A l'Aube du Huitième Jour...

C'est l'heure des cafés!
Pour une fois, ce n'est pas moi qui les prépare!
C'est tout couvert, ça me fait un peu chier, et pour ne pas changer, il y a toujours du vent!
Soit ça va dégager le ciel, soit ça va amener plus de merde...

Je prends mon temps, au son de la petite houle qui vient se briser au
pied de la terrasse sur laquelle je suis, recevant quelques
éclaboussures au passage... moi qui était vanné et
voulait me reposer, ben finalement, j'ai regardé la
télé comme un abruti jusqu'à une heure du mat'...
forcément, avec le jour complètement tombé
à 18h30 et ma tente comme seul refuge, je m'étais
calé jusque là sur un tout autre rythme!
Pour le moment, j'envisage de passer une nuit de plus ici, ce qui me
permettrait d'explorer les pistes aux alentours de manière plus
légère, de me faire une jolie boucle avant de commencer
le lendemain à prendre des itinéraires qui me ramèneraient
vers chez moi.
Parce hier soir, j'ai vu les bulletins
météo des jours à venir, qui confirment ce que
j'avais vu sur le net, puisque je surveille forcément la
météo sur mon tél... grosse baisse annoncée
des températures, pluie, alerte à la neige et au verglas un peu
partout...
Il faudrait que je repasse la frontière d'ici 5 jours au maximum
si je veux donc éviter le froid, la pluie, la neige...
Et pour m'éviter de me taper trop d'autoroute ou de
journées à rallonge, faudrait pas que je continue trop
à traîner dans le sud...
Je remonte dans ma chambre, mes affaires lessivées la veille
sont sèches et archi chèsses, je range un peu mon bordel...
Oh, et puis merde!
Tant qu'à ranger, autant charger la moto!
Et puis si c'est pour recommencer à regarder la télé ce soir, autant aussi me barrer!
Je vais quand même faire ce que j'avais prévu, toujours sur le conseil de Blessdom, c'est à dire explorer la côte par
les pistes, et puis j'improviserai la
suite!
Du coup je m'excite un peu, paie vite ma chambre.
La veille, après
avoir déchargé la moto, j'ai graissé la
chaîne, je n'ai plus qu'à réinstaller bagages et
GPS... et c'est reparti!

Un
grand plaisir de pouvoir longer la côte, même si je suis
toujours sous la couverture des nuages, poussés par le vent vers
l'ouest, vers San José, où je devrais
récupérer une autre piste pour continuer en bordure de
mer vers Almeria...
Je grimpe, je descends, ça n'arrête
pas, j'adore, c'est beau... au pied d'une bonne montée
recouverte d'un tapis épais de (très) gros galets ronds,
j'hésite... cela me semble chaud à passer!
Franchement, avec l'ancienne Africa, je crois que je n'aurais pas
tenté le coup... mais ma new Africa m'a déjà
bluffé par ses aptitudes à tout gravir, alors je tente...
et c'est trop facile!!
Quelle bécane extraordinaire!
Oui, je ne parle que de la bécane, parce que le pilote, sans être un manche, n'est pas un cador non plus!

Je poursuis cette piste jusqu'à un éboulis de rochers
assez énormes qui l'ont traversée, un peu plus loin et
dans mon dos par rapport à cette photo, sur laquelle on peut
apercevoir un tout petit bout de ma moto...
Quand j'arrive là, alors que la piste a été
déjà transformée en single un peu large par
d'autres éboulis autour desquels je slalome, je préfère m'arrêter et
partir repérer à pied ce passage qui me semble
délicat.
Je tombe sur une première vrai difficulté,
où je dois avoir à peu près 5cm de marge pour
passer avec les sacoches à côté d'un énorme
bloc, tout en faisant un "S" très court, en montée et au
bord de la falaise, sur un sol de grosses caillasses... je me
tâte... rien de très difficile en soit, mais à la
moindre erreur, la moto part côté falaise, et la falaise,
c'est ça:

Je n'ai pas envie de tenter le diable, de faire mon Lolo Cochet qui
jette sa moto dans le port à cause d'une valise... enlever les
sacoches ne m'a même pas effleuré l'esprit. De toute
façon, il suffit qu'une pierrasse au sol me fasse
dévier de la seule trajectoire possible et je suis dans le caca,
avec ou sans sacoches...
Je ne suis pas scatophile... je veux bien me prendre une petite gamelle, mais pas faire tomber la moto dans un ravin!
C'est dommage,
j'étais presque arrivé à San José; à
peine à 700 ou 900m du point GPS que j'avais entré, mais en
même temps, ce n'est pas la seule difficulté à
passer sur les 200 mètres que je suis allé repérer
à pied, et je ne suis même pas sûr que j'aurais pu
aller au bout...
Je fais demi-tour dans le dévers, en prenant appui sur un rebord de caillasses de 30cm de haut...
Faut bien gérer les gaz avec la DCT!
J'ai tellement de pierrasses derrière ma roue arrière,
qu'il faut que je fasse monter la moto sur le rebord pour avoir un peu
d'élan au recul pour les passer. Et si ma roue avant
dépasse le rebord, je suis dans la merde, posé sur le
sabot et roue avant dans le vide... mais tout se passe bien, "chi va
piano va sano", et je reprends la direction de La Isleta, mon point de
départ.
C'est arrivé au sommet de la pente devant
laquelle j'avais hésité que j'ai été
très surpris d'avoir Montesa!
Pardon... je voulais dire: d'avoir monté ça!
La new Africa n'est quand même pas une moto de trial...
Le slalom en descente entre les gros galets de 30cm
et plus a été beaucoup plus long et calorifique que la
montée!
Les deux pieds au sol, j'assure la descente, tout le poids de
l'équipage se retrouve sur ce pauvre petit pneu avant. Je dois
cependant accélérer suffisamment pour passer les gros
galets, mais sans prendre trop de vitesse... j'avance avec
précaution et deux doigts sur le levier de frein...
Je suis quasiment sûr que j'aurais calé, peut-être même à
plusieurs reprises, si j'avais eu à gérer l'embrayage...
Vive la boîte DCT!!
La piste ensuite est très roulante, je me permets même
d'accélérer un peu, et je me fais une pause sur une plage
à la sortie de cette piste, avec La Isleta au fond, à la
limite des nuages. C'était un peu sportif et je suis
en sueur, je fais donc sécher mes affaires et
Mohamem au soleil et au vent, tout en mangeant deux barres de céréales et une banane; je n'ai que du café dans le bide...

Je fais une petite parenthèse au sujet de Mohamem: il a été un compagnon de voyage exemplaire!
J'ai passé 24 heures sur 24 avec Mohamem: j'ai mangé et
bu des bières avec Mohamem, discuté avec Mohamem, dormi
avec Mohamem, et cela s'est plutôt bien passé! Je
n'étais pas toujours entièrement d'accord avec Mohamem
sur les itinéraires pris, mais je suis conciliant et lui aussi,
et en terme de plaisir à rouler en moto, je dois dire que je
n'ai jamais été mieux servi que par Mohamem!
Et pour tout dire et vous saurez tout: oui, je l'avoue, j'ai même fait l'amour avec Mohamem!
Fin de la parenthèse!
Je rejoins San José par la route, et prends la piste qui longe ensuite la côte à l'ouest.
Une véritable autoroute, surtout par rapport à celle de toute à l'heure!
C'est magnifique, j'accélère raisonnablement et me régale!

Les
plages et les kilomètres s'enchaînent, contrairement aux
pistes qui partent de celle où je circule, qui ne sont pas sans chaîne...
Pour la première fois depuis que je suis en Espagne, je tombe sur des pistes
systématiquement fermées... que ce soit par des chaînes, des panneaux, des portails...
l'endroit doit être envahi en été, les accès
sont protégés, même en hiver. Et malheureusement, ma piste finit elle
aussi par être barrée par un énorme portail. Par
une manoeuvre périlleuse, j'aurais pu le contourner, mais je me doute
bien que l'accès doit être bloqué de manière
similaire à l'autre bout, et puis, à quoi bon prendre des
risques avec les autorités?...

Je refais demi-tour... ça me gave tout ça... un peu comme
un coït interrompu; au moment où tu prends du plaisir,
pouf! Faut se retirer... c'est très frustrant!
Ma décision se prend vite: tous les nuages de pluie
menaçants sont sur Almeria, il est 13h05 à l'heure du
demi-tour... donc je ne vais pas aller sur Almeria, surtout que je me fous bien pas mal d'y aller...
Alors, je repasse par
San José, tente trois pistes malheureusement en cul-de-sac.
Et merde!
Puisque c'est comme ça, je casse la
croûte sur la dernière, et décide de repartir
vers Huebro et la Sierra Alhamilla, puisque je m'y suis
régalé.
Les plages de San José resteront donc
le point le plus au sud de mon périple: j'entame
désormais la route du retour vers mes pénates!

San
José
Casse-croûte
Aaah! La sierra Alhamilla...
Quel régal cet endroit!!


Je me délecte à nouveau de ces paysages, du bonheur de
les traverser, d'arpenter la crête à moto...
Je rejoins Tabernas par une piste... qui rejoint celle qui mène au Texas Hollywood! Si j'avais su...
Mais avant d'y arriver, le parcours est vraiment magnifique...


J'envisage
presque d'y planter ma tente, mais il est encore tôt, je suis
parti tard et n'ai pas beaucoup roulé aujourd'hui, et puis je ne
vais pas non plus retourner vers mon palmier d'hier!
Depuis
les hauteurs, j'ai repéré la sierra au nord de Tabernas,
mon objectif est d'aller vers là-bas pour établir mon
campement du soir... je file donc vers Velefique. Et puis une fois que
j'y suis, je m'aperçois que c'est tout en pentes raides, sans culture... et puis surtout, un
panneau annonce le col à une quinzaine de kilomètres, alors
je continue!
Je monte rapidement, un vrai parcours de course de
côte, mais la température, elle, descend tout aussi
rapidement que moi je monte...
C'est très joli, mais je suis congelé dans
l'humidité de la sueur de la traversée de la sierra
Alhamilla... l'air est glacial, il y a énormément de vent
(tiens donc?!), je ne
suis pas assez couvert alors que cela ne me prendrait que deux minutes à ouvrir et refermer mon sac de fringues...
J'arrive à 17h05 au col, la moto
affiche de manière très optimiste 0°...
Tant qu'à faire une virée hivernale, autant se faire en fin de journée un col enneigé!


Depuis le col, une piste merveilleuse part et rejoint au loin des
collines boisées; un bon plan pour trouver un lieu de bivouac...
je m'y engage, mais après quelques centaines de mètres,
je renonce à poursuivre et fais demi-tour: je suis sur le versant nord, la piste,
bien qu'encore au soleil, est couverte de boue complètement
gelée et ça glisse au pays des merveilles... vu les
températures, je ne me sens ni d'y dormir, ni d'en repartir le
lendemain matin!

L'alternative que j'envisage, c'est de redescendre et filer vers la sierra au nord
pour m'y installer sur son versant sud... mais surtout, il faut que je
fasse vite: d'habitude, à cette heure-ci, je suis
déjà installé ou pas loin de l'être!
Je cale un point GPS avant de partir et j'enroule sur le bitume sec en
surveillant d'éventuelles traces d'humidité
traîtresses, car je me méfie du verglas, tous les
bas-côtés sur ce versant sont recouverts de neige gelée...
A l'approche d'un virage, je vois soudain un motard
courir vers moi en me faisant signe de ralentir avec insistance...
"Aïe!", me dis-je,
en voyant deux autres gars pied à terre, avec 3 motos en plein
milieu de la route et du virage... il doit y en avoir un qui est tombé... je
cherche un éventuel quatrième gars qui serait dans le
décor... il me parle en espagnol (tiens donc?!), on poursuit donc en anglais, je demande s'il y a un problème...
Mais non! Tout va bien!
Ils se sont juste posés en plein milieu du virage pour faire une
photo des machines, avec en décor la courbe au milieu de la
forêt et la neige. Du coup, on se ressemble: sourire et goutte au
nez de rigueur.
Trois machines flambant neuves, une BMW GS1200LC, une "ch'sais plus quoi",
et une Crossrunner Honda, le gars qui la conduit veut
d'ailleurs l'échanger contre la mienne... je tapote mon réservoir en
lui répondant que la new Africa "is a really good bike",
et que donc, pas question... tout le monde est d'accord avec ça, on en rigole...
Je force l'admiration quand
je leur dis qu'il faut que je me dépêche à trouver
un coin pour planter la tente avant la nuit... eux n'ont d'ailleurs
aucun bagage sur leurs bécanes, pas même un top case...
Je suspecte, vu leur équipement au top et leur
bécanes trop propres, qu'il s'agit d'une bande de joyeux
journalistes en vadrouille d'essai, mais je tremble de froid et n'ai
pas l'occasion de leur poser cette question qui me turlupine pourtant,
on se souhaite bonne route et je repars...
Je fais ma dernière photo de la
journée un peu avant Bacares, juste parce je sais bien que plus
bas je serai à l'ombre. La route, les panoramas sont
magnifiques, mais j'ai envie d'arriver au plus vite dans la plaine afin
de regagner quelques degrés...

Il me faut pas mal de temps pour arriver dans la plaine, mais je
me retrouve finalement à Urracal, il fait quand même un peu meilleur, mais je ne réussis pas à
trouver de coin sympa. Enfin si... j'en trouve un, avec un énorme
transformateur électrique qui alimente le pueblo et fait un
barouf d'enfer... à peu près à l'endroit de cette
photo trouvée sur le net...

Avant d'arriver au village, j'avais vu un chemin qui partait sur la
droite, j'y retourne dare-dare, commence à grimper sur une
très belle piste et à m'éloigner du village en
filant vers l'est. Parfait!
Oui, parce que j'aime bien installer ma tente plein est, histoire
d'avoir les rayons du soleil dans la tronche au plus tôt le
matin, c'est toujours agréable, surtout en hiver!
Je fais quelques bornes sur cette piste, mais je
galère à trouver un endroit plat et sans maquis, car la
pente de la colline est continue et la végétation
épaisse. Avant de pousser plus avant et alors que je ne vois rien se profiler au loin, je retourne vers une piste
délaissée qui part de la piste principale et m'y engage,
seul coin potentiel que j'ai repéré en roulant jusqu'à présent...
Je trouve un petit coin plat, juste suffisant pour
s'y allonger, peu m'importe que mes affaires ne soient pas
posées à plat...
Il est 18h25, il fait froid et... devinez quoi?... il y a énormément de vent!
Je devrais malgré tout être assez protégé...
Le crépuscule est déjà bien
engagé.
Vite, vite, faut pas mollir, alors je fais du terrassement,
dégage les pierres saillantes qui déchireraient le sol de
ma tente, comble les trous, arrache 3 plantes pleines d'épines,
monte ma tente, y jette mes affaires, installe mon couchage...
Je termine à la lampe frontale.
Ouf! Juste à temps!
Même pas j'ouvre ma veste, le crâne couvert et les
sous-gants enfilés, je déguste ma bière
très fraîche, c'est tout l'avantage de la balade
hivernale, assis face à la vallée et la sierra au sud qui
s'offrent à mon regard. Et pour la toute première fois depuis
mon départ, la Lune n'est pas levée à la nuit
tombée, la voûte étoilée au-dessus de moi
est à tomber!
Un bol de pâtes asiatiques lyophilisées brûlantes,
vite ingurgitées dans la tente avant qu'elles ne soient tièdes,
toilette courageuse à la lingette, rhabillage pour la nuit, et
vite!
Dans les duvets!!
Putain! Que c'est bon!!

Distance parcourue: 179 km
Temps de parcours: 7h08
Bonne
nuit!
Demain
est un autre jour!