A l'Aube du Neuvième Jour...

Qu'est-ce que je suis content lorsque le soleil se lève!!
Parce que la nuit de sommeil fut très très courte, car très très froide!
Deux
caleçons longs thermiques, t-shirt à manches longues du même métal, un
pull en alpaga, une polaire, un tour de cou, un deuxième en bonnet, et
c'était à peine suffisant avec mes deux duvets!
A plusieurs reprises pendant la nuit, j'ai sorti la
tête de la tente, uniquement la tête, je suis resté
allongé dans mes duvets, me servant de ma boîte de
café comme appui tête, fumant en regardant le ciel
étoilé magnifique pour passer le temps de mon insomnie...
Ce matin, il doit faire environ -5°,
à vue de nez qui coule... et dans le vent, bien sûr...
Mais cette précision est-elle bien nécessaire?!...
Je me fais un premier café, me
réchauffe les mains une minute en tenant le mug, après ce
délai, il est déjà tiède...
Alors, l'arrivée des premiers rayons de soleil, je l'apprécie énormément!
Par contre, il est vrai que mon coin est assez fabuleux, mais vous
pouvez constater que la place pour m'installer hier soir était
très réduite!
Le col par lequel je suis passé la veille en fin d'après-midi
est lui aussi déjà dans la lumière...

Avec la Lune qui veille...
C'est bien beau tout ça, mais impossible de me faire un deuxième café !
Durant 20 minutes minimum, j'attends qu'il passe dans la cafetière italienne... fait-il trop froid?
Misère !
Pendant que je l'attends et l'espère, ce
deuxième café, je plie bagages... je me méfie du
vent et je fais bien! Gardant un pied dans l'attente...
Non, ce n'est pas ça...
Gardant un pied dans la tente pendant que j'en
replie la toile extérieure, je la retiens à plusieurs
reprises de s'envoler à travers la colline, lors des bourrasques
assez violentes qui tentent d'attenter à ma
sérénité.
Il ne me reste plus qu'à ranger le
réchaud, ça me saoule de patienter... alors j'ouvre la
cafetière avec les gants enfilés, mets le café
dans le mug, et verse l'eau chaude par dessus, ça me fera un
simili café turc et basta!
Ma petite bouteille de gaz est presque vide, ma bombe de graisse de
chaîne l'est complètement, je n'ai pas réussi
à graisser ma chaîne suffisamment ce matin... pfff... j'en
ai 3 ou 4 dans mon box, et je n'ai pas embarqué la plus pleine...
Hop! Je range tout, je pars!!
Et tout de suite, je me régale!
J'ai à peine commencé à rouler que j'ai déjà en permanence envie de faire des photos!
Pistes et paysages magnifiques, sierra Mamon, ou Maimon, je ne me souviens pas bien...
Dommage que je sois arrivé si tard dans le coin hier, j'aurais pu trouver des endroits bien sympa pour passer la nuit...


La piste est un vrai billard, mais sans les trous.
Un vrai billard français, donc, mais je suis pas là pour
y jouer et de toute façon, je n'ai pas les boules...
La température de l'air à 10h24 est toujours proche de
0° lorsque je prends cette dernière photo, si j'en crois mes
orteils et le thermomètre de la moto, et ce malgré la double paire de chaussettes, dont une
thermique...


Sans
savoir qu'il existe avant d'y être, je me retrouve à
rouler pendant des bornes au fond du canyon que l'on devine sur la
dernière photo, c'est magnifique!
Mais, doublant le long troupeau d'un club de VTT, je ne m'arrête
pas pour faire des photos, ne voulant pas les gêner par mes gaz
d'échappement s'ils viennent à me rattraper.
J'aurais pu m'arrêter, mais je ne l'ai pas fait...

C'est superbe, j'en prends plein les yeux, plein les pneus... vraiment une superbe balade!
J'improvise lorsque je sors du canyon, grimpe sur une colline couverte
de vergers. Je souhaite reprendre vers le sud et continuer d'arpenter
les collines couvertes de pinède que j'y vois par les pistes que
je visualise sur mon GPS.
Le canyon était au pied des collines de la première photo:

Anecdote: je me suis arrêté en plein milieu de la piste,
puisque je suis seul au monde. Je pisse au vent, fais ces
quelques photos. Arrive une voiture. Je salue, dis pardon tout en me
précipitant vers ma moto pour libérer le passage... mais
le gars rigole, me rend mon salut, il s'en tape complètement que
je bloque son chemin!
Et c'est lui qui me remercie...
C'est con, mais ce n'est pas du tout le style de
réponse que je m'attends à recevoir habituellement
de par chez moi lorsqu'il m'arrive de circuler dans une
propriété agricole...
Je poursuis mon petit bonhomme de chemin.
L'objectif est de rejoindre la côte pour bivouaquer le soir, il
fait définitivement trop froid la nuit dans l'intérieur!
Je longe une ferme, les chiens aboient, tout comme mes poils... et ce
n'est pas parce que mes poils aboient qu'ils me tiennent chaud!
En contrebas, je croise quatre paysans et leurs deux
tracteurs en train de bosser, ils sont surpris de me voir là.
J'attends que le chemin soit dégagé et poursuis jusqu'au
creux entre deux collines, dont celle pinédée où
je souhaite rouler... mais le camino qui bifurque dans les bois est
privado, je respecte le panneau. Si le gars se fait chier à le
signaler, je vais respecter sa décision.
Je sais, c'est surprenant de ma part, et ça surprend Mohamem aussi...
La piste virevolte au pied des collines, mais le
terrain change et se trouve être très sablonneux.
Ma roue avant se bloque dans la couche épaisse de sable, la direction se braque, je gère comme
je peux, c'est à dire assez mal avec mon pachyderme
chargé, la pression des pneus trop élevée, et mon
niveau de conduite.
Sur une alerte à la chute plus forte, je suis arrêté.
Consultation du GPS.
Ce serait bien de continuer, mais plus sage de rebrousser chemin...
Pour une fois, je continue!
300 mètres plus loin, alors que je freine un peu dans un virage,
ma roue avant ripe dans une épaisse couche de sable, le guidon
part en butée, et pouf!
Par terre!

La moto, pas moi; je suis resté sur mes pattes, mais ce fut juste...
Je coupe le moteur, m'attele à relever la bécane.
Fatche! C'est lourd une Africa en version DCT et chargée!
Et les deux roues qui ripent dans le sable quand je force...
J'ai chaud, j'enlève tout mon équipement, je m'attends à suer plus, à galérer...
Et puis non, je la relève en deux secondes...
Et merci encore une fois à l'extension de béquille latérale, idéale dans ce terrain!
Bon... pause barres de céréales, glouglou, pipi, clope...
Je repars, dans le même sens, je ne vais pas me faire abattre par
ce petit intermède, et je n'ai plus qu'un kilomètre à
faire pour rejoindre une autre piste, que j'espère être meilleure.
Sauf qu'après, la couche de sable est encore plus
épaisse, je suis en permanence à la limite de m'en
reprendre une...
Après un autre arrêt suite à une
autre
grosse chaleur, je décide enfin que ça suffit comme
ça,
qu'il vaut mieux que je rebrousse chemin plutôt que de prendre le
risque de m'en prendre une bonne, ou de me retrouver coincé sous
la moto...
Je poursuis le temps de trouver un endroit pour le
faire. J'arrive à une petite zone avec des sillons de chaque côté de la piste, mais non seulement
je n'ai pas envie de saloper le travail des agriculteurs, mais en plus
le sol me semble très meuble alors que la partie du chemin sur
laquelle je suis a l'air d'être plus compacte qu'avant, et je me
lance donc dans une manoeuvre de demi-tour.
Comme je le fais souvent, je monte sur le bord du
chemin pour que ça me fasse repartir en arrière.
Sauf que c'est tout mou aussi et qu'au lieu de monter, ma roue avant se tanke dans le rebord... de sable!
Je m'enfonce de l'arrière en essayant de forcer le passage. La
végétation épaisse face à moi
m'empêche de traverser, je ne peux que reculer... je
creuse derrière les roues mais impossible de manoeuvrer seul la
moto à la main... rebelote au moteur, la roue s'enfonce à
nouveau.
Je recreuse, recommence en vain de faire bouger la moto...
Avec le XR400, je braque, bloque le frein avant,
incline la moto, accélère et la moto pivote autour de la
roue avant pour se remettre dans l'axe...
Sauf que le gros machin bien lourd, tu ne l'inclines
pas autant, et qu'en tentant le tout pour le tout, je me retrouve comme
un con, moto bien plantée!
Je descends de la moto, ce qui est devenu
très facile puisqu'elle a perdu au moins 15cm de hauteur de
selle, et j'évalue la situation... bon, tant pis, il ne me reste
plus qu'à la mettre au sol et à la faire pivoter en
tirant la roue avant.
Mais avant de le faire, il faut que j'immortalise mon tankage!
J'attrape mon téléphone, prends du recul et du temps pour
ajuster le cadrage, et là, deux abrutis de VTTistes viennent pourrir le
cadre de ma photo!
Incroyable!!
Ce n'est pas possible! Pas moyen d'être tranquille, même
quand on fait tout pour se retrouver seul, complètement
isolé et à l'écart de toute activité
humaine!
Oui, ce fut bien ma première réaction... mais elle n'a duré qu'une fraction de seconde!
La providence est encore avec moi sous la forme de
ces deux gars... je vais vers eux avec un grand sourire, leur demande
en anglais s'ils peuvent m'aider à me sortir du pétrin...
Oui, ils le peuvent, mais je leur dis quand même d'attendre un
tout petit peu, le temps que je finisse ce que je m'apprêtais
à faire, à savoir, immortaliser ma plantade!!

Bon...
à trois c'est quand même très facile, et moins de
dix secondes après s'être mis à la tâche, je suis apte à repartir... l'un d'eux
est français, mais cela ne m'empêche pas de les muchas
graciaser avec beaucoup de reconnaissance!
Ils remontent sur leur vélo, mais je demande à ce qu'ils
me laissent partir devant au cas où je me replanterais plus
loin... mais je ne les reverrai pas!
Dommage... je les aurais volontiers remerciés à nouveau...
J'ai eu un bol monstrueux de tomber sur eux!
Merci énormément!!
Je repars donc me perdre dans les collines, n'arrive pas à
ressortir des vergers où les chemins sont des culs-de-sacs, je
me retrouve même à un moment juste au-dessus de la piste
sur laquelle j'ai galéré...
Je finis au bout d'un bon moment par réussir
à retrouver le bitume... je suis vanné, je sens bien le
manque de sommeil... alors, même si le coin est magnifique et que
je vois bien qu'il y a vraiment de quoi se faire plaisir à
arpenter des pistes dans des paysages magnifiques, je finis par
emprunter une portion de l'A7 pour filer tranquillement, mais
rapidement, vers la
côte...
L'A7, la côte... ça me rappelle vaguement quelque chose...

Juste avant San Juan de los Terreros, à Mare de Pulpi, je me
fais une petite pause, histoire de marquer mon retour vers la mer...
j'en repars vite, et à la sortie de San Juan, un supermercados
ouvert le dimanche!
Youpi! (j'ai faim!)
Je suis à la caisse, j'ai payé, et je
vois de la loctite... tiens, voilà qui pourrait combler la fuite
sur l'atomiseur cassé de ma clope électronique. Parce
que oui, je l'ai réparé, mais avec les écarts de
température, le liquide suinte à travers le scotch US et
j'en ai plein les poches dès que je remplis le réservoir.
Alors je fume plutôt que de vapoter, car l'atomiseur
acheté à Lorca n'a jamais fonctionné...
j'achète donc la colle, prends de la monnaie pour le
distributeur de cigarettes à l'entrée.
Et à côté du distributeur, j'aperçois une
espèce de fontaine, avec un robinet et un bout de tuyau
branché dessus, un écriteau au-dessus que je suis
incapable de comprendre, mais avec des prix au litre...
- "Por favor, esta agua?", je demande à la caissière grâce à ma grande maîtrise de sa langue maternelle...
Si, si... et je peux me servir autant que je veux, gratos pour moi...
Cool! Je récupère ma bouteille sur la
moto, en fais le plein ainsi que celui de mon Camelbak...
J'ai de l'eau, de la bouffe, je suis paré pour le bivouac...
plus qu'à trouver du gaz et une bombe d'huile pour la
chaîne de la moto...
Je repars en longeant la côte et tombe juste après San
Juan sur des plages superbes, mais il y a trop de camping-cars à
mon goût, avec pépère et mémère se
faisant bronzer sur leur chaise en... maillot de bain!
Et oui! Même en hiver!!
Certes , ils étaient peut-être
nordiques, mais pour peu que l'on se mette à l'abri du
vent, l'écart de température entre la côte et
l'intérieur des terres est énorme!
Or, donc, à 14h15 je me fais la pause
casse-croûte en m'isolant sur un chemin, au-dessus de la plage de
Cocederos, en plein vent... c'est le prix à payer pour ne pas être soumis à la promiscuité...
Je suis bien, là, seul, le cul dans la pierrasse, même si je
perds une tranche de jambon serrano dans le vent et que je pars
prestement à la poursuite du paquet, arraché par une
bourrasque à ma vigilance et emporté dans le maquis...

Je
me fais ensuite la piste qui longe la mer, puis traverse Aguilas,
repère qu'il y a un magasin Décathlon, mais je
répète que c'est dimanche, et je ne tente pas de
vérifier s'il est ouvert ou non... je sais que je pourrai y
trouver demain une bouteille de gaz, je pense ne pas pouvoir terminer
mon périple sans que celle que j'ai ne soit vidée... je
peux accepter de manger froid, mais pas faire l'impasse sur les
cafés du matin!
Et puis aussi, même si ça m'emmerde d'y
retourner, je me rends compte que je suis à peine à 35 bornes de Lorca,
et que je pourrais aussi repasser par la boutique de vapotage échanger
mon atomiseur inutile...
Pour
l'heure, je poursuis ma route... depuis les vergers, j'ai fixé
un point GPS sur la route côtière entre Aguilas et
Cartagena, c'est vers là que j'ai l'intention de chercher à
camper.
J'arrive à un col, le panorama est mignon tout plein, j'en fais une photo...

Et je repars... pour quelques kilomètres seulement...
Je suis passé en réserve, ce que j'ai devant moi ne m'inspire pas du tout, alors je retourne vers le col.
Il semble qu'il y ait des plages là en bas... pas de
construction en bord de mer, uniquement des champs et des serres. Que
dit le GPS?
Il dit qu'il y a des pistes qui vont vers la mer...
Hop!
Nouveau point GPS, je repars en suivant ses indications...
Je m'approche du Graal... à un moment, la
piste étroite, ravinée et détrempée par les eaux d'arrosage
qui ruissellent vers la mer, ne m'inspire pas confiance si je dois faire demi-tour... je pars
repérer à pied, reviens vite à ma moto, parce que
j'ai trouvé un coin fantastique!!
Abrité du vent, sans touriste, tout l'espace pour moi tout seul!!

ça pète, non?!!
Je suis trop content, c'est excellent!
J'installe mon camp, me mets à l'aise, ouvre une bière et vais me tremper les pieds dans l'eau...
Elle est fraîche, mais ne fait pas moins de 18°...
franchement, si j'avais eu une serviette, je me serais baigné!
Je laisse sécher mes pieds et mollets au soleil... même pas froid!!
Le pied total, justement...

Je pars me faire les derniers rayons du soleil en hauteur.
Le soleil couchant commence à colorer le ciel. Je grimpe donc
au-dessus de mon campement pour profiter de ces belles couleurs. Mais
dès qu'elles commencent à disparaître, je
retourne vite vers mon Eden!
Ben oui... c'est l'hiver, l'air est frais, et il y a... beaucoup de vent!
J'ai froid...je vais manger... chaud!

De nouveau, un ciel sans Lune et sans nuage,
la voûte étoilée qui scintille au son du ressac...
Difficile de trouver mieux comme ambiance!
Surtout que ce ne sont pas les moustiques qui vont m'emmerder!

Distance parcourue: 148 km
Temps de parcours: 8h49
Bonne
nuit!
Demain
est un autre jour!