Ben oui, on sera encore 5 à rouler,
puisque les autres ont leurs véhicules
et remorques à récupérer à l'hôtel d'El Bruc le lendemain...
La
réponse paraît soulager
l'assemblée, il semble donc
que tous aient été satisfaits
de notre implication lors de cet
événement. Cela nous fait vraiment
énormément plaisir
d'avoir cette reconnaissance de leur part!
Nous
récupérons nos machines et filons vers notre nouvel hôtel pour
cette dernière nuit ibérique. Je me pose dans ma chambre, mais
impossible de dormir... je finis par me
rhabiller pour descendre en griller une (hou! Pas bien!), et
finalement en boire une avec Mika, Bro7,
Bouste et Blessdom, déjà bien
installés au comptoir.
DODO!
Demain est un autre jour!