A l'Aube du Dixième Jour...

Le soleil se lève et c'est beau!!
Mais il faut que je parle un peu d'hier soir avant de commencer à narrer ma journée...
N'arrivant pas à m'endormir, je m'assois dans mes duvets à l'entrée de la tente
vers 21h30, pour en griller une en regardant le beau ciel
étoilé...
En pleine contemplation sereine de ce beau spectacle dans la nuit
noire, mon regard est attiré par un léger halo orange vif
très très étrange, qui colore les nuages bas, très loin à l'horizon...
Mais qu'est-ce donc?!
Surtout que cela s'intensifie... je crois à un incendie monstre,
qui éclaire et colore l'horizon de manière très
intense.
Incendie de forêt?
Explosion de centrale nucléaire?
Je ne vois pas ce qui peut créer ça,
c'est vraiment bizarre et esthétiquement fabuleux...
Je fixe du regard le phénomène, dans l'attente de
l'arrivée de l'onde de choc résultant de l'explosion
nucléaire, parce que je suis un gars très optimiste...
Et puis finalement, je comprends...
Je vois la Lune se lever!!
Extraordinaire!
Une pleine Lune orange vif, lumineuse et flamboyante... première fois que je voie ça de ma vie...
J'ai pris une photo que je vous livre, tout en sachant que cela ne rendra rien, et c'est bien dommage...

Bon... le soleil se lève le lendemain et c'est beau aussi, quoi que plus banal!
Mais il est vrai aussi que je suis à l'écart de mon
campement et en pleine défécation lorsque je prends cette
photo-ci, et ça, c'est beaucoup moins banal!!

La Lune a traversé le ciel, et veille sur moi.
9h25, je quitte avec un petit pincement au coeur cette plage sur laquelle j'ai adoré bivouaquer...
Alors, j'immortalise le moment... ma moto est comme le nain de jardin dans "Amélie Poulain",
partout où elle va, elle est prise en photo... j'aime le faire
et oublie souvent de faire des photos des paysages sans elle...


Donc, au programme de la matinée, les choses vitales: faire le
plein d'essence et d'eau, espérer qu'à la station service
il y ait de l'huile pour ma chaîne, passer au Décathlon
d'Aguilas pour acheter une bouteille de gaz, en espérant que je
puisse faire surveiller ma moto et ses bagages amovibles, aller
à Lorca pour passer à la boutique de vapotage...
Je n'ai plus beaucoup de sucre non plus, mais je ne
vais pas en acheter un kilo, pas plus que de l'édulcorant...
réduit en poudre dans sa boîte, une rafale a
renversé mon sucre hier matin... j'ai ramassé ce que j'ai
pu pour le mettre dans mon simili café turc, me disant que le
sable allait de toute façon se décanter...
Bref...
Je fais les 2 kilomètres de la piste qui me permet de rejoindre
le bitume, tourne en direction d'Aguilas.
7 bornes plus loin, une station avec boutique à l'écart de la route, que je n'avais pas vue hier...
Je fais le plein, jette un oeil à ce qu'il y a dans la boutique...
Des bonbonnes de camping-gaz!
Je demande s'il y a de l'oil por la cadena de ma moto, por favor...
Oui!! Il y a!!
En plus, en format compact, ce qui va dégager un peu d'espace dans ma sacoche à outils.
Et des toilettes où je fais le plein d'eau...
Elle n'est pas belle, la vie?!
Du coup, je suis paré pour poursuivre sereinement mon périple, même pas la peine d'aller à Aguilas et Lorca, et tant pis pour la clope électronique...
Je graisse ma chaîne et repars sur la route de Cartagena.
J'enroule au doux feulement rauque et profond de ma machine, au
gré des courbes de cette magnifique route qui serpente à
travers les splendeurs géologiques du bord de mer... je suis
empli d'un fort sentiment de zénitude.
Mais pas seulement!
Alors, je m'arrête pour pisser dans un verger sur les hauteurs de Cartagena, où j'ai donc le droit de sortir ma verge sans gêne, parce que la poésie, ça va bien un moment!

Cependant, le vent est vraiment infernal!
Jamais ça se calme?!
Je coupe à travers champs pour éviter Cartagena,
prends une autovia que je quitte en direction de Fortuna...
Car je regarde en salivant d'avance la sierra au nord... ça me donne
vraiment envie et puis j'en ai ma claque de rouler sur des voies
rapides!
Alors avant Fortuna, je bifurque vers Las Penas.
C'est tout de suite plus sympa!



Je prends, une, deux, puis trois pistes qui s'avèrent toutes être en cul-de-sac...
J'en prends une quatrième au cas où et me retrouve dans
une carrière, au beau milieu des engins et camions qui font la noria, je me sens tout petit...
Et forcément, avec un seul accès... je n'ai pas de chance avec l'improvisation aujourd'hui!
C'était joli et sympa, mais j'aurais bien aimé que les
pistes m'amènent quelque part plutôt que d'avoir à
faire demi-tour à chaque fois...
14h30, j'arrive à El Pinos. J'ai faim!
Dans la grande avenue qui mène au centre, je vois une terrasse, avec des gens que les tapas emballent, tout comme moi... ("T'as pas cent balles?")
Aucune envie de casser la croûte aujourd'hui...
Un double expresso, une purée de pommes de terre et thon
à la mayonnaise, consultation de la carte pour déterminer
un peu où je vais. Je m'approche de Valencia et ai
plutôt envie de dépasser la ville par l'intérieur
des terres... et le serveur vient m'amener une assiette de tapas chaud,
en me disant que c'est cadeau.
Cool le gars!
Je fais une photo pour illustrer mon récit, zoome dessus...
Mais... que vois-je?
Je vérifie sur la devanture... "Association Cultural Motera El Pinos"
ça alors!!
Je retourne voir le gars au comptoir pour le régler, lui dit que
je ne m'étais pas rendu compte de l'endroit où
j'étais...
On discute un peu, il roule en custom Yamaha. Je lui demande avant de le quitter s'il peut
me rendre service en me dépannant d'un peu de sucre.
Youpi!
J'ai à priori assez de sucre pour finir mon périple!
15h, je repars... adios, muchachos!
16h30, je passe Cofrentes et sa centrale nucléaire, il est temps
de chercher un endroit pour y passer la nuit....
Le coin est magnifique, mais bizarrement, je n'ai pas envie d'y camper!
Je prends une toute petite route qui laisse présager des coins
sympas... le soucis est qu'il y un micro-climat ici: tous les nuages
menaçants sont concentrés au-dessus de moi...

De cette route, je prends un premier chemin de terre argileuse ocre
très jolie, mais très humide aussi...
Quand la pente s'accentue avant une épingle ouverte, je patine, finis par m'arrêter...
Je pose les pieds au sol, ça glisse, la moto-elle-même glisse en descente...
Fatche!
Je me mets en travers pendant que je glisse en
arrière, pour tenter le demi-tour, et je glisse des deux roues
vers le bas.
J'arrive à remettre la moto plus dans l'axe, et je finis de
descendre la pente en crabe de trois-quarts, les deux roues en glisse
sur l'argile piégeuse, sans toutefois prendre de vitesse...
Je trouve une autre piste plus loin, qui débouche sur un site d'airsoft/paintball...
Bof... en plus, c'est la même argile au sol, et si il pleut
pendant la nuit, je vais être mal avec mes pneus pour en
ressortir... mieux vaut que j'aille chercher bonheur ailleurs!
Je récupère la route principale, et prends la
première piste que je trouve... elle est certes super sympa pour
se balader, mais les pentes sont escarpées, je n'ai pas non plus
envie de dormir au fond de la cuvette colonisée par quelques
bestioles , je préférerais être en hauteur, et puis
il y a l'air d'y avoir trop d'activité dans ce coin.
Il y a possibilité de camper sur des zones de croisement pour
les véhicules sur ces pistes, mais ça ne me donne pas
envie non plus. J'explore toutes les bifurcations, mais ne trouve rien
qui me convienne...

Merde!
Le temps passe, faut que je fasse vite!
C'était d'enfer avant Cofrentes, pourquoi je ne me suis pas arrêté avant?!!
Une autre piste, je trouve un bon coin, mais...
impossible d'y être abrité du vent, et ça souffle
fort!
Encore une autre... je m'enfonce dans les bois pendant 500m, j'arrive à un champ labouré.
17h50, j'ai donc enfin trouvé où dormir!!
Bon...
On ne peut pas tous les jours trouver le lieu de bivouac ultime,
surtout en faisant à l'impro et que le temps passe vite quand on
ne trouve pas rapidement de lieu adéquat... mais ça
ira bien pour ce soir: c'est plat, tranquille, abrité du vent,
j'ai deux bières et des pistaches, un niveau de
réseau téléphone minimal...
Un p'tit goût de paradis, non?
Oui, bon, ok... presque!
Les arbres se font bien secouer, ça fait pas
mal de bruit, et j'ai beau être abrité, j'ai pu constater
que de bonnes grosses bourrasques peuvent arriver jusqu'à moi.
Donc, pour la deuxième fois en deux jours, je rajoute les cordes
et sardines qui maintiennent les 4 montants de ma tente par la toile
extérieure...
J'ai juste le temps de m'installer pendant
que le ciel commence à me gratifier de ses belles couleurs de bienvenue...
Je vais me poser à l'entrée du champ
à 10 mètres, ouvre une bière, mon petit plaisir de
fin de journée, puis le petit paquet de pistaches qui va bien
avec, et je contemple le spectacle des couleurs qui s'intensifient, puis s'amenuisent, avant de disparaître...
Il fait nuit noire sous le couvert des arbres et la
couverture nuageuse... il ne me reste plus qu'à manger, donner
quelques nouvelles et dormir...

Distance parcourue: 333,5 km
Temps de parcours: 8h07
Bonne
nuit!
Demain
est un autre jour!